Héma Noëla Masséni fait de la photographie, un moyen pour mieux raconter ses origines

Derrière son objectif, Héma Noëla Masséni ne cherche pas seulement à capturer des images. Elle raconte des histoires, interroge des croyances et invite à regarder autrement ce qui est souvent mal compris. Jeune photographe burkinabè, elle s’est tournée vers la photographie d’auteur pour donner corps à une démarche artistique profondément personnelle. Son dernier travail explore la spiritualité traditionnelle africaine à travers un rituel symbolique : la libation.

Le déclic n’est pas venu tout de suite. Avant de se consacrer à la photographie, Héma Noëla Masséni faisait de la vidéo. Puis, un jour, l’image fixe s’est imposée à elle. « Ça a été comme une évidence », raconte la jeune artiste. Depuis, son appareil photo est devenu un moyen de raconter ce qui la touche, ce qui l’interpelle et ce qui participe à son identité.

En découvrant la photographie d’auteur, elle comprend qu’une image peut aller au-delà du beau. Elle peut porter une pensée, une émotion, une conviction. C’est précisément cette liberté qu’elle choisit d’explorer aujourd’hui.

Dans le cadre du programme 2026 de mentorat de PHOTOSA, la Biennale photographique de Ouagadougou, Héma décide de tourner son objectif vers un sujet rarement abordé sous cet angle : la spiritualité traditionnelle africaine.

Ce choix n’est pas anodin. Il est intimement lié à son propre parcours. Après avoir fait l’expérience d’autres religions, elle ressent le besoin de revenir vers ses racines. Elle parle d’une « reconquête identitaire », une démarche personnelle qui prend forme à travers une série photographique consacrée à la libation.

La libation est un rituel religieux qui consiste à verser un liquide, souvent en offrande à une divinité.

Ses clichés montrent un geste simple : de l’eau versée en signe de prière et de communion avec les ancêtres. Derrière cette scène, Héma veut rappeler que la spiritualité traditionnelle ne se résume pas aux sacrifices auxquels elle est souvent réduite. Pour elle, la libation est avant tout une manière de solliciter protection et bénédiction, les ancêtres jouant le rôle d’intermédiaires entre les hommes et Dieu.

À travers cette série, la jeune photographe espère aussi faire évoluer les regards. Longtemps qualifiées de pratiques sataniques, les spiritualités africaines restent entourées de nombreux préjugés. Son travail se veut une invitation à les comprendre autrement.

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Elle y voit également le reflet d’un changement générationnel. De plus en plus de jeunes revendiquent aujourd’hui leur attachement aux traditions et n’hésitent plus à les célébrer, notamment lors de la Journée des coutumes et traditions du 15 mai.

Pour mener son projet avec justesse, Héma ne s’est pas contentée de photographier. Elle est d’abord allée rencontrer des détenteurs des savoirs traditionnels. Elle a pris le temps d’écouter leurs explications, de recueillir leurs conseils et leur bénédiction avant chaque prise de vue.

 » Leur réaction m’a marquée. Tous se sont réjouis de voir une jeune femme s’intéresser à ces pratiques ancestrales et chercher à les raconter par la photographie », a t-elle témoigné.

Cette série n’est pourtant qu’une étape. Héma Noëla Masséni souhaite déjà l’enrichir, l’approfondir et, à terme, la présenter dans le cadre d’une exposition personnelle.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews


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