« L’élevage est un terrain très glissant; mais très rentable », Fatoumata Séré/Zida

« L’élevage est un terrain très glissant ; mais très rentable » . C’est en ces termes que Fatoumata Séré/Zida résume son expérience dans ce secteur d’activité. Éleveuse à Googho dans la commune de Komsilga depuis 15 ans, elle se rappelle de ses débuts comme si c’était hier. Après une lourde perte, des risques sanitaires, des fortes chaleur, des coûts élevés des aliments, elle poursuit son activité. Son expérience illustrent les défis que rencontrent de nombreux producteurs d’où la mise en œuvre de l’opération  »Zéro Poulailler vide » afin de soutenir la production nationale.

Quelques poulets de Fatoumata Seré/Zida.

Poulets, pintades, canards, moutons, chèvres, bœufs, porcs, …Fatoumata Séré/Zida est dans l’aviculture à Googho dans la commune de Komsilga depuis 15 ans environ. Dans sa ferme de 3 hectares, c’est l’élevage de la volaille qui domine. « La base c’est l’élevage des poulets. Progressivement j’ai ajouté quelques bœufs, moutons, chèvres, poissons. Et il y a 3 mois de cela, je me suis lancée dans l’élevage des porcs », indique-t-elle.

Fatoumata s’est lancée dans l’élevage avec 400 volailles. Puis progressivement, de 1000, elle est allée à 2000 poulets par cycle. Très vite, sa passion a pris un coup. Elle a été victime d’une grosse perte. Sur les 2000 poulets, seulement 43 ont survécu. À l’opposé de son époux Idrissa Séré, Commissaire divisionnaire de Police à la retraite, qui était découragé par cette grosse perte; Fatoumata, elle; était optimiste. Pour elle, il y a des risques dans tous domaines d’activités. « J’avoue que j’étais trop découragé, mais elle, non. Elle me disait qu’on serait vite aller, mais qu’il fallait qu’on rattrape ce qu’on a perdu. On s’est donc réaménagé », se rappelle son époux Idrissa comme si c’était hier.

Le mari de Fatoumata : Idrissa Séré, Commissaire divisionnaire de Police à la retraite

Depuis cette expérience, Fatoumata a appris de ses erreurs. Pour éviter toute grosse perte ,elle est revenue à 1000 volailles par cycle. Actuellement, elle dispose de 5 poulaillers dont 3 accueillent chacun 1000 volailles;  un constitue chauffage et un autre pour leurs soins en cas de maladie.

Actuellement, Fatoumata dispose de 5 poulaillers dont 3 accueillent chacun 1000 volailles;  un constitue chauffage et un autre pour leurs soins en cas de maladie.

L’élevage, une activité à risque; mais très rentable

À entendre Fatoumata, l’élevage est très rentable. Un cycle dure 12 mois et une vague de production lui rapporte une recette de plus de 2 millions de FCFA. « L’élevage est un terrain très glissant. Mais c’est très rentable; il faut tenir bon,…Sinon si vous ne prenez pas de dispositions, ça se retourne contre vous », souligne-t-elle. Selon elle, il ne suffit pas d’avoir un espace où faire son élevage. Il faut surtout prendre des dispositions sanitaires tout en impliquant un vétérinaire pour un suivi rigoureux. De plus, elle souligne un investissement à ne pas négliger. De l’achat des poussins, jusqu’à ce qu’ils grandissent à la vente. Pour elle, tout est un processus. « Il faut investir pour pouvoir aboutir à l’achat de poussins jusqu’au moment de la vente », affirme t-elle.

Outre, elle aborde le cas de collaborateurs sérieux à choisir pour le suivi. Pour ses volailles, Fatoumata se fait épauler par 4 collaborateurs dont chacun à une tâche précise à la ferme tout en suivant les instructions du vétérinaire. C’est le cas de Baoula Paul.

Baoula Paul, l’un des collaborateurs de Fatoumata Seré/Zida.

Depuis 1 an, il s’occupe de la volaille de Fatoumata. « Contrairement à ce que beaucoup croit; les animaux n’aiment pas la saleté. Il faut bien prendre soin d’eux pour un bon rendement. Par exemple, les porcs dont je m’occupe récemment, je les lave tous les jours », indique t-il.

Rachelle Yé, technicienne d’élevage et de santé animale, convient avec Fatoumata. De son avis, le financement seul ne suffit pas. Le manque de suivi et d’accompagnement est l’une des premières difficultés que rencontrent bon nombres de personnes dans l’élevage. « Beaucoup de personnes commencent l’élevage sans vraiment savoir comment ça se passe. Le financement seul ne suffit pas. Elles achètent les poussins, l’aliment et commencent, mais elles ne savent pas toujours comment gérer l’alimentation, la vaccination, l’hygiène ou même les signes de maladie », mentionne-t-elle.

Rachelle Yé, technicienne d’élevage et de santé animale.

À cela s’ajoutent les coûts élevés des aliments. « …les maladies et parfois la mauvaise qualité des poussins…Tout ça fait que si l’éleveur n’est pas bien suivi, il peut rapidement avoir des pertes », renchérit-elle. Cependant, la technicienne affirme que pour qu’un poulailler reste productif et rentable dans la durée, il faut une bonne alimentation, une prévention sanitaire et une bonne gestion. « Si les volailles sont bien nourries, bien suivies sur le plan sanitaire et que l’éleveur maîtrise ses dépenses et ses recettes, il a déjà une bonne base. Et surtout, il ne faut pas attendre que les problèmes arrivent avant de réagir. En élevage, la prévention reste toujours moins coûteuse que les pertes », lance-t-elle. Plusieurs producteurs se retrouvent à travers Fatoumata Séré/Zida.

En plus des investissements pour démarrer leur activité,  ils doivent surtout mettre tout en œuvre pour maintenir leur activité qui prend en compte la maitrise des différentes charges, la prévention des maladies, l’accès à un accompagnement technique adapté. C’est au regard de tous ces défis que le ministère de l’Agriculture , de l’Eau , des Ressources Animales et Halieutiques a mis en œuvre un programme qui contribue à la relance de la production nationale : l’opération  »Zéro poulailler vide  ».

L’opération ‘’Zéro Poulailler vide’’, une initiative pour soutenir des producteurs

Coûts élevés des aliments, maladies aviaires, l’insuffisance de poussins de qualité…L’initiative ‘’Zéro Poulailler Vide’’ lancée le 21 août 2026 avec un investissement de plus d’un milliard FCFA , par le ministère de l’Agriculture , de l’Eau , des Ressources Animales et Halieutiques (MAERAH), est mise en œuvre pour répondre aux défis que rencontrent des producteurs. Mise en place pour accompagner 500 producteurs, cette initiative s’inscrit dans le cadre de l’Offensive agro-pastorale, hydraulique et halieutique 2026-2028.

L’opération zéro poulailler vide a été officiellement lancée le 21 août 2026.

Selon le directeur général des productions animales Emmanuel (DGPA), Emilien Ulrich Emmanuel Yisso Bakoné, cette initiative vise à améliorer la disponibilité des produits aviaires sur le marché national, afin de répondre aux besoins croissants des populations.

Fatoumata Seré/Zida convient avec le directeur général. Pour elle, le gouvernement à travers le ministère de l’agriculture mène énormément d’actions en faveur des populations. « Le gouvernement se tue pour nous soutenir. Que ceux qui bénéficient de ces financements en fassent un très bon usage », interpelle-t-elle. Pour le cas du ‘’Zéro poulailler vide’’, elle  se réjouit pour les bénéficiaires et félicite le ministère pour l’initiative. ‘’Zéro poulailler vide, est une bonne idée. Elle renforcera la production des éleveurs et va créer emplois pour de nombreuses personnes, surtout pour la jeunesse »,a-t-elle commenté.

En effet, l’initiative Zéro poulailler vide, permet d’accompagner 500 promoteurs disposant déjà d’infrastructures adaptées, à travers la mise à disposition de kits d’élevage avicole dont l’un est pour l’élevage moderne de reproduction évalué à 2 140 000 FCFA. Ce premier kit comprend 1 000 poussins de race ou de souche locale améliorée, d’une valeur de 750 000 FCFA ; 3 350 kg d’aliments, couvrant l’ensemble de la phase d’élevage, pour 1 240 000 FCFA ; des produits vétérinaires et des prestations de suivi sanitaire, évalués à 150 000 FCFA.

Pour le kit de l’élevage traditionnel de reproduction, il est évalué à 1 335 000 FCFA et comprend 100 volailles adultes, dont 10 coqs et 90 poules, pour une valeur de 600 000 FCFA ; 2 000 kg d’aliments, couvrant 6 mois d’élevage, pour 720 000 FCFA. À la suite d’une présélection selon des critères, la liste des 500 bénéficiaires a été rendue publique sur la page du ministère de l’Agriculture le jeudi 24 septembre 2026.

Après une visite d’inspection et de vérification des informations fournies (conformité, disponibilité des infrastructures matérielles et divers équipements), la liste définitive bénéficiaires retenus a été rendue publique le mardi 6 octobre 2026 suivi de la signature d’un engagement par les bénéficiaires retenus,  puis, d’une formation avant de leur offrir les intrants pour démarrer la production. « Après tout cela, nous aurons donc le suivi par les services techniques qui sera effectué », a précisé le DGPA Emilien Ulrich Emmanuel Yisso Bakoné.

Emilien Ulrich Emmanuel Yisso Bakoné, directeur général des productions animales Emmanuel (DGPA).

De plus, le Directeur de la Communication et des Relations Presses du ministère en charge de l’Agriculture, Adama Zerbo précise que la fréquence du programme dépendra  des différents stades d’évolution des bénéficiaires et de la situation sanitaire aviaire. Il insiste également que les bénéficiaires sont tenus par un engagement dont le non respect peut entrainer des poursuites judicaires.

Fatoumata Séré/Zida fait l’élevage à Googho, dans la commune de Komsilga depuis 15 ans.

À entendre Fatoumata, à Googho, cette commune de Komsilga est favorable à l’agro business. Cependant, quelques pics de chaleur engendrent quelquefois des pertes de volailles. Toutefois, elle reconnaît qu’il faut prendre des dispositions avant même de se lancer. « C’est la chaleur qui me fatigue ici. On a beau prendre nos dispositions mais elle crée toujours des dégâts. Il n’y a pas de solution en tant que telle. Nous nous adaptons » , a-t-elle reconnu. En effet, cette difficulté soulignée par l’éleveuse rappelle que tout producteur doit aussi prendre en compte les changements climatiques. De son côté, au fil du temps, elle dispose en quelque sorte d’un système de ventilation ce qui limite les pertes dues à la chaleur.

Au-delà de l’élevage, Fatoumata Séré/Zida fait également dans l’agriculture à travers la culture du maïs, arachide, gombo, des bananiers, des citronniers…. « Pendant la saison pluvieuse, je fais aussi un peu du tout. La terre ne ment pas comme nos anciens ont l’habitude de le dire ; je le confirme », affirme t-elle. 

Fatoumata Séré/Zida fait également dans l’agriculture à travers la culture du maïs, arachide, gombo, des bananiers, des citronniers….

Toutefois, elle rappelle sa passion pour l’élevage, qui depuis 15 ans lui permet de vivre et à son tour d’initier des jeunes qui voudraient se former dans l’élevage. Quant à l’opération Zéro poulailler vide, de l’avis de l’éleveuse, elle ne se limite pas seulement à soutenir les producteurs ; mais surtout elle vise à créer des conditions favorables pour tous les bénéficiaires afin de les permettre de surmonter les  difficultés qu’elle a fait face à ses débuts.

Annick HIEN/MoussoNews


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