La salade: Un luxe à Ouagadougou

Alors que la saison des pluies tarde à s’installer, les fortes chaleurs continuent de marquer le quotidien des Ouagalais. Des conditions climatiques peu favorables à la culture de la laitue, une plante qui se développe mieux pendant la fraicheur. Des sites maraîchers aux étals des marchés, en passant par les vendeuses de salade de rue, les conséquences sont déjà visibles : baisse de la production, hausse des prix et difficultés d’approvisionnement.

Au marché Arb-Yaaré de Tanghin, les clients remarquent rapidement la différence. Les feuilles de salade sont moins volumineuses, les étals moins garnis et les prix plus élevés qu’il y a quelques mois. Pour Mariame (nom d’emprunt), vendeuse de salade depuis 22 ans, en cette période, la salade devient de « « l’or ».

« La salade n’aime pas le soleil. En ce moment, il fait trop chaud et il n’y a pas assez d’eau. Les feuilles restent petites, mais elles sont néanmoins bonnes », explique-t-elle, assise côte à côte de son grand panier garni de laitue.

Au marché, Mariame vend de la laitue à partir de 500 FCFA

Malgré les contraintes, elle poursuit son activité. Pour maintenir son commerce, Mariame achète des planches de salade auprès des maraîchers de Tanghin. En cette période, la commerçante paye la planche de salade entre 15 000 et 30 000 FCFA selon leur taille. En décembre par exemple, moment propice pour la laitue grâce à la fraicheur, la planche ne coute que 10 000 FCFA.

Cette hausse du coût de production se répercute sur les prix de vente auprès des revendeuses, qui, à leur tour, doivent se faire du bénéfice. « Actuellement je vends la salade à partir de 500 FCFA. Mais quand c’était sa période, même à partir de 200 FCFA tu peux en avoir », précise-t-elle.

Malgré la rareté et sa cherté, renoncer à sa vente n’est pas une option pour Mariame. « J’ai commencé à vendre la salade, il y a 22 ans maintenant. Je m’adapte toujours à la situation. Actuellement comme c’est rare, je tourne un peu partout, même si c’est un peu j’ai eu, je viens vendre », confie-t-elle.

Dans la zone maraîchère de Tanghin, Ami Ouédraogo, la soixantaine, s’active depuis le matin à 5h du matin. Deux arrosoirs de gauche à droite, courbée au dessus d’un puit, elle remplit ses récipients et se dirige vers ses planches. Face à ses plants de laitue de 2 jours, elle doit leur accorder une attention permanente pour les maintenir en vie.

Ici, l’eau se fait rare, il faut donc être parmi les premiers pour bien se servir. Maraîchère depuis plus de vingt ans, elle déplore chaque année les effets des fortes chaleurs sur ses cultures. « En cette période, nos pagnes deviennent des pantalons », lance-t-elle avec le sourire, en référence aux nombreux allers-retours effectués pour arroser les cultures.

«Maintenant, on doit arroser 3 fois par jour, sinon elles meurent. Pendant la fraîcheur, un seul arrosage allait suffire », explique-t-elle.

Ami Ouédraogo puisant de l’eau pour arroser ses plantes

La chaleur ralentit également le développement de la plante. Si la salade atteint généralement sa maturité en une trentaine de jours, elle reste moins généreuse qu’en saison fraîche.

« Pendant cette période, la salade ne peut pas être bien volumineuse. Nous faisons tout pour qu’elle arrive à maturité avant de la vendre. La vente est difficile aussi. Le paradoxe, c’est que comme elle est rare, les gens en demandent davantage, c’est l’entretien qui nous fatigue », raconte la maraîchère.

Les planches de salades naissantes de Ami Ouédraogo

Lire aussi: Saison froide au Burkina : La laitue s’impose comme la reine des potagers maraîchers – Mousso News

Les difficultés se prolongent jusque dans les assiettes. Chaque soir, dans le quartier Kouritenga, Saly Fofana prépare et vend des plats de salade accompagnés de crudités.

Depuis la fin du mois de mai, elle a été contrainte d’augmenter le prix de son plat, passé de 500 à 600 FCFA. « Il est difficile d’avoir facilement la salade et, quand on en trouve, le prix est vertigineux », témoigne-t-elle.

Elle explique que les problèmes d’approvisionnement ne concernent pas seulement les coûts. Les délais de livraison compliquent également la situation. « Avant, la salade était disponible dès midi. J’avais le temps de bien la nettoyer avant de commencer les ventes le soir. Aujourd’hui, on peut la recevoir seulement vers 17 heures ou 18 heures, alors qu’on commence à vendre à 19 heures ou 20 heures », raconte-t-elle.

Malgré cette course contre la montre, elle refuse de négliger les règles d’hygiène. « Le lavage prend du temps, mais il faut le faire pour éviter les maladies chez les consommateurs », ajoute-t-elle.

Selon elle, la situation s’est aggravée depuis le déguerpissement de plusieurs sites maraîchers. Elle plaide pour que les producteurs puissent bénéficier d’espaces de culture situés à proximité du centre-ville afin de faciliter l’approvisionnement des commerçants et des restauratrices.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews


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