Nymphomanie : Quand le désir féminin devient un fardeau social et médical

Longtemps fantasmée, moquée ou moralement condamnée, la nymphomanie renvoie à une réalité bien plus complexe qu’un simple excès de désir. Aujourd’hui largement remise en question par la médecine, cette notion révèle un trouble psychique réel « l’hypersexualité » mais aussi le poids des constructions sociales et genrées qui entourent la sexualité féminine.
Le terme « nymphomanie » désigne une augmentation jugée excessive du désir sexuel chez la femme. Chargé de jugements moraux et d’une vision patriarcale de la sexualité, il tend désormais à disparaître du vocabulaire médical. Les spécialistes lui préfèrent des expressions comme « hypersexualité » ou « trouble du comportement sexuel compulsif », qu’ils jugent « neutre ». Elle est une affection qui concernait les femmes, mais au fil des temps, touchent peu à peu les hommes.
Derrière cette pathologie jugée douloureuse pour les femmes, se cache une activité sexuelle compulsive, envahissante et jamais satisfaisante, qui perturbe la vie quotidienne, affective et sociale des personnes concernées. L’hypersexualité est souvent rapprochée des conduites addictives, associées à des troubles obsessionnels compulsifs, à des carences affectives ou à d’autres troubles psychiques.
En mars 2023, le journal « Le Demotivateur » relayait le témoignage de Frankie Considine, une Britannique d’une trentaine d’années, qui racontait son combat contre l’hypersexualité. Multiplication des partenaires, contraction de maladies sexuellement transmissibles, dépression, impossibilité d’avoir des sentiments… Face à l’impasse, elle a dû se tourner vers une thérapeute pour entamer un processus de guérison.
Selon plusieurs sources spécialisées, environ 3 % des femmes dans le monde seraient concernées par des formes d’hypersexualité. Un chiffre difficile à vérifier avec précision, tant le sujet reste toujours tabou, dont les souffrantes vivent dans le silence, la honte et la stigmatisation.
L’hypersexualité se caractérise par un besoin compulsif de rapports sexuels, souvent suivi de culpabilité, de honte ou de détresse émotionnelle, en témoignent plusieurs victimes. Parmi les signes fréquemment observés chez elles, figurent des problèmes relationnels, une perte d’intérêt pour les activités non sexuelles, ainsi que des troubles associés comme l’anxiété ou la dépression.
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Les causes selon les thérapeutes sont multiples : déséquilibres hormonaux ou neurologiques, traumatismes psychologiques, faible estime de soi, insécurité affective ou contexte social défavorable. Selon la Sexologue clinicienne , et psychothérapeute, Milène Leroy, le trouble évolue généralement par cycles : obsession, ritualisation, passage à l’acte sexuel, puis désespoir. Le sexe devient alors un exutoire, un moyen d’exister face à un mal-être plus profond.
Vie de couple et comportements à risque
Les femmes nymphomanes peuvent vivre en couple. Toutefois, le risque de relations extra-conjugales est plus élevé, ce qui fragilise souvent les liens affectifs. Cependant, le partenaire informé peut jouer un rôle clé dans l’accompagnement et la compréhension du trouble.
Par ailleurs, l’hypersexualité peut s’accompagner de comportements à risque : consommation d’alcool ou de drogues, rapports sexuels non protégés, mise en danger de soi. Selon certains témoignages, l’attachement émotionnel au partenaire est parfois difficile, la relation étant réduite à sa dimension sexuelle.
Quelle prise en charge ?
La psychothérapie constitue la pierre angulaire du traitement, selon les spécialistes. Elle vise à identifier les causes profondes du trouble et à travailler sur l’estime de soi, les traumatismes et les mécanismes compulsifs. Les traitements médicamenteux ne sont envisagés qu’en cas de troubles associés, comme la dépression ou certaines pathologies psychiatriques.
Les spécialistes recommandent plus, une approche multidisciplinaire, qui combine suivi médical, accompagnement psychologique et thérapies comportementales, afin d’offrir une prise en charge globale et adaptée.
Sources : ELLE, RTS, Le Démotiveur



