» La Religion n’a rien avoir avec Dieu », Hadj Ismaël Bohlaly


Le 2è panel de Waabo s’est tenu autour du thème « Savoir d’où l’on vient pour savoir où aller ». Avec pour panelistes engagés pour la pérennisation de la culture africaine comme la Princesse Juliette Kongo, Hadj Ismael Bohlaly et le Naaba Kāoongo, les échanges ont porté sur la coutume, la tradition, l’histoire et la transmission des savoirs, dans un ton direct et sans détour.

La 1re communication introduite par la Princesse Juliette Kongo a mis l’accent sur la transmission culturelle et le rôle central des familles, des anciens, des communautés et des institutions.
Pour la Princesse, la transmission culturelle est tout simplement le souffle vital des peuples. Elle garantit la continuité des identités et la préservation des valeurs qui fondent la cohésion sociale. Sans transmission, avertit-elle, les générations se coupent de leurs origines et risquent de se dissoudre dans l’oubli.

" La Religion n'a rien avoir avec Dieu", Hadj Ismaël Bohlaly 2

Dans cette chaîne de transmission, chaque acteur a sa place. Les familles initient les enfants aux coutumes et à la langue maternelle. Les anciens incarnent la mémoire vivante. Les communautés offrent des espaces de pratiques collectives qui renforcent la solidarité. Quant aux institutions, elles ont la responsabilité de sauvegarder les traditions tout en les adaptant aux défis contemporains.

Prenant la parole à son tour, Hadj Ismael Bohlaly a centré son intervention sur la notion d’initiation, qu’il considère comme fondamentale. Pour lui, tout commence dès le ventre de la mère.
« Un enfant, depuis le ventre de sa mère est initié par sa mère », affirme-t-il. Il estime que c’est elle qui transmet les premières bases de ce que l’enfant sera appelé à devenir.

" La Religion n'a rien avoir avec Dieu", Hadj Ismaël Bohlaly 3

Abordant la question de Dieu, il tient à clarifier sa position. « Dieu n’est pas ce gros monsieur assis quelque part qui demande qu’on le prie ou qu’on le vénère », dit-il. Pour lui, Dieu est une attraction présente dans l’univers, dans tout ce que l’on peut voir, toucher et harmoniser.

Très critique, Hadj Ismael Bohlaly estime que la colonisation a profondément désarticulé les sociétés africaines. « La colonisation nous a tout arraché », lance-t-il. Il dénonce le rôle de certains intellectuels qui, selon lui, ont contribuer ardemment à la perdition des valeurs africaines. Il accuse les doctrines religieuses importées de s’être imprégnées des coutumes, traditions et rites d’initiation africains pour ensuite les remodeler et les réintroduire sous d’autres formes. « Et ça fait mal », dit-il.

Il précise toutefois ne pas être contre les religions, mais affirme néanmoins, que celles-ci ne servent pas les Africains. « On nous dit : mourez pour avoir un paradis. Vous pensez que quelqu’un peut prendre son héritage et le donner à un inconnu ? », interroge-t-il, estimant que les Africains sont devenus « les faux héritiers des inconnus ».

Sur la question des doctrines et de l’initiation, il soutient que de nombreux rites religieux trouvent leur origine dans le vodou. Selon lui, les rites initiatiques traditionnels de certains peuples africains sont devenus des religions ailleurs, pendant que les Africains, eux-mêmes en retour, se retrouvent dépouillés de leurs propres rites, de leur spiritualité et de leurs concepts dogmatiques.

Pour Hadj Bohlaly, la religiosité relève avant tout des valeurs individuelles et non de Dieu en lui-même.

Dans sa communication, le Naaba Kāoongo adopte un ton tout aussi critique. Pour lui, « l’Afrique n’existe plus ». Même le nom Afrique, affirme-t-il, ne renvoie à aucune dénomination propre aux Africains. Il rappelle que Thomas Sankara l’avait compris en rejetant le nom Haute-Volta.
Selon lui, la culture africaine est fondamentalement une, même si les traditions sont diverses.

" La Religion n'a rien avoir avec Dieu", Hadj Ismaël Bohlaly 4

Prenant l’exemple des Mossis, il distingue clairement culture et coutume : la culture relève de la vision, de la conception idéologique du monde, de la manière de penser. La tradition, elle, est la matérialisation de cette culture.
Ainsi, explique-t-il, la tradition peut évoluer, mais la culture, elle, ne change pas.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews

Partagez

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *