#InstantDiasporaBurkinabè : Octavie, une voix engagée au service de l’éducation, de la culture et de la solidarité depuis Toulouse

Installée à Toulouse depuis plus de deux décennies, Haoua Octavie Zon incarne une diaspora burkinabè dynamique et engagée. Ancienne enseignante au Burkina Faso, aujourd’hui éducatrice de jeunes enfants en France, elle multiplie les initiatives au service de sa communauté. Entre engagement associatif, promotion de la culture burkinabè et actions solidaires en faveur des populations vulnérables, Haoua est la présidente de l’association Faso Lonya et déléguée du Haut Conseil des Burkinabè de l’Extérieur.

Haoua Octavie Zon est en France depuis plus de 20 ans.

Pouvez-vous vous présenter et nous raconter votre parcours ?

Je suis Haoua Zon, épouse Octavie. Bien que native de Bobo-Dioulasso, où j’ai effectué tout mon cursus scolaire, je suis originaire de Ouétté, un village situé à 25 km de Nouna. Je suis une femme de transmission et d’engagement, profondément enracinée dans une terre de dignité, de courage et de solidarité.
Ma scolarité à Bobo a été très rythmée, entre l’athlétisme, le théâtre et la danse. Après le bac, j’ai intégré l’École nationale des enseignants du primaire de Loumbila, où j’ai poursuivi mes activités sportives et culturelles.

Ma première expérience professionnelle m’a conduite à Béréba, un village situé à une centaine de kilomètres de Bobo-Dioulasso. J’y ai initié des activités culturelles pour les élèves et créé un jardin potager scolaire, pour répondre aux besoins de l’école et des familles. Après deux années, j’ai rejoint les écoles de Diarradougou à Bobo-Dioulasso, où j’ai enseigné au primaire pendant 13 ans.

Mon départ pour la France n’était pas prévu : mon mari devait s’installer au Burkina Faso, mais n’ayant pas trouvé de travail, j’ai décidé de le rejoindre. Il y a 21 ans, j’ai posé mes valises à Toulouse, pour continuer à grandir et à servir autrement. Mon parcours est celui d’une femme qui choisit d’être utile, où qu’elle se trouve.

Que vous ont apporté vos 13 années d’enseignement au Burkina Faso ?

Elles m’ont profondément construite. Dans des classes souvent pléthoriques, avec plus de 100 élèves, on apprend autant qu’on enseigne. J’y ai développé patience, écoute, humilité, créativité et capacité d’adaptation. J’ai appris à voir dans chaque enfant un potentiel et un avenir possibles. Au Burkina Faso, enseigner n’est pas seulement transmettre un programme. C’est former des citoyens, bâtir la nation.

Ces années m’ont donné une colonne vertébrale morale et m’ont appris que l’éducation est un acte d’amour et de responsabilité. Aujourd’hui, c’est une fierté lorsque mes anciens élèves m’appellent du Burkina, du Canada ou de France pour prendre de mes nouvelles. Un enseignant ne mesure pas son impact le jour où il parle, mais des années plus tard, quand ses élèves marchent seuls… et qu’ils se souviennent.


Aujourd’hui, vous êtes éducatrice de jeunes enfants en France. Quelles différences observez-vous entre les systèmes éducatifs burkinabè et français ?


Aujourd’hui, en tant qu’éducatrice de jeunes enfants en France, je porte en moi deux expériences éducatives qui se complètent et s’enrichissent. Au Burkina Faso, j’ai connu des classes aux effectifs très élevés, des moyens parfois limités ou inexistants mais un respect profond de l’école et de l’enseignant. L’école y est perçue comme une véritable chance. On y apprend très tôt la résilience, la solidarité et le sens de l’effort.

En France, notamment à Toulouse, le système est très structuré, avec un accompagnement individualisé, des outils pédagogiques variés et une attention fine portée au développement global de l’enfant. L’observation, l’analyse et la prise en compte des besoins spécifiques sont très développées. La différence la plus visible reste celle des moyens.

Haoua est la présidente de l’association Faso Lonya

Mais au fond, l’essentiel demeure : un enfant a besoin d’écoute, de sécurité et d’encouragement pour grandir. Ce qui est précieux pour moi aujourd’hui, c’est que mon expérience du Burkina Faso est reconnue. Ma structure me sollicite régulièrement pour mon regard face à certaines situations ou problématiques éducatives. Mon vécu m’a appris à analyser avec recul, à relativiser et à proposer des approches parfois différentes.

Lors de l’organisation de la Journée du Monde, par exemple, je ne manque jamais d’apporter ma contribution à travers des contes africains, des récits de mon enfance, et même des gourmandises de chez nous. Ce sont des moments forts de partage interculturel. Ils permettent aux enfants et aux collègues de découvrir une autre culture, et à moi de transmettre une partie de mon histoire. Je crois que l’éducation gagne en richesse lorsqu’elle s’ouvre au monde. Et je suis heureuse d’être, modestement, un trait d’union entre ces deux réalités.


Après 21 ans à Toulouse, comment décrivez-vous votre intégration et votre évolution personnelle dans votre pays d’accueil ?

L’intégration se construit avec le temps. Elle passe par le travail, l’engagement associatif et les rencontres, mais aussi par l’affirmation de son identité. Sur le plan personnel, mes deux derniers enfants, métisses, m’obligent à adapter le meilleur de chaque culture pour eux : transmettre les valeurs burkinabè et les codes français. Être mère dans ce contexte interculturel m’a beaucoup fait évoluer. Aujourd’hui, je me sens à ma place : Burkinabè de cœur, citoyenne engagée ici et mère consciente de la richesse de la double appartenance pour mes enfants. Je leur apprends que l’on peut aimer deux terres sans trahir aucune.

Vous êtes membre du Conseil Toulouse Diversités. Quel rôle y jouez-vous et quelles causes vous tiennent particulièrement à cœur ?

Au sein du Conseil Toulouse Diversités, je contribue au dialogue interculturel et à la cohésion sociale. Chaque année, je participe au projet Talents de la Diversité, mettant en lumière des Burkinabè inspirants ou des personnes ayant œuvré pour le pays, honorés par le Maire de Toulouse dans la Salle des Illustres. Nous participons également au Village de la Diversité.

Mes priorités : la visibilité des femmes et des jeunes, la lutte contre les discriminations et la valorisation de notre diaspora. La mise à la lumière de nos traditions tel que le RAKIRÉ, l’Art de la parole (griot). Ces initiatives inspirent et rappellent que la diversité est une force qui construit la République.

Haoua est déléguée du Haut Conseil des Burkinabè de l’Extérieur.

‎En tant que présidente de l’association Faso Lonya, quelles sont vos principales actions et votre vision pour la communauté burkinabè ?

Être présidente de Faso Lonya est un engagement de cœur. Lonya signifie le savoir, une force qui élève une communauté. Nos actions concrètes : création de bibliothèques, équipement de maternités et dispensaires, distribution de vivres plus de 200 sacs de riz aux déplacés internes et plus de 350 kits scolaires aux élèves défavorisés, grâce aux repas solidaires à Toulouse.

Nous valorisons aussi la culture à travers des soirées animées par des artistes burkinabè, dont Malika la Slamazone. Des créations de partenariats avec l’association Faso Savoir Burkina, la Fondation Slamazone et le FESPACO Kids. Ma vision : une diaspora organisée, solidaire et actrice du développement, qui transmet le savoir, la dignité et l’espoir.

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Haoua a aussi été enseignante au Burkina Faso avant de s’installer en France.,

Vous occupez également des responsabilités au sein du Haut Conseil des Burkinabè de l’Extérieur en région Occitanie et Nouvelle-Aquitaine. Quelle est votre mission dans cette fonction ?

Je suis Déléguée du Haut Conseil des Burkinabè de l’Extérieur depuis un an. Mon rôle : représenter les Burkinabè de la région, structurer la diaspora, faciliter la circulation de l’information et accompagner les initiatives locales. Je suis un trait d’union entre la base et les instances nationales, entre les générations, et entre le Burkina Faso et sa diaspora. Être déléguée, c’est porter une voix avec loyauté, dignité et engagement

‎Être Présidente du Conseil de Base des Burkinabè de l’Extérieur section France est une grande responsabilité. Quels sont vos objectifs prioritaires ?

Assumer la présidence du Conseil de Base en France est une responsabilité majeure, mais surtout une mission profondément collective. Rien ne se construit seule. Je travaille main dans la main avec l’ensemble des délégués régionaux, les membres du Conseil d’Administration et les groupes de travail actuellement en cours de structuration. Ces groupes permettront de traiter des thématiques essentielles : jeunesse, femmes, personnes âgées, initiatives économiques, culture, solidarité, communication et relations institutionnelles. L’objectif est que chacun puisse contribuer avec ses compétences et son énergie, au service du collectif.

Nous bénéficions également du soutien constant et de la bienveillance de notre Consul Général, dont l’accompagnement institutionnel renforce la crédibilité et la cohérence de nos actions. Il est essentiel pour moi d’aller à la rencontre de la communauté burkinabè à travers toute la France : écouter, comprendre les réalités locales et créer des passerelles entre les régions.

Au fond, tout ce travail est une véritable sacerdoce. C’est une vocation. On ne s’engage pas pour les honneurs, mais pour servir avec loyauté, patience et sens du collectif. Ma vision : une diaspora organisée, unie et consciente de sa force, où chaque Burkinabè de France se sent représenté, écouté et fier de contribuer au rayonnement de notre pays.

Selon vous, quel rôle la diaspora burkinabè peut-elle jouer dans le développement du Burkina Faso aujourd’hui ?

Avec plus de 16 millions de Burkinabè vivant à l’étranger, notre diaspora représente une force considérable. Nous apportons compétences, expériences et réseaux. Notre contribution peut être : Un transfert de compétences pour accompagner des projets locaux; un levier économique via l’investissement et l’entrepreneuriat ; une force de plaidoyer pour valoriser le Burkina à l’international ; un soutien humanitaire et social. Mais pour être efficace, la diaspora doit être structurée et organisée. Nous ne devons pas être spectateurs, mais acteurs engagés.

Quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes Burkinabè vivant à l’étranger qui souhaitent s’engager pour leur communauté ?

À la jeunesse : n’oubliez jamais vos racines. Elles sont votre force. Formez-vous, travaillez avec rigueur, mais gardez le lien avec votre pays. Votre double culture est une richesse : elle vous permet de créer des ponts et d’innover. N’attendez pas d’avoir tout réussi pour agir. Commencez modestement, avec constance et volonté. Le Burkina Faso a besoin de vous, où que vous soyez. Ce n’est pas la distance qui définit l’engagement, mais vos actions concrètes.

Interview réalisée en ligne par Annick HIEN/MoussoNews

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