Education des jeunes filles en temps de crise sécuritaire : Des impacts à l’exclusion multidimensionnelle
Dans la région du Sahel, la multiplication des crises sécuritaires et humanitaires bouleverse et redéfinit les dynamiques structurelles et le développement humain. Au cœur de ces bouleversements, l’école, lieu privilégié de transmission du savoir, est devenue une cible stratégique. Les fermetures massives d’établissements scolaires et le déplacement forcé des populations entraînent une déscolarisation brutale qui impacte de manière significative les jeunes filles, renforçant ainsi les disparités de genre dans le milieu éducatif. En effet, les filles sont 2,5 fois plus susceptibles de se retrouver déscolarisées dans les pays en situation de crise. Comme le souligne les résultats d’une étude intitulée ‘’L’impact de la crise sécuritaire sur l’éducation’’ menée dans le cadre de l’initiative mondiale Data Must Speak (2025), ces ruptures éducatives ne sont pas de simples interruptions temporaires, elles constituent des barrières structurelles qui hypothèquent durablement l’avenir de toute une génération d’adolescentes.

L’impact de la crise : quand les statistiques parlent
L’impact cumulé des crises sécuritaires laissent des traces qui marquent à jamais différents secteurs dont le milieu éducatif. Les statistiques montrent combien les crises sécuritaires pèsent sur les rapports de genre dans le milieu éducatif. Cette situation compromet l’avenir de nombreuses générations de filles, déjà victimes au quotidien des normes sociales et de genre. C’est le cas au Burkina Faso et au Mali, où la convergence des statistiques montrent que la fermeture croissante des écoles entraine la déscolarisation de nombreuses filles.

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Un avenir compromis
Les situations d’urgences aggravent les inégalités existantes et privent les filles de leur droit à l’éducation, au développement intellectuel, et influence fortement leur trajectoire de vie. Les résultats des travaux de recherche « Les filles dans la crise : voix du Sahel » menés en 2020 publiés par Plan International et l’UNFPA alertait déjà sur le fait qu’une génération de filles et d’adolescentes du Sahel est touchée de plein fouet par la violence et l’insécurité qui règnent dans la région.

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En raison de l’insécurité et des conflits, les filles sont fortement exposées à la violence, tant chez elles qu’en dehors. En quittant l’école, les adolescentes se retrouvent fortement exposées aux violences de genre (violences sexuelles, mariages forcés, grossesses précoces), avec une santé mentale mise à rude épreuve. Les effets psychologiques ressenties chez les filles témoins de scènes de violences ne s’arrêtent pas à la sphère privée, mais se répercutent aussi silencieusement sur la communauté, paralysant leur capacité d’action à l’âge adulte.
En effet, les élèves d’aujourd’hui sont les leaders de demain. Privées d’éducation, les jeunes filles déplacées finissent par manquer de repères essentiels pour s’exprimer et jouer un rôle moteur dans la vie de leurs communautés.

Des voix absentes des espaces d’expression
La détresse mentale ne détruit pas seulement le bien-être intérieur des jeunes filles, elle agit comme un agent de déconnexion sociale et paralyse les capacités d’apprentissage à long terme. En brisant leu estime d’elles-mêmes, la crise sécuritaire les prive des outils psychologiques nécessaires pour négocier sa place sur le marché du travail, s’approprier les outils technologiques et faire valoir ses droits au sein de la cité. L’exclusion n’est pas qu’économique ou politique, elle est d’abord psychologique avant d’affecter les fondements de leur autonomie financière, de leur intégration numérique et de leur voix citoyenne.

Loin des espaces sûrs que leur assure l’école et les structures sociales, l’anxiété et le traumatisme liés aux attaques ou aux déplacements forcés altèrent durablement les capacités cognitives nécessaires à l’apprentissage et à la prise de décision des jeunes filles. Le sentiment permanent d’insécurité qui les anime brise leurs rêves. Cet état qui affecte la confiance en leurs capacités les engage dans un cycle de survie et fragilise leur pouvoir de décision. Déscolarisées et sans activité économique, ces filles entrent dans un cycle de dépendance financière totale vis-à-vis de conjoints imposés et/ou de leur entourage évoluant ainsi dans un cycle de précarité.
A cela s’ajoute une fracture numérique de genre que la crise vient accentuer. À l’ère où l’espace numérique propose des alternatives de continuité pédagogique à distance, la détresse psychologique et l’isolement social des filles transforment les écrans en objectifs inaccessibles. Dans l’intimité des foyers déplacés ou précarisés, la technologie est une ressource rare, à laquelle la priorité n’est pas accordée aux filles. Fragilisées émotionnellement et souvent repliées sur elles-mêmes, le manque d’éducation numérique les expose facilement à la cyberviolence, au harcèlement ou aux arnaques en ligne. Cette exclusion du monde digital par peur ou par contrainte, les coupent des opportunités de formations alternatives en ligne et d’informations essentielles à l’ère du numérique.
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Ces précédents contribuent à étouffer la voix citoyenne de ces adolescentes à une période cruciale de leur vie. Participer à la vie démocratique et s’engager en communauté exige une force d’affirmation et une projection vers l’avenir que le traumatisme de la guerre affecte considérablement. Plus exposées en périodes de crises, pour se protéger les filles se mettent en retrait, deviennent souvent invisibles pour subir le moins possible les normes patriarcales et les réflexes conservateurs. Cette mise en retrait de l’espace public qui se veut un mécanisme de survie a pour effet de taire sa voix et de laisser les autres prendre des décisions essentielles à leur épanouissement. Leurs besoins spécifiques se voient ainsi invisibilisés dans les agendas politiques.
Comme le stipule la Déclaration universelle des droits de l’homme, l’accès à l’éducation est un droit humain fondamental. Ainsi donc, les obstacles qui entravent l’accès des filles et adolescentes à l’éducation doivent être reconnus et levés. Il faut lutter contre la discrimination fondée sur le genre, en mobilisant les communautés et en engageant les adolescent(e)s, garçons et hommes à défendre les droits des filles. Pour y arriver, il est important que les gouvernements veillent à adopter des mesures solides afin de protéger les progrès réalisés en faveur de l’éducation des filles. Ces mesures devront prendre en compte une prise en charge psychologique complète des adolescentes pour bâtir et préparer leur contribution dans l’économie mondiale, la révolution technologique et la vie démocratique.
Cette publication WanaData a été soutenue par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).
SANHOUIDI B. Aurélie
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