Bazemo Christophe : Pâtissier depuis 19 ans, il mise sur le savoir-faire local

Après 19 ans d’expérience dans la pâtisserie, Bazemo Christophe, fondateur de Chris Cake, poursuit son parcours entre créations artistiques, formation des jeunes et valorisation des produits locaux. Son ambition : contribuer à l’émergence d’une nouvelle génération de pâtissiers burkinabè.
La passion de Bazemo Christophe pour la pâtisserie prend racine dans son environnement familial. Né dans une famille de pâtissiers et de boulangers, il grandit en observant ses proches à l’œuvre.
Les réalisations qu’il découvre au quotidien éveillent progressivement son intérêt pour ce métier. En 2007, après l’obtention de son BEPC, il décide de se former à la pâtisserie dans un centre de formation professionnelle au Mali, où il suit deux années d’apprentissage.
À l’issue de cette formation, il multiplie les stages pour renforcer ses compétences. Son parcours le conduit dans une quinzaine de pâtisseries au Burkina Faso, au Mali, en Côte d’Ivoire et au Ghana. En 2014, il rejoint la Baguette de Faso, au Burkina Faso. Deux ans plus tard, il intègre la pâtisserie La Perle 2000, où il travaille pendant sept ans, notamment aux côtés du chef André. Ces expériences lui permettent de consolider sa pratique et de se confronter aux exigences du métier.
Aujourd’hui fondateur de Chris Cake, Bazemo Christophe s’est spécialisé dans la pâtisserie fine, la chocolaterie, la viennoiserie et les gâteaux artistiques en 3 dimensions, notamment les créations de mariage et d’anniversaire réalisées avec de la pâte à sucre. Ses réalisations se distinguent par leurs formes variées, allant des chaussures aux sacs à main, en passant par des objets et des formes anatomiques.
Apprendre à s’adapter
Au fil de son parcours, le pâtissier a dû faire face à plusieurs difficultés. À ses débuts, l’accès au matériel de travail constituait un obstacle majeur. Si les équipements sont aujourd’hui plus accessibles, l’approvisionnement en matières premières de qualité demeure une préoccupation. La disponibilité des ingrédients et les changements de produits sur le marché l’obligent régulièrement à adapter ses recettes.
Face à ces contraintes, il explore les possibilités offertes par les ressources locales. Le petit mil, le sorgho rouge, le haricot et le moringa font ainsi partie des produits qu’il expérimente dans ses préparations.
Pour lui, cette démarche représente une piste de développement pour la pâtisserie au Burkina Faso. Il estime que les professionnels peuvent s’appuyer sur les céréales et les autres ressources disponibles localement pour concevoir des recettes adaptées à leur environnement.
La hausse du prix des ingrédients et du carburant constitue également une difficulté. Les coûts de production augmentent, tandis que la révision des prix de vente reste délicate face aux attentes des consommateurs. Cette situation réduit les marges et complique la gestion de son activité.
Des expériences qui forgent le métier
Parmi les réalisations qui l’ont marqué, Bassemou Christophe évoque une commande effectuée lorsqu’il travaillait à La Perle 2000. Le temps était limité et les matières premières disponibles ne semblaient pas adaptées au résultat attendu. Il avait alors envisagé de renoncer à la commande. Son responsable l’avait toutefois encouragé à essayer avant de conclure à l’impossibilité de réaliser le gâteau.
Il finit par relever le défi et satisfait le client. Cette expérience lui laisse une leçon qu’il retient encore aujourd’hui : ne pas se limiter avant d’avoir essayé.
À l’inverse, sa participation à une compétition internationale au Maroc, en 2018, figure parmi ses expériences les plus difficiles. Il s’agissait de sa première participation à une épreuve de qualification pour une compétition mondiale de pâtisserie. Sur place, il découvre des conditions de travail différentes de celles de sa préparation au Burkina Faso. Les matières premières et les équipements utilisés pendant sa formation ne sont pas disponibles. Il doit alors s’adapter rapidement au matériel présent et composer avec le temps imparti.
Il en tire une meilleure compréhension des exigences de la compétition et de la nécessité de se préparer à des conditions de travail imprévues.
Son parcours en compétition lui permet de décrocher plusieurs distinctions, notamment une première place lors de la première édition d’un concours national des métiers au Burkina Faso, une troisième place à un concours de pâtisserie de l’Union et une septième place lors de l’épreuve organisée au Maroc. Il remporte également une troisième place lors d’une autre compétition au Burkina Faso. Il compte deux trophées.

Former pour préparer la relève
Au-delà de ses propres réalisations, Bassemou Christophe accorde une place importante à la formation. Depuis 2018, il accompagne des jeunes désireux d’approfondir leurs connaissances en pâtisserie. Il estime avoir formé plus d’une centaine de personnes, dont certaines exercent désormais comme professionnelles.
Cette volonté de transmission s’est renforcée après son expérience au Maroc. Il y a compris que le niveau d’exigence du métier dépasse les frontières nationales et qu’un professionnel, aussi compétent soit-il, ne peut à lui seul représenter tout le potentiel d’un pays. Il souhaite donc contribuer à la constitution d’une équipe de pâtissiers capables de se mesurer à d’autres professionnels sur la scène internationale.
Pour lui, l’augmentation du nombre de jeunes qui s’intéressent à la pâtisserie est encourageante. Les connaissances acquises par les professionnels doivent être partagées afin de permettre à la relève de progresser et de prendre le relais.
Son ambition est désormais de disposer d’un centre de formation mieux équipé et plus structuré. Il pourrait ainsi transmettre plus efficacement ses techniques et développer ses recherches autour de l’utilisation des produits locaux en pâtisserie.
Au fil de son parcours, Christophe a également eu l’occasion de confectionner des gâteaux pour plusieurs personnalités, dont le fils de l’ancien président Roch Marc Christian Kaboré et Djamila Diallo et autres.
Il affirme que les seules grandes personnalités publiques pour lesquelles il n’a pas encore réalisé de gâteau sont l’ancien président de la Transition, le lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, et l’actuel président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré.
Parmi ses commandes marquantes figure également le gâteau de mariage de l’artiste Julio. Sollicité par l’intermédiaire d’un confrère installé à Bobo-Dioulasso, il a consacré une semaine de travail avec ce dernier aux essais de crèmes, de textures et de saveurs afin d’obtenir un résultat à la hauteur des attentes des mariés. Le gâteau a été très apprécié lors de la cérémonie.
La transmission comme richesse
La formation n’est pas son seul centre d’intérêt. Bazemo Christophe pratique également l’élevage depuis une dizaine d’années. Il s’intéresse particulièrement à la reproduction de races de poulets de gros gabarit importées, qu’il croise avec des poulets locaux.
Son objectif est d’obtenir des sujets présentant un gabarit intéressant, tout en étant mieux adaptés aux conditions d’élevage du pays. Certains de ses proches, intéressés par ses résultats, achètent également ses sujets pour leurs propres élevages.

Dans les deux activités, il se heurte toutefois à une difficulté commune : le manque de main-d’œuvre. Cette contrainte limite sa capacité à développer pleinement ses projets et à mettre en pratique toutes ses idées.
Malgré ces obstacles, il retient de son parcours une progression construite au fil des expériences, des difficultés et des apprentissages. Lorsqu’il est invité à évoquer sa plus grande richesse, il ne met pas en avant ses distinctions ni ses réalisations. Il pense plutôt aux jeunes qu’il accompagne et qui avancent aujourd’hui dans le métier.
Malgré ces expériences, Bazemo Christophe ne considère pas son parcours comme achevé. Entre la pâtisserie, l’élevage et la formation, il entend poursuivre ses projets, avec une ambition particulière : disposer d’un centre de formation professionnel mieux équipé pour transmettre son savoir-faire et encourager l’utilisation des produits locaux en pâtisserie.
S’il se dit fier du chemin parcouru, il accorde une valeur particulière aux jeunes qu’il a formés et qui exercent aujourd’hui dans le métier. Pour lui, leur progression constitue une richesse et témoigne de l’importance du partage des connaissances. À travers Chris Cake et ses activités de formation, il souhaite ainsi contribuer à l’émergence de nouveaux talents de la pâtisserie burkinabè.
Annick HIEN/MoussoNews
En savoir plus sur Mousso News
Subscribe to get the latest posts sent to your email.



