Crédit et femmes : « Moi je prends, mais pour remettre, c’est une longue histoire », J

Pour de nombreuses femmes, le crédit n’est pas un choix de confort, mais une solution de dernier recours. Argent liquide ou biens matériels, il s’inscrit discrètement dans leur quotidien, porté par l’urgence, la confiance et parfois la débrouillardise.
« Je ne prends de crédit qu’ avec mes proches, sauf quand c’est extrêmement urgent », confie T. Le dernier remonte à octobre. Une situation imprévue, un manque de moyens immédiats, et l’obligation de demander de l’aide à une proche. Mais chez elle, le crédit est une affaire sérieuse.
T. tient un cahier où elle note scrupuleusement chaque somme empruntée. « Je rembourse toujours avant même que la personne ne m’en parle », précise-t-elle. Une manière pour elle de préserver la confiance et d’éviter tout malaise relationnel.
Si certaines femmes privilégient l’argent liquide, d’autres optent pour le crédit en nature. B., par exemple, ne prend jamais d’argent. Depuis près de 2 ans, elle peut obtenir des ustensiles de cuisine, des vêtements ou des vivres à crédit auprès d’une vendeuse de son quartier. « Je suis une de ses fidèles clientes depuis trois ans. Quand j’ai un besoin et pas d’argent sur le moment, elle me permet de prendre et de payer plus tard », explique-t-elle. Mais cette facilité n’est pas automatique. La vendeuse n’accorde le crédit qu’aux clientes en qui elle a une confiance totale.
Cette forme de crédit séduit de nombreuses femmes, seulement pour les produits de première nécessité. Bintou, habituée autrefois aux tontines, continue aujourd’hui de prendre à crédit de l’huile ou des pâtes alimentaires chez son boutiquier. « Les vendeurs deviennent de plus en plus compréhensifs. S’ils ont confiance, ils acceptent de donner quelques marchandises et d’encaisser après », affirme-t-elle.
À côté de ces formes de crédit, il existe aussi des pratiques plus légères, teintées d’humour et de solidarité familiale. Jocelyne, elle, ne prend de crédit qu’avec ses sœurs… et rarement pour rembourser.
« Moi je demande, mais après pour remettre, c’est une longue histoire », lance-t-elle en riant. Perruques, pagnes, jupes , elle emprunte surtout des effets vestimentaires. « Quand elle vient nous rendre visite, elle repart toujours avec un sachet. On sait qu’elle ne va pas ramener mais on lui prête quand même », témoigne Marie, l’une de ses sœurs, qui lui a prêté une perruque pour la Saint-Sylvestre.
Lire aussi : https://www.moussonews.com/alizeta-zoungrana-alias-adja-benie-une-reference-dans-les-tontines-au-burkina/
A l’opposé de ces femmes, certaines refusent catégoriquement toute forme de crédit. Béatrice, par exemple, n’en a jamais pris. ”J’ai peur des crédits”, affirme t-elle sans détour. Et d’ajouter : ”Et si je n’arrive pas à rembourser plutôt? j’aurais trop honte. Donc j’évite d’en prendre’’.
Qu’il soit strictement encadré, basé sur la confiance ou porté par la solidarité familiale, le crédit fait partie intégrante de la réalité économique des femmes.
Annick HIEN/MoussoNews



