SIAO 2026 : Salfo Dermé, le sculpteur bronzier qui donne une dimension monumentale à l’art africain

Avec ses 5,75 mètres de hauteur et près de 3 tonnes de bronze, la tête d’Oba exposée devant le pavillon Soleil Levant du SIAO ne passe pas inaperçue. Derrière cette œuvre monumentale se cache Salfo Dermé, artiste sculpteur bronzier, qui a consacré un an et 6 mois à sa réalisation. À travers cette pièce, il dit vouloir rendre hommage à la culture africaine et montrer l’étendue du savoir-faire burkinabè.

Difficile de parcourir le site du SIAO sans marquer un temps d’arrêt devant cette imposante sculpture. Dressée devant le pavillon Soleil Levant, elle attire les regards et suscite la curiosité des festivaliers. De loin, sa silhouette majestueuse évoque la tête d’un souverain. De près, les détails de sa conception révèlent un travail minutieux.

Haute de 5,75 mètres, reposant sur un socle de 2,14 mètres de diamètre et réalisée avec près de 3 tonnes de bronze, cette œuvre est une reproduction à grande échelle d’une tête d’Oba, dirigeant de l’ancien royaume du Bénin, au Nigéria. Elle est inspirée des sculptures commémoratives des souverains du royaume de Bénin (appelé Benin City), dans l’actuel Nigeria. Ces pièces, dont les origines remontent à plusieurs siècles, occupent aujourd’hui une place importante dans le patrimoine artistique africain et les collections muséales internationales.

Haute de 5,75 mètres, reposant sur un socle de 2,14 mètres de diamètre et réalisée avec près de 3 tonnes de bronze, cette œuvre est une reproduction à grande échelle d’une tête d’Oba, dirigeant de l’ancien royaume du Bénin, au Nigéria.

Mais derrière cette réalisation hors norme, il y a surtout une histoire de famille, de transmission et de passion. Celle de Salfo Dermé, artiste sculpteur bronzier installé à Koudougou et héritier d’un savoir-faire transmis depuis cinq générations.

Salfo Dermé, artiste sculpteur bronzier installé à Koudougou

Un héritage familial devenu une passion

Pour Salfo Dermé, le bronze n’est pas un métier découvert au hasard des circonstances. Il est un héritage familial qui traverse les générations. « Ma famille a servi le Mogho Naaba. Après la colonisation, elle a continué à travailler le bronze pour faire des objets d’art. Donc, l’histoire entre moi et le bronze, c’est familial », explique-t-il.

C’est dans cet environnement qu’il a grandi, au contact d’un métier qui s’est progressivement imposé comme une passion. Au fil des années, le sculpteur s’est particulièrement intéressé aux réalisations de grande dimension. Après avoir longtemps travaillé sur des pièces plus modestes, il dit être aujourd’hui attiré par les structures gigantesques.

La tête de Oba exposée au SIAO en est une illustration. Pour réaliser cette œuvre, l’artiste s’est plutôt inspiré d’une œuvre existante, dont la taille ne dépassait que 40 centimètres, selon ses estimations, pour ensuite lui donner une dimension exceptionnelle de 5,75 mètres.

Une œuvre qui voyage entre héritage africain et inspirations burkinabè

Au-delà de sa taille, la sculpture se distingue par les différentes références culturelles qui ont guidé sa conception. Salfo Dermé explique avoir voulu associer à cette figure historique des éléments issus du patrimoine burkinabè.

Le socle, notamment, s’inspire du chapeau du Mogho Naaba. Quant aux motifs visibles sur la partie supérieure de l’œuvre, ils reprennent des dessins traditionnels gourounsi, notamment ceux que l’on retrouve dans les décorations des habitations kasséna, que l’artiste a réinterprétés à sa manière.

« C’est pour pouvoir valoriser l’art africain. Cette tête, c’est pour rendre hommage à la culture africaine, surtout à nos chefs », souligne-t-il.

Pour donner vie à cette ambition, il aura fallu un 1 et 6 mois de travail, de recherches et de mobilisation de compétences. Une durée que l’artiste explique notamment par le fait qu’il a financé lui-même la réalisation de l’œuvre.

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« Je vis de mon art »

À 52 ans, Salfo Dermé a déjà derrière lui plusieurs années d’expérience et quelques distinctions. En 2004, alors qu’il était encore jeune, il a remporté un premier prix de l’UNICEF dans le cadre du Prix Droit de la femme. En 2005, il a obtenu une médaille d’argent de l’Académie des arts européens, en France, avant de décrocher une médaille d’or en 2007.

Ses œuvres ont également franchi les frontières du Burkina Faso. Il affirme en avoir vendu à des particuliers en Côte d’Ivoire et en Europe, notamment à des personnes disposant de grands espaces, comme des hôtels ou des résidences.

Au Burkina Faso, en revanche, l’artiste estime que son travail reste encore peu connu du public, malgré sa visibilité. « Les gens voient mon travail, mais ils ne me connaissent pas. Au Burkina ici, personne n’a jamais acheté une de mes œuvres », regrette-t-il.

Pour autant, il assure tirer ses revenus de son métier. « Je vis de mon art. J’arrive à nourrir mes enfants, nourrir ma femme, payer mes employés et acheter de la matière pour pouvoir continuer », confie-t-il.

Son souhait est de voir davantage de Burkinabè, de particuliers et d’institutions s’intéresser à ses réalisations. « Si vraiment l’État ou les particuliers veulent du bon boulot, la porte est grandement ouverte. Je suis prêt », lance-t-il.

Moderniser l’artisanat pour aller plus loin

La question de la modernisation de l’artisanat, évoquée par le Chef de l’État dans son discours d’ouverture du SIAO 2026, trouve également un écho dans la vision du sculpteur. Pour lui, les artisans doivent évoluer et proposer des créations capables de s’imposer dans un environnement de plus en plus compétitif.

« S’ils ne modernisent pas, on ne pourra pas vendre. Si on reste à travailler les mêmes trucs qu’on ne valorise pas, on ne pourra jamais aller trop loin. Il faut qu’on sache qu’on est dans un monde compétitif », estime-t-il.

Lui-même entend poursuivre cette dynamique. Après avoir réalisé une sculpture de 5,75 mètres, il envisage déjà de repousser ses propres limites. Son ambition est de produire, dans les 2 prochaines années, une œuvre encore plus grande. Il travaille également avec une équipe sur un projet visant à réaliser le plus grand bronze d’Afrique et à tenter de dépasser le record existant.

Mais Salfo Dermé pense aussi à l’avenir de son savoir-faire au-delà de ses propres réalisations. À la maison, son atelier constitue un espace d’apprentissage pour ses enfants, même si ces derniers sont scolarisés . Il souhaite particulièrement voir sa fille s’intéresser à la sculpture et poursuivre cette tradition familiale.

« Dans la sculpture, il y a moins de femmes. Ça se compte au bout des doigts. Moi, j’aimerais qu’un jour, ma fille puisse me représenter, représenter la femme ou bien mon pays », confie-t-il.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews


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