Cinéma : Apolline Traoré invite les jeunes cinéastes à puiser dans les racines de la culture africaine

« Notre cinéma ne doit pas ressembler à celui des autres. Nous avons une richesse énorme dans nos traditions, nos mythes, notre transmission orale. C’est cela notre base ». Avec les étudiants en formation sur les métiers du Cinéma à l’Institut Supérieur de l’Image et du Son (ISIS), s’est tenu ce vendredi 9 janvier 2026 à Ouagadougou, une massterclass avec la réalisatrice Appoline Traoré. La rencontre a été riche en échanges, placée sous le signe de la transmission, de l’identité culturelle et de l’avenir du cinéma africain.
C’est avec la projection de son film « Kounandi » sorti en 2003 mêlant tradition et originalité africaine qu’a débuté une masterclass avec la réalisatrice de renom burkinabè, Appoline Traoré. Au profit des étudiants en formation aux métiers du cinéma de l’ISIS, la cinéaste a partagé ses débuts, ses expériences dans le cinéma, ses réalisations…

« Kounandi » est une œuvre mêlant réel et imaginaire, portée par une forte symbolique et un ancrage profond dans les traditions africaines, selon sa réalisatrice. À travers ce film, elle a tenu à amener la jeune génération de cinéastes à réfléchir sur les codes du cinéma africain et sur l’importance de puiser dans les racines culturelles.

« Notre cinéma ne doit pas ressembler à celui des autres. Nous avons une richesse énorme dans nos traditions, nos mythes, notre transmission orale. C’est cela notre base », a-t-elle expliqué aux étudiants. Pour Apolline Traoré, l’avenir du cinéma africain passe par l’affirmation de son identité, à travers les décors, les costumes, les récits et les valeurs héritées des ancêtres.
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Si Kounandi célèbre la culture africaine, il interroge aussi certains préjugés et pratiques traditionnelles. Cependant, la réalisatrice n’élude pas les zones d’ombre de la même tradition. « Il y a des traditions qui détruisent des vies. Lorsqu’une pratique atteint la dignité humaine, il faut savoir la remettre en question », a-t-elle souligné, évoquant notamment les discriminations envers certaines catégories de personnes, comme les femmes, les personnes de petite taille ou les albinos. Une référence à Kounandi dans son film qui était une femme de petite taille mais avec un grand cœur, qui subissait des moqueries. De cela, Apolline Traoré a invité la société à faire la part entre héritage culturel et évolution nécessaire, surtout lorsqu’il s’agit des droits et de la dignité des femmes.

Elle a également transmis aux étudiants des messages de courage, de determination et des « astuces » de bon réalisateur. « Créer, même sans moyens. Même sans argent, on peut tourner. Aujourd’hui, un téléphone suffit pour raconter une histoire », a-t-elle lancé. Elle appelle la jeunesse à croire en son potentiel et à raconter l’Afrique à sa manière, après avoir compris d’où elle vient.
Partager son expérience avec la jeune génération est, pour elle, une évidence. « J’ai été accompagnée, soutenue. Il est donc normal que je transmette à mon tour », a-t-elle confié, rendant hommage à ses mentors et à ceux qui ont cru en elle à ses débuts, comme feu Idrissa Ouédraogo, Rasmané Ouédraogo…
Une initiative portée par l’ABCA
Ce masterclass s’inscrit dans une nouvelle dynamique portée par l’Agence burkinabè de la cinématographie et de l’audiovisuel (ABCA), en collaboration l’ISIS. Selon Moussa Alex Sawadogo, Directeur général de l’ABCA, cette activité entre dans le cadre d’un projet, d’organiser chaque mois des rencontres entre étudiants et grandes figures du cinéma burkinabè et africain, d’où le masterclass avec Appoline Traoré. « Si nous voulons une institution cinématographique forte et des étudiants créatifs, il faut leur permettre d’échanger avec des personnalités qui ont fait leurs preuves », a-t-il expliqué. Pour lui, le cinéma n’est pas une forme unique, mais une pluralité de récits et de regards que les jeunes créateurs doivent s’approprier.

Pour les étudiants présents, la masterclass a été une véritable source de motivation. Pour Kévin Sawadogo, ce qui l’a marqué de cette masterclass est qu’il n’y a pas d’âge pour réaliser un film. « Voir que Appoline a réalisé ce film à 23 ans nous montre que c’est possible de créer jeune. C’est un exemple qui nous encourage à nous lancer », témoigne t-il.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews



