Mobilisation numérique au Burkina : Quand les réseaux sociaux deviennent un outil de solidarité

Au Burkina Faso, les réseaux sociaux ne servent plus seulement à s’informer, à se divertir ou à échanger. Ils deviennent aussi des espaces de mobilisation pour venir en aide aux personnes confrontées à des difficultés sanitaires ou sociales. Des acteurs comme Raïssa Compaoré, Milda Kaboré ou Coach Lamine utilisent leurs communautés numériques pour lancer des appels aux dons. En parallèle, l’État cherche à encadrer cette pratique à travers la plateforme Dèmè Sira.
Au fil des années, plusieurs acteurs sont devenus des figures connues de la solidarité sur les réseaux sociaux au Burkina Faso. Parmi eux figurent Raïssa Compaoré, Milda Kaboré, connue sous le nom d’Ambassadrice du Sourire, et Coach Lamine.
Activiste, Journaliste et reporter d’image, Raïssa Compaoré utilise depuis plus de 3 ans ses réseaux sociaux pour mobiliser des ressources au profit de personnes en situation de vulnérabilité. Son compte Facebook rassemble aujourd’hui environ 180 000 abonnés.
Construction d’une maison pour une personne vulnérable, dons de vivres scolaires ou prise en charge de soins médicaux : les actions relayées par Raïssa Compaoré sont diverses. Les contributions sollicitées ne sont pas fixées à un montant précis. Chacun peut participer selon ses possibilités.
Le processus commence généralement par un signalement. Après avoir été contactée par une personne ou par son entourage, Raïssa Compaoré vérifie la situation sur le terrain. Lorsqu’elle constate effectivement le besoin, elle lance un appel à la mobilisation sur ses réseaux sociaux. Une fois les fonds réunis, elle entreprend les démarches nécessaires pour la prise en charge du bénéficiaire.
Le4 juillet 2026, elle remerciait ainsi sa communauté après une mobilisation destinée à financer les soins d’un homme prénommé Saïdou. « Pour Saïdou c’est bouclé. Nous avons collecté hier 1 523 000 FCFA. Ça va lui permettre de poursuivre sereinement ses soins », écrivait-elle sur sa page Facebook. Raïssa Compaoré n’est toutefois pas la seule à utiliser les réseaux sociaux comme relais de solidarité.

Milda Kaboré, connue sous le nom d’Ambassadrice du Sourire, mène également ce type d’actions depuis plus de deux ans. Sur sa page facebook de plus de 6 000 abonnés, elle relaie des situations de personnes en difficulté et sollicite sa communauté pour leur venir en aide.
Dans une publication du 10 février 2026, un de ses abonnés racontait notamment comment une mobilisation avait permis à une mère seule, dont le fils est en situation de handicap, de recevoir une enveloppe de 100 000 FCFA destinée à l’aider à démarrer une activité commerciale.

Avec une communauté de plus d’un million d’abonnés sur Facebook,Coach Lamine constitue lui aussi un relais important pour les appels à la solidarité. Ses mobilisations peuvent recevoir des contributions provenant du Burkina Faso, mais aussi de l’étranger.
Le 16 août 2026, il lançait un appel en faveur d’une femme de 60 ans souffrant d’une grave maladie à la bouche, à Giberoi, à plus de 300 kilomètres d’Abidjan. Dès le lendemain, ses abonnés avaient mobilisé plus de 2 millions de FCFA.
Selon les informations publiées par Coach Lamine, une partie importante de cette somme provenait de donateurs installés hors du Burkina Faso : plus d’un million de FCFA aurait notamment été apporté par un abonné vivant en Côte d’Ivoire et 700 000 FCFA par un autre résidant au Sénégal.
Ces exemples montrent que la mobilisation numérique ne repose pas uniquement sur la proximité géographique. Une personne en difficulté peut être signalée localement, tandis que les ressources nécessaires à sa prise en charge peuvent être réunies par une communauté dispersée dans plusieurs pays.

Face à la multiplication des initiatives de solidarité, l’État burkinabè a également développé un dispositif numérique dédié : Dèmè Sira’’.
Le gouvernement a officiellement lancé, le 2 juin 2026 à Ouagadougou, la plateforme « Dèmè Sira », qui signifie « la voie de la solidarité » en dioula.
Accessible sur le site www.solidarite.gov.bf, la plateforme vise notamment à améliorer la gestion des alertes sociales, la prise en charge des personnes vulnérables et la mobilisation de la solidarité nationale.
Selon les responsables de la plateforme, Dèmè Sira a été développée pour répondre à plusieurs difficultés observées dans la gestion des situations de vulnérabilité : remontée tardive des alertes, dispersion des informations sur les réseaux sociaux, manque de coordination entre les acteurs et risques d’atteinte à la dignité des bénéficiaires.

Source: Ministère de la Solidarité
Les premiers ch iffres publiés par le ministère de la Solidarité permettent de mesurer l’activité de la plateforme. Entre juin et septembre 2026, 59 cas ont été soumis à Dèmè Sira. Parmi eux, 34 dossiers ont été traités, 8 demandes ont été rejetées et 18 bénéficiaires ont été pris en charge, selon le ministère de la Famille et de la Solidarité. Les interventions ont concerné plusieurs régions du Burkina Faso, notamment Bankui, Djôrô, Guiriko, Kadiogo, Nakambé, Nando, Tannounyan et Tapoa.

La plateforme a également permis de mobiliser des ressources financières. Selon le ministère de la Solidarité, au total, 8 684 534 FCFA ont été mobilisés pour les bénéficiaires recensés sur la période. Sur cette somme, plus de un million FCFA proviennent des contributions citoyennes, tandis que plus de 7 millions FCFA ont été apportés par le ministère de la Famille et de la Solidarité à travers le Fonds d’Assistance Sociale et de Solidarité Nationale (FASSN).
La mobilisation citoyenne a impliqué 420 donateurs individuels. Les contributions citoyennes représentent ainsi environ 15,8 % des fonds mobilisés, contre 84,2 % pour la contribution du MFS à travers le FASSN.

Ces données donnent une autre dimension au phénomène : alors que les réseaux sociaux permettent à des particuliers de lancer rapidement des appels à l’aide auprès de leurs communautés, le dispositif public repose actuellement majoritairement sur des ressources mobilisées par l’État.
L’essor des SOS sur les réseaux sociaux soulève toutefois une question : comment mobiliser rapidement la solidarité sans exposer les personnes vulnérables ?
Le 2 juillet 2026, le Conseil des ministres a adopté une décision portant réglementation des interventions dans le domaine humanitaire au Burkina Faso. Parmi les mesures figure l’interdiction de publier les images des personnes vulnérables associées aux dons qui leur sont destinés. Cette mesure vise notamment à préserver la dignité des bénéficiaires.
Elle concerne directement les acteurs qui avaient l’habitude de présenter les personnes aidées et leur situation afin de sensibiliser les internautes.

Dans une vidéo publiée à cette occasion, il expliquait à sa communauté que cette nouvelle règle modifiait sa manière de mener ses mobilisations. Dans une vidéo sous forme de communiqué, il a annoncé que plus de 32 personnes en situation de vulnérabilité n’ont pas pu être sauvées courant septembre contre seulement 2 qui ont été sauvées. « Si vous ne mettez pas les images des malades, comment allons nous être touchés et contribuer à les sauver?…Vous avez raison mais nous n’avons pas le choix, je ne suis pas un super burkinabè et la loi, c’est la loi,; nul n’est au-dessus de la loi. Nous allons continuer à faire de notre mieux…», rapportait-il dans sa vidéo, tout en reconnaissant que la réglementation devait être respectée.
Raïssa Compaoré, elle aussi très active dans ce domaine, a appelé ses abonnés à respecter les nouvelles orientations des autorités. Dans une publication du 23 août 2026, elle expliquait que ses proches et sa communauté l’avaient surnommée « Mama Dèmè Sira », en raison de son engagement dans la solidarité. Elle y appelait également les acteurs des mobilisations en ligne à respecter les instructions des autorités : si celles-ci demandent de suspendre ou de ralentir certaines initiatives, « il faut être sage et écouter », écrivait-elle.

Des femmes particulièrement visibles dans les mobilisations documentées
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Les femmes occupent également une place visible dans les profils étudiés dans le cadre de cette enquête.
Raïssa Compaoré et Milda Kaboré sont toutes deux engagées dans des mobilisations solidaires sur les réseaux sociaux depuis plusieurs années, aux côtés d’autres acteurs comme Coach Lamine.
Cette observation reste toutefois limitée aux profils documentés dans cette enquête. Elle ne permet pas, à elle seule, de mesurer la proportion réelle de femmes et d’hommes impliqués dans les mobilisations solidaires en ligne au Burkina Faso.
Entre initiatives individuelles et dispositif institutionnel, les réseaux sociaux sont ainsi devenus un espace où se rencontrent urgence sociale, générosité citoyenne et mobilisation numérique. Avec Dèmè Sira, cette solidarité entre progressivement dans un cadre institutionnel, tandis que les acteurs du terrain doivent désormais composer avec de nouvelles règles destinées à protéger les personnes qu’ils cherchent à aider.
Annick HIEN/MoussoNews
Cette publication WanaData a été soutenue par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD
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