Ouagadougou : L’ananas, un commerce juteux malgré les pertes

Au bord du barrage de Tanghin, à Ouagadougou, cinq vendeurs proposent quotidiennement des ananas aux passants. Vendus entre 500 et 1 000 FCFA selon leur grosseur, les fruits proviennent principalement du Burkina Faso, du Bénin et du Ghana. Malgré les méventes et les pertes liées aux intempéries, ces commerçants y trouvent une activité rentable, portée par une clientèle qui apprécie particulièrement l’ananas local.
« C’est combien les ananas ? » La question revient régulièrement au bord du barrage de Tanghin. Face à la cliente, Pacôme Guira énumère les prix : 500, 600, 700, 800 et jusqu’à 1 000 FCFA. Ici, le tarif dépend essentiellement de la grosseur du fruit.La cliente, visiblement attirée par les ananas exposés, choisit finalement celui à 500 FCFA. Après y avoir goûté, elle lance : « Ça, c’est de l’ananas du Burkina ». Satisfaite, elle paie son fruit et repart.Pour Pacôme Guira, vendeur depuis environ un mois, l’origine des ananas n’est pourtant pas une préoccupation particulière. Il fait confiance à son fournisseur habituel, Hamidou, nom d’emprunt. « Je ne fais pas attention à l’origine. Je fais confiance à mon fournisseur », explique-t-il.
Le jeune commerçant considère cette activité comme un commerce « juteux », notamment parce que les Burkinabè apprécient beaucoup ce fruit. Selon lui, les clients s’intéressent toutefois peu à la provenance des ananas et privilégient surtout leur qualité.
Une préférence pour l’ananas local
À quelques mètres de là, Hanouna Ouédraogo exerce dans la vente d’ananas depuis 2016. Installé au bord du barrage, il affirme que ses fruits proviennent du Bénin.
« Ce qui vient du Burkina n’est pas suffisant. Ce qui vient en abondance ici, ce sont les ananas du Bénin », explique-t-il.
Pourtant, la demande pour l’ananas produit au Burkina Faso existe bel et bien. « Les gens demandent beaucoup pour le Burkina, mais on n’arrive pas à en avoir vu que ça ne suffit pas », poursuit-il.
Selon Hanouna, le prix d’achat de l’ananas à l’unité est passé de 400 à 500 FCFA. À la revente, les prix oscillent entre 600 et 800 FCFA, selon la taille du fruit.
Depuis ses débuts dans cette activité, le commerçant dit ne pas regretter son choix. « C’est vraiment un commerce juteux. On arrive à se faire du bénéfice », assure-t-il. Sa clientèle est composée des riverains, mais aussi de vendeuses de jus qui viennent s’approvisionner.

Les recettes peuvent atteindre 30 000 FCFA par jour, avec des variations selon l’état du marché. Même les épluchures trouvent preneur. Certaines personnes les récupèrent pour préparer des décoctions, notamment contre le paludisme. « Souvent, on donne sans rien demander vu qu’il s’agit de la santé », précise Hanouna.
Un commerce soumis aux caprices du tempsSi la vente d’ananas permet aux commerçants de tirer leur épingle du jeu, elle comporte aussi son lot de difficultés. Pour Pacôme Guira, les méventes constituent l’une des principales préoccupations.
« Souvent, on nous vend en gros au prix unitaire de 500. Donc, en fonction de tes moyens, tu peux prendre pour 50 000 et revendre. C’est très bénéfique », explique-t-il. Mais lorsque les fruits ne trouvent pas preneur, les pertes peuvent rapidement s’accumuler.
« L’ananas a peur de l’eau. Le reste invendu pourrit et ça fait des pertes pour moi. »
Hanouna Ouédraogo fait, lui aussi, le lien entre la météo et les ventes. « Les pluies sont des défis. On a remarqué que pendant les saisons pluvieuses, les gens n’en demandent pas trop. C’est quand il fait chaud que les gens en raffolent », constate-t-il.
Au bord du barrage de Tanghin, ils sont cinq à exercer cette activité. Malgré la proximité de leurs étals, chacun semble avoir sa propre clientèle. Lorsqu’un potentiel acheteur apparaît, les vendeurs rivalisent de techniques d’approche pour attirer son attention.
Pour ces hommes, la vente de l’ananas représente avant tout un moyen de gagner quotidiennement leur pitance. Robert Sorgho, installé sur les lieux depuis près de deux ans, a lui aussi choisi ce commerce pour son potentiel. « J’ai choisi la vente de l’ananas parce que c’est un fruit prisé par la population et c’est rentable », explique-t-il.Il indique pouvoir vendre entre 40 et 60 ananas par jour.
Derrière cette activité commerciale se pose cependant une question récurrente : celle de la disponibilité de l’ananas produit localement. Pour les vendeurs, augmenter les superficies consacrées à sa culture permettrait de répondre davantage à la demande.
Car au-delà du prix, certains clients recherchent précisément l’ananas burkinabè. « Beaucoup viennent demander si ce n’est pas l’ananas du Burkina, ils partent sans payer. Ils exigent l’ananas local », rapporte l’un des vendeurs.
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L’ananas, bien produit au Burkina, les vendeurs se ravitaillent dans d’autres pays, dont le Bénin. Mais l’ananas local reste cependant le plus prisé par la population burkinabè. Une activité rentable pour les vendeurs on, mais encore dépendante de la production locale, des conditions météorologiques et surtout d’un approvisionnement suffisant en ananas burkinabè pour satisfaire une demande qui, elle, ne semble pas faiblir.
Diane SAWADOGO/ MoussoNews
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