Jeunes journalistes et promoteurs de médias au Burkina : Créer c’est facile, mais faire vivre est difficile

Créer un média peut commencer par une conviction, une passion, une page Facebook ou encore l’envie de donner une place à ceux qui sont peu visibles. Mais une fois lancé, une autre réalité s’impose : Comment trouver les moyens de le faire vivre. Au Burkina Faso, de jeunes journalistes devenus promoteurs de médias expérimentent cette difficulté au quotidien. Entre passion, débrouille, prestations de services et manque de financements, ils cherchent encore un équilibre économique.

En 2020, Daouda Sawadogo lance Eclair Info. À l’époque, le journaliste, qui avait fait ses premiers pas à la télévision nationale, veut avant tout miser sur la primeur de l’information. Le contexte sécuritaire et politique favorise alors une forte demande d’informations rapides.
Au départ, il fait tout, seul : rédaction des articles, déplacements et recherche d’informations. Après une première période informelle, il entreprend les démarches nécessaires pour formaliser le média. 2 à 3 ans, Eclair Info poursuit ainsi son activité autour de l’actualité et de la primeur de l’information. Mais l’évolution du contexte médiatique va progressivement pousser son promoteur à revoir son approche.
« Le traitement de l’information a changé », explique Daouda Sawadogo. Le média s’oriente alors davantage vers la mise en lumière de personnes et de groupes qui ont moins accès aux médias traditionnels dont des commerçants et à d’autres acteurs de terrain.
Faire vivre un média, un autre métier
Pour Daouda Sawadogo, le véritable défi ne réside pas forcément dans le fait de passer du journalisme à la promotion d’un média. Le plus difficile est de parvenir à faire fonctionner durablement l’entreprise.
Il estime que beaucoup de journalistes se lancent avec une bonne maîtrise du métier, mais sans forcément disposer des connaissances nécessaires en économie, en marketing ou en gestion. Il arrive, selon lui, qu’un journaliste accepte de couvrir gratuitement l’activité d’une connaissance au nom des relations personnelles ou de la solidarité professionnelle. « Le journaliste devenu promoteur de média ne fait pas cette différence-là », regrette-t-il.
Pour ce promoteur, cette confusion entre information journalistique et prestation de communication fragilise les médias. Son constat est qu’être journaliste facilite l’accès à la création d’un média, mais ne garantit pas sa survie.
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De la passion à une activité plus structurée
Le parcours de André Yameogo, promoteur de Culture BF, est tout autre dans l’entrepreneuriat médiatique. Son intérêt pour la culture remonte à ses années scolaires, lorsqu’il participe à l’organisation d’activités culturelles et exerce comme maître de cérémonie. En 2020, il effectue un stage au sein du média culturel Infos Culture du Faso, parallèlement à ses études universitaires. 2 ans plus tard, il crée Culture BF. Missions : donner davantage de visibilité aux artistes émergents, qu’il estime moins présents dans les médias que ceux qui disposent déjà d’une certaine notoriété.

Le média adopte ainsi une ligne éditoriale exclusivement culturelle, avec l’ambition de valoriser aussi bien les artistes connus que ceux qui commencent leur parcours. Mais pendant plusieurs années, le projet repose essentiellement sur ses propres moyens.
Il couvre des événements bénévolement et prend lui-même en charge ses dépenses. Ce n’est qu’à partir de 2024, lorsqu’il constate que sa page touche un public plus large, qu’il décide de s’y investir davantage. « La vraie difficulté réside dans le financement », résume-t-il.
Comme beaucoup de jeunes promoteurs, André Yameogo avance donc avec les moyens disponibles, en essayant de s’adapter aux contraintes du terrain.
Transformer une page en entreprise
Pour Mohamed Ouédraogo, promoteur et directeur de publication de Infos24, la création du média s’est faite progressivement. Journaliste depuis environ 6 ans, il a d’abord travaillé dans plusieurs organes de presse. L’idée de créer son propre média est née d’une simple page Facebook, lancée sur les conseils d’un ami.
Avec le temps, l’audience grandit et le projet prend une autre dimension. Infos24 devient progressivement un média en ligne pour l’actualité nationale et internationale, économie, société, culture ou encore sport. Le média souhaite également mettre en lumière différentes composantes de la société.
Connexion internet, déplacements, matériel, site internet, production de contenus ou rémunération des collaborateurs : les charges sont nombreuses alors que les revenus restent irréguliers. Pour tenter de maintenir l’activité, Infos24 mise sur plusieurs sources de revenus : prestations de services, couvertures médiatiques, publicité, partenariats et contenus promotionnels.

Pour Mohamed Ouédraogo, la question du financement doit être pensée avant même le lancement d’un média. Il estime qu’un futur promoteur devrait notamment réfléchir aux charges des premières années et à la manière dont il compte faire évoluer son activité.
Lorsque le financement manque, le matériel, les déplacements, la production de contenus et la rémunération des collaborateurs deviennent rapidement difficiles à assurer. À cela s’ajoute une pratique qui fragilise davantage certains médias : la gratuité de nombreuses prestations.
Pour Daouda Sawadogo, le changement de mentalité est donc essentiel. A l’en croire, passer de journaliste à promoteur de média suppose ainsi un changement de posture. Le journaliste est principalement chargé de rechercher, vérifier, traiter et diffuser l’information. Le promoteur doit, lui, penser en plus à la gestion de l’entreprise, au marketing, aux partenariats, aux ressources humaines, aux équipements et au modèle économique.
De l’avis de Daouda Sawadogo, une formation en économie ou en marketing peut aider les journalistes qui souhaitent se lancer. Mohamed Ouédraogo insiste, lui, sur la nécessité d’avoir une vision, de connaître son public et d’anticiper les charges. André Yaméogo, de son côté, continue de composer avec les contraintes financières tout en s’appuyant sur la passion qui l’a conduit à créer Culture BF.
Annick HIEN/MoussoNews
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