#InstantDiasporaBurkinabè : Habibata Djiré Granger : Ingénieure, entrepreneure et experte internationale

Ingénieure, entrepreneure et experte internationale en systèmes de management et en normes ISO, Habibata Djiré Granger a construit en France une carrière de plus de 15 ans dans des secteurs exigeants. Aujourd’hui à la tête du Groupe G&D et engagée dans un projet de norme ISO sur la maturité digitale, la Burkinabè entend faire de son expérience internationale un levier pour renforcer les compétences et la transformation des organisations africaines. Pour elle, « la diaspora ne doit pas seulement être une réussite à l’étranger ; elle doit aussi devenir une force de transformation pour l’Afrique ».

Habibata Djiré Granger est en France depuis 2009.

Pour commencer, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs et nous parler brièvement de votre parcours ?

Je suis Habibata Djiré Granger, ingénieure de formation, entrepreneure, consultante et experte internationale dans les systèmes de management, la qualité et les référentiels internationaux, notamment les normes ISO.

Mon parcours est avant tout celui d’une femme africaine qui a choisi de se former, de se dépasser et de transformer ses compétences en un outil de création de valeur pour les organisations et pour les personnes.

J’ai reçu une première partie de ma formation au Burkina Faso, notamment à l’Institut International d’Ingénierie de l’Eau et de l’Environnement, le 2iE, avant de poursuivre mon parcours académique en France, notamment à l’Université Joseph Fourier de Grenoble et à AgroParisTech. Mon parcours professionnel m’a ensuite conduite à travailler sur des problématiques liées à la qualité, à la sécurité, à l’environnement, au management et à la performance, dans des environnements exigeants et internationaux.

Au fil des années, j’ai acquis une expérience de plus de quinze ans dans les systèmes de management et dans différents secteurs, notamment l’aéronautique, le spatial, la défense, la santé et la pharmacie. Aujourd’hui, je suis la fondatrice et présidente du Groupe G&D, à travers lequel nous accompagnons les organisations dans leur transformation, leur structuration, leur amélioration continue et leur recherche de performance.

Mais si je devais résumer mon parcours en quelques mots, je dirais que je suis surtout une femme qui a appris à transformer la connaissance en impact.

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Vous vivez aujourd’hui du côté de Lyon. Qu’est-ce qui vous a amenée à vous installer en France et à y construire votre parcours professionnel ?

La France est entrée dans mon parcours d’abord par la formation.

Après mes études au Burkina Faso, j’ai souhaité poursuivre mon apprentissage dans un environnement international afin d’élargir mes compétences et ma vision. C’est ainsi que je suis arrivée en France, où j’ai poursuivi mes études puis construit progressivement mon expérience professionnelle.

Je suis arrivée avec l’envie d’apprendre, mais aussi avec la conviction que la formation ne devait pas être une fin en soi. Pour moi, acquérir une compétence signifie ensuite être capable de la mettre au service d’un projet, d’une organisation et, à terme, d’une communauté.

La France m’a donc offert un environnement extrêmement exigeant qui m’a permis de développer mes compétences et de travailler avec des standards internationaux. Mais je n’ai jamais considéré cette expérience comme une rupture avec l’Afrique.

Au contraire, plus mon expérience internationale grandissait, plus je prenais conscience de la nécessité de créer des passerelles entre les deux espaces.

Ingénieure, entrepreneure et experte internationale en systèmes de management et en normes ISO, Habibata Djiré Granger a construit en France une carrière de plus de 15 ans dans des secteurs exigeants.

Vous accompagnez des entreprises dans leurs démarches de qualification et de certification, notamment autour de la norme ISO 9001. En quoi consiste concrètement votre métier ?

Mon métier consiste essentiellement à aider les organisations à mieux fonctionner, mieux maîtriser leurs activités et améliorer durablement leur performance.

Une norme comme l’ISO 9001 n’est pas simplement un document que l’on accroche au mur après avoir obtenu un certificat. C’est avant tout une démarche de management.

Nous aidons les organisations à comprendre leurs processus, à identifier leurs risques et leurs opportunités, à mieux écouter leurs clients, à définir leurs objectifs, à responsabiliser leurs équipes, à mesurer leurs performances et surtout à installer une véritable culture d’amélioration continue.

Cela passe par le conseil, la formation, l’accompagnement, les audits et, selon les dispositifs concernés, les démarches liées à la certification.

Ce qui m’intéresse particulièrement, c’est de faire comprendre aux dirigeants que la qualité n’est pas une contrainte administrative : elle peut devenir un véritable levier stratégique. C’est cette philosophie qui guide le Groupe G&D.

Pourquoi avoir choisi de vous spécialiser dans ce domaine ? Y a-t-il une expérience ou un déclic qui vous a orientée vers la qualité et la certification ?

Je pense que mon orientation vers la qualité est la conséquence naturelle de mon parcours d’ingénieure.

Une formation d’ingénieur nous apprend à comprendre les systèmes, à chercher les causes des problèmes, à construire des solutions et surtout à penser dans la durée.

Au fur et à mesure de mes expériences professionnelles, j’ai compris qu’une organisation pouvait avoir de très bons professionnels et de très bonnes idées, mais que sans organisation, sans méthode et sans système de management solide, son potentiel pouvait rester inexploité. C’est là que la qualité a pris tout son sens pour moi.

J’ai découvert qu’en travaillant sur les processus, les compétences, les risques, la satisfaction des clients et l’amélioration continue, on pouvait véritablement transformer une organisation. J’ai donc progressivement fait de cette expertise une vocation professionnelle.

Pour une entreprise, particulièrement une PME, qu’est-ce que la certification ISO 9001 peut réellement changer dans son fonctionnement et sa compétitivité ?

Elle peut changer beaucoup de choses, à condition de comprendre que l’objectif n’est pas le certificat, mais la transformation de l’entreprise.

Une PME qui met réellement en œuvre une démarche ISO 9001 apprend à mieux connaître ses processus, à mieux maîtriser ses activités, à anticiper ses risques, à écouter ses clients et à mesurer sa performance.

Elle peut également renforcer sa crédibilité auprès de ses partenaires et accéder plus facilement à certains marchés qui exigent des garanties sur la maîtrise et la qualité des processus.

J’ai toujours défendu au Burkina Faso l’idée que nos entreprises doivent progressivement passer d’une logique parfois très artisanale à une logique beaucoup plus structurée, professionnelle et compétitive. Je l’expliquais déjà lors d’une interview à Bobo-Dioulasso : la démarche qualité peut permettre à nos entreprises de mieux se structurer et d’accroître leur compétitivité.

Et surtout, il faut démystifier l’ISO : la qualité n’est pas réservée aux grandes multinationales. Les petites structures peuvent elles aussi construire des systèmes simples, efficaces et adaptés à leur réalité.

En tant que Burkinabè évoluant dans un environnement professionnel international, quelles difficultés ou quels défis avez-vous dû surmonter pour vous imposer ?

Le premier défi est de démontrer sa compétence dans un environnement où personne ne vous doit votre place. À l’international, il faut être capable de prouver ce que l’on sait faire, de tenir ses engagements et de produire des résultats.

Il faut également apprendre à évoluer dans des environnements multiculturels, à comprendre différents codes professionnels et à ne jamais cesser de se former. Mais je crois profondément que nos origines ne doivent jamais être considérées comme un handicap.

Être Africaine dans un environnement international m’a au contraire appris à développer une forme de résilience, d’adaptation et d’exigence envers moi-même.

J’ai compris qu’il ne fallait pas chercher à devenir quelqu’un d’autre pour être acceptée. Il fallait devenir la meilleure version de soi-même, avec ses compétences, son identité et ses valeurs.

Habibata Djiré Granger est la fondatrice de Groupe G&D

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les compétences et le potentiel des professionnels burkinabè de la diaspora ?

Je porte un regard extrêmement positif sur la diaspora burkinabè. Nous avons des ingénieurs, des médecins, des chercheurs, des entrepreneurs, des financiers, des cadres, des artisans, des artistes et des professionnels présents dans de nombreux secteurs et dans de nombreux pays.

Le véritable enjeu aujourd’hui est de mieux organiser cette intelligence collective. La diaspora ne doit pas être seulement considérée comme une population qui vit à l’étranger et envoie des ressources au pays.

Elle possède aussi des compétences, des réseaux, des expériences, des méthodes et une connaissance des standards internationaux qui peuvent contribuer au développement du Burkina Faso.

Je crois donc beaucoup aux passerelles entre les compétences de la diaspora et les besoins du continent.

Pensez-vous que votre expertise pourrait être davantage mise au service des entreprises burkinabè ? Si oui, de quelle manière ?

Absolument. C’est d’ailleurs quelque chose qui fait partie de ma vision depuis plusieurs années. J’ai toujours voulu que mon expérience internationale puisse contribuer au développement des organisations africaines.

Nous avons déjà mené différentes actions au Burkina Faso, notamment des formations et des séminaires autour des systèmes de management et de l’audit qualité. En juin 2024, par exemple, le Groupe G&D a organisé à Bobo-Dioulasso une formation internationale d’auditeurs internes ISO 9001 réunissant des professionnels du Burkina Faso, de Côte d’Ivoire, du Gabon et du Niger.

Je pense qu’il faut maintenant aller encore plus loin : accompagner les PME, renforcer les compétences locales, développer la culture qualité, aider les entreprises à structurer leurs processus et leur permettre de viser des marchés régionaux et internationaux.

Mon ambition n’est pas de venir « faire à la place de ». Elle est de transmettre, structurer, former et faire grandir les compétences locales.

Vous êtes également experte en normalisation auprès d’AFNOR Normalisation et membre du Conseil exécutif de l’ISO. Pouvez-vous nous parler du projet de norme internationale que vous pilotez ?

Je souhaite profiter de cette interview pour annoncer officiellement la création, prévue à l’horizon de la fin de l’année 2026, d’une norme ISO qui contribuera à faire évoluer la mesure de la maturité digitale des organisations et des territoires.

Dans le cadre de ce projet, j’ai l’honneur d’être cheffe de projet pour les cinq continents. Cette responsabilité est à la fois une grande reconnaissance et un engagement considérable, car elle implique de travailler avec des experts, des institutions, des gouvernements et des acteurs techniques issus de contextes très différents.

La digitalisation est devenue nécessaire et stratégique, particulièrement pour les pays du Sud. Mais une question essentielle se pose : comment s’assurer de disposer d’un canevas mondial commun, efficace et pertinent, tout en l’adaptant aux réalités des pays africains et des économies émergentes ?

Le tronc commun doit naturellement rester compatible avec les exigences de l’économie mondiale et avec le cadre international de l’ISO. Mais il doit aussi tenir compte des réalités locales : les niveaux d’infrastructures, les compétences disponibles, les contraintes économiques, les usages, les besoins des populations et les priorités de développement.

C’est précisément à cette question que ce projet entend répondre.

L’initiative a été portée par BMI-WFS, un groupe d’origine ivoirienne, avec le soutien des institutions normatives internationales. Je tiens à saluer son président, Monsieur Secongo Clotclor Sanogo, que je considère comme un visionnaire hors pair, profondément soucieux de mettre son expertise digitale au service de l’émergence de l’Afrique et de l’autonomisation de ses femmes.

Ce projet est le fruit d’une dynamique collective. Je remercie donc BMI-WFS, toute la task force d’AFNOR Normalisation à Paris, l’ISO, l’ensemble de mes collègues experts en normalisation, ainsi que les acteurs publics et privés nationaux et internationaux qui m’accordent leur confiance et m’encouragent dans cette mission.

Cette future norme devra être un outil concret, accessible et utile. Elle devra permettre aux organisations de mieux comprendre leur niveau de maturité digitale, d’identifier leurs priorités et de construire des trajectoires de transformation réalistes, inclusives et adaptées à leurs contextes.

Au-delà de votre activité professionnelle, quelle place le Burkina Faso occupe-t-il dans votre vie et dans vos projets ?

Le Burkina Faso occupe une place particulière dans mon histoire. C’est une partie fondamentale de mon identité, de ma formation et de ma construction personnelle et professionnelle. Même en vivant en France, je n’ai jamais considéré que partir signifiait tourner le dos à son pays.

Au contraire, l’éloignement peut parfois renforcer l’attachement.

Lorsque je parle du Burkina Faso, je ne parle pas seulement d’un territoire. Je parle d’une culture, d’une histoire, de personnes, de valeurs et d’un potentiel humain extraordinaire.

Bobo-Dioulasso, en particulier, reste très importante dans mon imaginaire et dans mon parcours. J’en parle avec beaucoup d’affection, parce que cette ville représente pour moi la joie de vivre, la culture et une partie de mes racines.

Mon souhait est que mes activités puissent contribuer, à mon échelle, à faire émerger des organisations africaines plus fortes, plus structurées et capables de rayonner au-delà de leurs frontières.

Quel conseil donneriez-vous à un jeune Burkinabè qui souhaite partir à l’étranger, mais aussi construire une carrière solide et rester utile à son pays ?

Je lui dirais d’abord : pars pour apprendre, pas pour fuir.Partir à l’étranger peut être une formidable opportunité, mais cela demande beaucoup de travail, de discipline et d’humilité.

Il faut se former sérieusement, maîtriser son domaine, apprendre les langues, développer son réseau et accepter de commencer parfois très bas. Mais surtout, il ne faut jamais perdre de vue qui l’on est. Je conseille également aux jeunes de ne pas attendre d’avoir « tout réussi » avant de penser à leur pays.

On peut déjà contribuer par une formation, un conseil, une mise en relation, une idée, un investissement, une technologie ou simplement par la transmission de connaissances. Et aux jeunes filles africaines, j’ajouterais ceci :

Ne vous interdisez pas les grandes ambitions simplement parce que vous êtes des femmes.

Étudiez. Travaillez. Formez-vous. Développez votre caractère. Apprenez à parler, à négocier, à diriger et à prendre des décisions.

Mais surtout, ne cherchez pas uniquement à occuper une place : préparez-vous à créer des places pour les autres.

Les femmes ne sont pas en opposition avec les hommes. Elles complètent leurs efforts et contribuent, avec eux, à construire des sociétés plus fortes. C’est ensemble que nous avancerons.

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L’ambition de Habibata Djiré Granger est de poursuivre le développement du Groupe G&D.

Enfin, quels sont vos projets ou ambitions pour les prochaines années, en France comme éventuellement au Burkina Faso ?

Mon ambition est de poursuivre le développement du Groupe G&D comme un acteur international de la transformation des organisations, de la certification, de l’amélioration continue et du développement des compétences.

Je souhaite également contribuer pleinement à la réussite de ce projet de norme ISO sur la mesure de la maturité digitale, afin qu’il puisse répondre aux besoins de l’économie mondiale tout en restant pertinent pour les pays africains et les pays du Sud.

Le Groupe a déjà commencé à élargir son implantation et ses activités sur plusieurs marchés africains et internationaux. La stratégie actuelle vise notamment à renforcer notre présence en Afrique et à poursuivre notre développement à l’international.

Mais au-delà de la croissance d’une entreprise, mon ambition personnelle est de contribuer à construire quelque chose de plus grand : un écosystème de compétences africaines capable de répondre aux exigences internationales sans perdre son identité.

Je souhaite également continuer à transmettre.

Former des professionnels capables d’auditer, de manager, d’améliorer les organisations, d’accompagner leur transformation digitale et de transmettre à leur tour leurs connaissances est pour moi une forme d’héritage.

Si demain une jeune Burkinabè ou une jeune Africaine peut se dire : « Elle l’a fait, donc moi aussi je peux construire quelque chose de grand », alors une partie de mon travail aura déjà porté ses fruits.

Si vous deviez résumer votre parcours de Burkinabè de la diaspora en une phrase, laquelle choisiriez-vous ?

« Je suis partie pour apprendre, j’ai grandi par l’expérience, et aujourd’hui je veux transformer ce que j’ai appris en opportunités pour l’Afrique » Ou, si je devais le dire de manière encore plus personnelle :

« Mon parcours n’est pas celui d’une femme qui a quitté l’Afrique pour réussir ailleurs ; c’est celui d’une femme qui est partie apprendre dans le monde pour revenir, transmettre et contribuer à faire grandir l’Afrique. »

Et aujourd’hui, j’ajouterais : « Je veux contribuer à bâtir des normes, des compétences et des outils qui permettent à l’Afrique de prendre pleinement sa place dans le monde de demain ».

Interview réalisé par Annick HIEN/MoussonNews


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