“Coiffure, mode et esthétique : toutes les filles sont dedans maintenant “, O. Birba

À Ouagadougou, les salons de coiffure, boutiques de vêtements et espaces d’esthétique se multiplient de jour en jour. D’un carrefour à un autre, les enseignes se succèdent parfois à quelques mètres d’intervalle. Coiffure, onglerie, pose de cils, vente de vêtements ou de produits cosmétiques : de nombreuses jeunes femmes se lancent dans ces activités. Mais face à cette multiplication des commerces, certaines professionnelles du domaine s’interrogent : y a-t-il encore de la place pour tout le monde ?

Pour O. Birba, spécialisée dans l’onglerie, la pose de cils et la vente de produits féminins, le secteur est devenu très concurrentiel.“Nous sommes toutes dedans maintenant et pire, il y a des voisins où les salons sont collés. Souvent on se demande qui va aller chez l’autre”, confie-t-elle.

Selon elle, la difficulté n’est pas seulement le nombre de salons, mais aussi la fidélisation des clientes. Même si son salon n’est pas directement voisin d’un autre, elle remarque que plusieurs clientes aiment tester les nouveaux espaces qui ouvrent. “Quand elles voient un nouveau salon, il faut qu’elles aillent voir comment l’autre coiffe”, explique-t-elle.

Pour Birba, l’idée selon laquelle chaque salon possède sa clientèle n’est pas toujours vraie. “Seul le talent compte. Si nos clientes partent ailleurs par curiosité, elles reviendront quand elles verront que la qualité des services n’est pas comparable”, lance-t-elle en riant tout en reconnaissant subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille grâce à cette activité.

Des clientes de plus en plus mobiles

Du côté des clientes, plusieurs reconnaissent changer régulièrement de salon ou de boutique selon leurs besoins, leurs moyens financiers ou encore leur disponibilité. “Moi je change constamment de salon. Aujourd’hui je peux me coiffer ici, demain je vais faire mes ongles là-bas. Je ne suis pas fidèle. Tout dépend de ma poche et de mon temps”, témoigne Carole Guigma.

Selon elle, le prix reste un élément déterminant dans le choix d’un salon ou d’un service esthétique.“Si le service que je veux chez toi est cher, je préfère aller chez une autre dont le prix concorde avec mon budget. J’ai une fourchette de dépenses que je n’ose pas dépasser”, explique-t-elle.

Adeline partage également ce constat. Cliente fidèle d’une vendeuse de vêtements, elle reconnaît pourtant acheter parfois ailleurs en raison des prix ou de la disponibilité des tailles. “On dirait que toutes les filles vendent des habits maintenant. Il y a des boutiques partout”, remarque-t-elle.

Pour certaines, chaque salon a sa clientèle. Toutes les professionnelles ne voient cependant pas cette forte concurrence de manière négative. Mamou, coiffeuse, estime que chaque esthéticienne construit progressivement sa propre clientèle.“J’ai mes clientes ; elles viennent toujours se coiffer chez moi pourtant je suis à côté d’un autre salon”, affirme-t-elle.

Elle explique que certaines clientes préfèrent attendre son retour lorsqu’elle est absente et que souvent, lorsque son absence prend du temps, elle recommande une autre coiffeuse à ses clientes en attendant son retour.

De plus en plus de jeunes femmes se lancent dans la mode, l’esthétique, la beauté.

Malgré la concurrence, de nouveaux salons continuent d’ouvrir

Malgré l’impression de saturation du secteur, certaines jeunes entrepreneures continuent de se lancer dans le domaine de la beauté et de l’esthétique.

Lucie, récemment installée, croit également que chaque coiffeuse peut attirer sa propre clientèle grâce à son savoir-faire et à sa créativité. “Chez moi, je coiffe presque toutes les femmes de mon contact. Je leur partage tout le temps les modèles de coiffures, les nouveautés et autres qui sont disponibles chez moi”, explique-t-elle.

Pour attirer davantage de clientes, elle mise aussi sur la proximité et les services à domicile.“Je peux même me rendre chez elles pour les coiffer ou les rendre belles selon le service dont elles ont besoin : coiffure, manucure, pédicure, pose de cils ou tatouage”, précise-t-elle. Pour elle, seul le travail bien fait permet de durer dans le métier.

Entre concurrence, multiplication des salons et fidélisation difficile de la clientèle, les métiers de la mode et de l’esthétique connaissent une forte évolution à Ouagadougou. Si certaines dénoncent un milieu saturé, d’autres estiment qu’il existe encore de la place pour celles qui savent se démarquer par la qualité de leurs prestations, leur créativité et la relation qu’elles entretiennent avec leurs clientes.

Annick HIEN/MoussoNews


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