Aminata Lompo /Doumba : Une directrice qui préfère l’action aux discours

Depuis plus de 15 ans, Aminata Lompo /Doumba œuvre à la promotion des produits locaux au Burkina Faso. Entre engagement professionnel, présence sur le terrain et accompagnement des femmes, cette actrice du développement rural défend une conviction : les produits burkinabè ont le potentiel de nourrir les populations, de créer des emplois et de contribuer à la souveraineté alimentaire du pays.
Elle aurait pu se contenter de coordonner les activités depuis son bureau. Mais pour Aminata, la promotion des produits locaux ne se décrète pas derrière un ordinateur. Elle se construit sur le terrain, au contact des producteurs, des transformatrices et des communautés.
Directrice de la promotion de la transformation des produits agrosylvopastoraux et halieutiques nationaux à la Direction générale de la promotion de l’économie rurale, au ministère chargé de l’Agriculture, elle fait du consommer local bien plus qu’une mission administrative : un engagement personnel. « C’est une passion pour moi », précise-t-elle.
Une vocation forgée sur le terrain
L’engagement de Aminata en faveur des produits locaux remonte à plus de 15 ans. Avant sa nomination à son poste actuel, elle s’investissait déjà dans la promotion des productions nationales dans la région de l’Est, où elle a travaillé comme secrétaire à la Chambre régionale d’agriculture.
À cette époque, elle contribue à la mise en place d’un dispositif durable de valorisation des produits locaux, à travers notamment un comité régional d’organisation des journées promotionnelles. Elle participe également à la structuration des filières agricoles et à l’instauration de journées consacrées à la promotion des produits nationaux.
Cette dynamique se poursuit au fil des années. La 8e édition des journées promotionnelles régionales doit ainsi prolonger une initiative à laquelle elle demeure attachée, même après son départ de la région pour des raisons professionnelles.
Son expérience ne se limite toutefois pas au secteur agricole. Elle revendique plus de 25 ans d’expérience professionnelle de terrain, notamment à l’ONG Tintua, où elle a exercé plusieurs fonctions. Formatrice, puis responsable du service d’alphabétisation et de formation professionnelle, elle a contribué à développer des initiatives destinées à renforcer les compétences des groupes socioprofessionnels.
Ce parcours a conforté sa conviction que l’accompagnement des acteurs ruraux doit partir de leurs réalités. Pour elle, les décisions prises dans les bureaux doivent nécessairement être confrontées aux besoins des communautés. Aller sur le terrain, observer, écouter et comprendre sont autant de conditions pour proposer des solutions adaptées.

Faire du consommer local une réalité quotidienne
À ses yeux, la promotion des produits nationaux ne saurait se limiter aux discours. Elle doit se traduire dans les habitudes alimentaires des ménages, les pratiques commerciales et les choix des consommateurs.
Dans cette démarche, Aminata Lompo/Doumba accorde une place particulière aux femmes. Présentes au cœur des ménages et souvent responsables de la préparation des repas, elles constituent, selon elle, des actrices déterminantes du changement des habitudes alimentaires.
Elle mise donc sur la sensibilisation, la formation et surtout la transformation agroalimentaire pour convaincre les consommateurs. L’exemple du riz étuvé illustre cette approche. Autrefois, explique-t-elle, certains producteurs vendaient leur riz paddy avant d’acheter du riz importé. La formation des femmes aux techniques d’étuvage et l’amélioration des procédés de transformation ont contribué à changer cette réalité.
A l’en croire, le riz local, mieux valorisé et présenté sous des formes plus attractives, peut désormais rivaliser avec les produits importés. La même logique s’applique aux autres céréales. Maïs, mil, sorgho et blé cultivés au Burkina Faso peuvent servir à préparer des crêpes, des gâteaux, des biscuits, des couscous, des bouillies et bien d’autres produits. L’enjeu est de sortir de l’idée selon laquelle chaque céréale ne pourrait être utilisée que dans quelques préparations traditionnelles. « Comment est-ce qu’il faut diversifier l’alimentation des Burkinabè ? », s’interroge-t-elle. Une question qui oriente une bonne partie de son travail et nourrit sa recherche permanente de nouvelles possibilités de transformation.
La transformation, un levier pour les femmes et les jeunes
Dans ses fonctions actuelles, Aminata contribue à la mise en œuvre des orientations nationales relatives à la transformation des produits agrosylvopastoraux et halieutiques. Son rôle consiste également à proposer des innovations, à identifier les obstacles à la consommation des produits nationaux et à rechercher des solutions pour améliorer leur valorisation.

Cette mission prend une dimension concrète à travers les formations et les démonstrations culinaires. Au cours d’une journée consacrée à l’agriculture lors des JEPPC 2026 couplé à l’exposition gouvernementale, son équipe a mis en avant une cinquantaine de mets élaborés à partir de différentes filières burkinabè.
Du maïs au soja, en passant par le blé, le petit mil, le sorgho rouge et la patate douce à chair orange, les produits exposés témoignent des possibilités offertes par les matières premières locales. Des préparations traditionnelles côtoient des recettes revisitées, tandis que des produits dérivés de la volaille montrent que la transformation locale peut aussi concerner des aliments généralement associés aux importations.
Derrière cette diversité, une ambition : améliorer la qualité des produits, respecter les normes sanitaires, stimuler la consommation et permettre aux acteurs de vivre de leur activité.
Le ministère accompagne ainsi les producteurs et les transformateurs à différentes étapes, depuis l’acquisition des intrants et des équipements jusqu’à la conservation, la transformation et la commercialisation. Des orientations vers les institutions de microfinance et l’appui à l’élaboration de plans d’affaires complètent ce dispositif.
Pour la directrice Aminata, former ne suffit donc pas. Il faut également créer les conditions permettant aux femmes et aux jeunes de transformer leurs compétences en activités économiques viables.
Une responsable qui préfère l’action aux discours
Sur le terrain, Aminata revendique une méthode de travail fondée sur la proximité et l’implication personnelle. Lors des activités d’exposition et de dégustation, elle ne se contente pas de superviser les équipes. Elle participe au service, veille au bon déroulement des opérations et reste parfois sur le site jusqu’à 21 heures ou 22 heures.
Elle assume cette présence comme une manière de diriger. Les tâches sont réparties entre les chefs de service et les agents, mais elle conserve un rôle de coordination et de supervision, avec le souci de rendre compte fidèlement à sa hiérarchie.
Pour le Burkina, Aminata rêve de voir se développer des points de vente bien organisés pour les produits céréaliers locaux, à l’image des boulangeries où les consommateurs se rendent quotidiennement pour acheter leur pain.
Son ambition est de faire en sorte que les galettes, les préparations à base de céréales et les autres produits transformés localement deviennent des choix aussi naturels et accessibles que les aliments importés.
Au-delà du bureau, l’engagement auprès des femmes
L’engagement de Aminata ne s’arrête pas à ses responsabilités administratives. Elle est également active au sein du Réseau national des femmes promotrices du genre dans le développement local et nourrit un intérêt marqué pour l’entrepreneuriat.
Elle a elle-même expérimenté plusieurs activités agricoles, notamment l’élevage, la production agricole et la production de semences. Elle accompagne aussi des femmes déplacées, auxquelles elle cède des portions de terres pour leur permettre de produire.
Pendant son temps libre, elle conseille des femmes désireuses de créer ou de développer une entreprise. Elle anime également des conférences et des panels à destination des jeunes femmes qui souhaitent se lancer dans l’entrepreneuriat.
Son message est celui d’une autonomie économique qui ne s’oppose pas aux responsabilités familiales, mais peut contribuer à mieux les assumer. Elle encourage les femmes à entreprendre, à participer aux charges du ménage et à soutenir le développement de leur communauté.
Aux femmes, l’exigence de l’excellence
À celles qui accèdent à des postes de responsabilité, Aminata Lompo/Doumba lance un appel à l’engagement et à l’excellence. Elle les invite à aller au-delà des tâches qui leur sont confiées, à prendre des initiatives et à faire preuve de créativité.
Elle reconnaît que les femmes doivent encore souvent fournir davantage d’efforts pour faire reconnaître leurs compétences. Mais cette réalité, estime-t-elle, ne doit pas devenir une source de découragement.
Pour elle, chaque femme investie d’une responsabilité doit contribuer, par son travail et son comportement, à ouvrir la voie aux générations futures. La confiance accordée aux femmes doit se traduire par des résultats concrets et durables, capables de faire évoluer les perceptions et de renforcer leur place dans les sphères de décision.
Cette exigence, elle l’applique à son propre parcours, avec la volonté de continuer à apprendre, à accompagner et à innover.
Son souhait est que chaque consommateur comprenne qu’acheter un produit local ne relève pas uniquement d’un choix alimentaire ou commercial. C’est aussi une manière de soutenir les producteurs, les transformateurs et les entreprises nationales.
Annick HIEN/MoussoNews
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