Dr Mamounata Belem /Ouédraogo : Une pionnière de la recherche scientifique

Écologue et botaniste à la retraite depuis 2025 , Dr Mamounata Belem/Ouédraogo poursuit ses activités scientifiques entre enseignement, encadrement de jeunes chercheurs et coordination de travaux sur le changement climatique. Elle continue d’accompagner des étudiants dans la préparation de leurs soutenances et dispense des enseignements, à l’Université panafricaine de l’Union Africaine, en Algérie, dans son domaine de spécialité.

À la retraite depuis un an, Dr Mamounata Belem/Ouédraogo n’a pas rangé ses outils de travail. Entre les cours qu’elle dispense, les étudiants qu’elle accompagne dans leurs travaux de recherche et les communications scientifiques qu’elle évalue, son quotidien reste rythmé par la science. Spécialiste de biologie et d’écologie végétales, avec une expertise en Ethnobotanique, elle a consacré une grande partie de sa carrière à l’étude des plantes et des écosystèmes forestiers.

Son parcours universitaire a été marqué par plusieurs étapes. Après une première année à l’Université de Lomé, au Togo, elle poursuit ses études au Burkina Faso, puis en Côte d’Ivoire, à l’Université d’Abidjan, où elle obtient sa licence, sa maîtrise et son diplôme d’études approfondies (DEA). Elle revient ensuite à Ouagadougou pour achever son parcours doctoral. En 1993, elle soutient sa thèse de troisième cycle.

À cette époque, le système universitaire exige encore deux doctorats pour accéder au plus haut niveau de qualification scientifique. Tout en travaillant, elle poursuit donc ses recherches et soutient sa thèse d’État en 2008. Elle devient ainsi docteure sciences en biologie et écologie végétales, avec une spécialisation en ethnobotanique.

A l’entendre, cette discipline s’intéresse notamment aux relations entre les sociétés humaines et les plantes, ainsi qu’aux usages que les populations font des ressources végétales. Une orientation qui lui permet de travailler avec différents acteurs, dont les tradipraticiens et les artisans, afin de mieux comprendre les connaissances et les pratiques liées aux plantes.


De la passion pour la botanique à la recherche forestière

Le choix de la botanique remonte à ses années universitaires. En deuxième année, une sortie pédagogique en forêt marque un tournant dans son parcours. Guidée par un enseignant, elle découvre les méthodes d’identification des plantes à partir de leurs caractéristiques, dont la forme et la disposition des feuilles.

Cette expérience suscite chez elle une vocation. Malgré les sollicitations de certains enseignants qui l’encouragent à s’orienter vers la physiologie végétale ou la biochimie, elle choisit la botanique.

Recrutée par le Centre national de la recherche scientifique et technologique (CNRST), elle s’engage dans la recherche forestière. Son travail consiste notamment à étudier le comportement des espèces végétales, les interactions entre les plantes et leur environnement, ainsi que les facteurs qui favorisent ou freinent leur développement.

Pourquoi certaines espèces deviennent-elles dominantes dans une forêt, tandis que d’autres restent rares ? Pourquoi certains arbres grandissent-ils alors que d’autres demeurent à l’état arbustif ? Les réponses peuvent tenir aux conditions du sol, à la disponibilité de la lumière ou encore aux interventions humaines, notamment les coupes répétées.

À travers ces observations, les chercheurs contribuent à une meilleure compréhension du fonctionnement des écosystèmes forestiers. Leurs résultats peuvent ensuite servir aux services techniques chargés de l’aménagement des forêts, en orientant les mesures de gestion et de préservation des espèces végétales.

Des terrains d’étude parfois éprouvants

La recherche forestière ne se limite pas aux laboratoires et aux bureaux selon Dr Mamounata. Elle suppose également de longues missions sur le terrain, parfois dans des conditions difficiles. Au cours de sa carrière, l’écologue a parcouru plusieurs régions du Burkina Faso pour étudier et recenser les espèces végétales.


Une pionnière engagée pour les femmes scientifiques

Au début de sa carrière, la place des femmes dans la recherche scientifique reste limitée. Lorsqu’elle rejoint le CNRST en 1993, elle constate qu’elles sont peu nombreuses au sein de l’institution. Face à ce constat, elle s’engage aux côtés d’autres femmes scientifiques dans la promotion des filières scientifiques auprès des jeunes filles.

L’Association des femmes scientifiques est créée en 1996. À travers cette organisation, des actions sont menées dans les lycées et des camps de vacances permettent aux élèves de rencontrer des femmes exerçant différents métiers scientifiques.

Médecins, enseignantes-chercheures et autres professionnelles viennent présenter leurs parcours afin de montrer aux jeunes filles que les carrières scientifiques leur sont également accessibles.

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Dr Mamounata Belem/Ouédraogo aux jeunes filles : « Il ne faut pas se laisser étouffer par les hommes »

Rencontrée dans le cadre du Salon des personnes âgées 2026, la chercheure écologue à la retraite, Dr Mamounata, a invité les jeunes filles à croire en leurs capacités, à oser les filières scientifiques et à faire preuve de détermination dans leurs parcours professionnels.

Forte de son expérience dans un milieu scientifique longtemps dominé par les hommes, elle encourage les femmes à s’affirmer et à faire valoir leurs compétences. « À diplôme égal, on a les mêmes fonctions. Faut pas se laisser étouffer par les hommes », conseille-t-elle, soulignant l’importance de la confiance en soi et de la persévérance.

Pour Dr Mamounata, les ambitions professionnelles nécessitent de la volonté, de la rigueur et le goût du travail bien fait. Elle insiste sur l’importance d’aller jusqu’au bout de ce que l’on entreprend, malgré les difficultés rencontrées. En effet, son propre parcours, marqué par de longues études, des missions de terrain parfois éprouvantes et un engagement scientifique qui se poursuit même après la retraite, illustre cette détermination. Elle invite ainsi les jeunes filles à assumer leurs choix, à persévérer dans leurs ambitions et à ne pas se laisser décourager par les obstacles.

Dr Mamounata quitte la présidence de l’association en 2023, après plusieurs années d’engagement.

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La retraite, une nouvelle étape au service de la science

Loin de marquer un arrêt, la retraite lui ouvre une nouvelle étape dans ses activités scientifiques. Elle continue d’accompagner des étudiants dans la préparation de leurs soutenances et dispense des enseignements, à l’Université panafricaine de l’Union Africaine, en Algérie, dans son domaine de spécialité.

Elle coordonne également le programme thématique de recherche du Conseil africain et malgache pour l’enseignement supérieur (CAMES) consacré au changement climatique. À ce titre, elle travaille avec des chercheurs des pays membres autour des travaux scientifiques portant sur cette problématique. Des webinaires et des échanges permettent de partager les résultats et de faire le point sur les recherches menées dans les différents pays.

Son agenda reste chargé. Elle reçoit régulièrement des travaux scientifiques à évaluer et poursuit ses activités d’encadrement. Une disponibilité qu’elle attribue à sa passion pour le travail et à sa volonté de mener à terme les missions qu’elle entreprend.

Pour rappel, Dr Mamounata Belem/Ouédraogo a été la première femme ministre en charge de l’Eau et des Aménagements hydrauliques du Burkina. Sa carrière est jalonnée de distinctions, dont le grade de Maître de Recherche reconnu par le CAMES, et de nombreuses publications scientifiques dans des revues nationales et internationales en 2011. Elle est est Officier de l’Ordre National du Burkina Faso et est auteure de 48 publications dans des revues scientifiques, 30 documents de vulgarisation et une cinquantaine de communications scientifiques lors de colloques, ateliers et séminaires.

Annick HIEN/MoussoNews


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