Ouagadougou : Par pauvreté, des femmes s’adonnent à la prostitution

3 ans de prison avec sursis, 6 mois avec sursis, trois mois avec sursis et des amendes allant de 250 000 FCFA à un million de FCFA. Ce sont les peines prononcées, ce mercredi, par le Tribunal de grande instance de Ouaga II contre 21 prévenus poursuivis notamment pour proxénétisme, racolage et exercice illégal de la profession de pharmacien, dans une affaire née du démantèlement d’un réseau présumé de prostitution.

Au cours de ce procès, B. L., 30 ans, mère de deux enfants et sans antécédents judiciaires, a ouvert la série d’interrogatoires des prévenues. Il lui a été reproché d’avoir, courant mai 2026, procédé publiquement au racolage d’autrui, à travers la publication de photos et de vidéos dénudées sur les réseaux sociaux, notamment WhatsApp, incitant plusieurs personnes à avoir des rapports sexuels contre rémunération.

Elle a plaidé coupable, reconnaissant avoir publié ses photos dénudées dans deux groupes WhatsApp qu’elle avait intégrés gratuitement, durant trois mois, sans connaître les administrateurs. Serveuse dans un café à l’époque, elle a révélé avoir été entraînée dans cette pratique par une amie pour gagner davantage d’argent afin de subvenir à ses besoins.

Par ailleurs, elle a dit avoir reçu ses clients à domicile. Sur la question du tarif, elle n’a pas donné de chiffre fixe. « Ça dépend. 5 000, 10 000 et plus », a-t-elle répondu au président du tribunal.

Deuxième à la barre, A. A., Béninoise vivant au Burkina Faso, mère de trois enfants, a reconnu avoir exercé la prostitution par racolage depuis septembre 2025, et avoir publié des contenus dans trois groupes WhatsApp de prostitution, dont un dénommé « Bizzi privé ». Elle recevait ses clients chez elle à 5 000 francs CFA la prestation.

Elle a expliqué avoir été entraînée dans cette activité par un ami après l’effondrement de son commerce et l’accumulation de dettes. « J’avais contracté des prêts pour mon commerce et quand mon commerce est tombé, je n’arrivais plus à solder mes prêts. J’avais un ami qui me donnait 10 000, 5 000. C’est lui qui m’a intégrée dans les groupes », a-t-elle déclaré.

Elle se prostitue après la mort de son mari

Troisième à la barre, R. P., jeune veuve et mère de deux enfants, a indiqué que son mari, commerçant, avait péri lors d’une attaque terroriste. Après son départ de Cinkansé, elle vivait à Koubri où elle vendait des fruits avant de rejoindre Ouagadougou sur proposition d’une connaissance, pour un meilleur gagne-pain. « J’étais à Koubri, je faisais le commerce des fruits. Avec le manque de moyens, il y a une sœur qui m’a dit qu’il y a du boulot à Ouaga, que de venir avec elle. Je l’ai suivie. Donc, on est rentrées dans les groupes », a-t-elle déclaré. 

R. P. a intégré une centaine de groupes WhatsApp et recevait ses clients dans une villa qu’elle occupait avec sa connaissance. Elle a estimé à deux ou trois le nombre de clients reçus par jour, à 5 000 francs CFA la prestation sexuelle par client.

À la question de la procureure, qui l’a interrogée sur ses revenus hebdomadaires, elle a répondu : « Dans la semaine, je peux trouver 25 000, 20 000. C’est souvent ».

Elle se prostitue pour payer une dette de 2 millions de francs CFA

Ensuite, O. M., commerçante et mère d’un enfant, a expliqué avoir pratiqué la prostitution par racolage pendant six mois pour rembourser un crédit bancaire de 2 millions de francs CFA contracté pour son commerce. Elle a remboursé 1 800 000 francs CFA à la banque grâce à cette activité, en plus de subvenir aux besoins de sa mère et de son fils, à raison de 5 000 francs CFA par prestation sexuelle avec un client. « Ce travail n’a pas d’intérêt. C’est seulement le crédit que j’ai pu payer », a-t-elle dit.

Dans la pratique, elle a expliqué avoir payé 15 000 francs CFA à un tiers inconnu dont elle a obtenu le numéro grâce à un ami, pour intégrer plusieurs groupes WhatsApp de prostitution. Dans ces groupes, elle publiait ses photos, son numéro, visage caché, avec des invitations à avoir des rapports sexuels avec elle moyennant paiement.

Réagissant aux propos de la prévenue, qui a dit qu’elle ne savait pas que ses actes étaient punis par la loi, le président du tribunal lui a demandé pourquoi elle cachait son visage sur les photos qu’elle postait. « Je ne présentais pas mon visage parce que je ne voulais pas que les gens détruisent ma dignité », a-t-elle confié en langue nationale mooré.

Elle paye les soins de sa mère avec la prostitution

Ensuite, B. A., dont le niveau d’étude s’arrête au CEP, a rejoint le réseau pour financer l’opération chirurgicale de sa mère, estimée à 600 000 francs CFA. Elle a réglé la somme en un mois de prostitution par racolage, à 5 000 ou 10 000 francs CFA par prestation.

Elle partageait une résidence avec trois autres filles, où elles recevaient leurs clients et où le bailleur prélevait 7 500 francs par jour et par pensionnaire.

Le président du tribunal a relevé qu’elle avait mené l’activité pendant près d’un an, même après avoir soldé les frais médicaux de sa mère. « Je n’ai pas informé ma mère parce que je ne voulais pas qu’elle sache. C’est honteux », a-t-elle confié.

Prostituée avec le BEPC en poche

O. W. G., ancienne employée de boulangerie et titulaire du BEPC, vivait seule avec un loyer de 15 000 francs CFA par mois. Un ami l’a intégrée dans environ cent groupes, dont une soixantaine étaient actifs, pour se prostituer à travers le racolage.

Après deux mois d’hésitation, elle a décidé de publier ses photos dénudées dans les groupes, accompagnées de son numéro de téléphone et d’invitations à avoir des relations avec elle contre paiement. Elle a indiqué se déplacer chez ses clients à 15 000 francs CFA par prestation. « Je suis dans le groupe ça vaut 4 mois. Mais j’ai commencé l’activité ça vaut pas deux mois », a-t-elle déclaré. Le président a souligné qu’il avait l’impression qu’elle avait tendance à abréger son temps d’activité de prostitution depuis son arrestation.

Se prostituer pour ouvrir son propre salon de coiffure

L. M, coiffeuse de formation, vit seule avec un loyer de 20 000 francs CFA. Elle a rejoint le réseau en mars 2026, insatisfaite de ses conditions salariales dans le salon où elle était employée.

Elle publiait ses photos sur WhatsApp et Facebook et recevait ses clients à l’hôtel à 5 000 francs CFA par prestation. « Je réunissais l’argent pour pouvoir réunir les matériels pour pouvoir commencer mon activité. Je suis coiffeuse. Depuis que j’exerce cette activité, j’ai eu 150 000, 200 000 », a-t-elle déclaré.

La procureure a jugé paradoxal qu’elle se dise dans le besoin tout en payant un loyer de 20 000 francs. « Si je sors de prison, je compte reprendre la coiffure. Je regrette ce que j’ai fait », a-t-elle dit avant de quitter la barre.

La première élève de K. D. est ensuite intervenue

T. A., mère d’un enfant de douze mois, habitait chez sa belle-famille hors de Ouagadougou. Elle a évoqué la perte d’emploi de son mari militaire pour justifier sa pratique de la prostitution par racolage sur WhatsApp. « Le travail de mon mari était gâté », a-t-elle déclaré.

C’est sa coprévenue K. D., qui lui donnait régulièrement de l’argent, qui lui a proposé de rallier Ouagadougou pour le réseau plutôt que de continuer à solliciter de l’aide, lui faisant comprendre qu’il s’agissait d’activités de prostitution. « Donc j’ai dit à mon beau-père que je pars à Ouaga chez ma tante une semaine et puis je reviens », a-t-elle déclaré.

En une semaine d’activité, elle a publié des photos dénudées dans plusieurs groupes et se déplaçait chez ses clients. Elle a été arrêtée au cours de cette période. « Ça n’a pas dépassé une semaine. J’ai eu 40 000 », a-t-elle déclaré.

La procureure a relevé qu’il n’y avait pas d’urgence financière réelle au moment des faits. « Quand il est parti, il m’a dit que son compte n’était pas débloqué. Que de patienter. Je n’ai pas été patiente », a reconnu la prévenue.

La « coach » face à ses responsabilités

K. D. a remplacé son amie T. A. à la barre. Âgée de 21 ans et native de Bobo-Dioulasso, elle a été accueillie par le président du tribunal avec une formule qui a résumé son rôle dans l’affaire : « Donc c’est vous la coach ».

D’après son propre récit, trois mois après avoir accouché, elle a quitté la maison de sa tante pour prendre son propre logement à 35 000 francs CFA de loyer, avec une fille de ménage à 20 000 francs CFA. Vu l’épuisement de ses ressources, elle a ensuite rejoint les réseaux de prostitution, notamment pour gérer ses charges.

Elle a indiqué avoir payé l’accès à cent groupes pour 6 000 francs CFA et avoir pratiqué à 5 000 francs CFA la prestation par client, recevant entre trois et cinq clients par jour. C’est elle qui a intégré T. A. dans le réseau afin qu’elle arrête de lui solliciter de l’argent et se prenne en main. Elle a promis qu’à sa sortie de prison, elle apprendrait et pratiquerait la couture.

Elle devient prostituée après son licenciement au 10-Yaar

Après K. D., O. S. s’est présentée à la barre. Mère d’un enfant, elle se prostituait par racolage depuis juin ou juillet 2025. Ancienne revendeuse au marché du 10-Yaar, elle a été victime d’un vol de recette puis licenciée avant de contracter des dettes pour faire de la vente ambulante de produits. Par la suite, elle a ouvert un restaurant sur un site aurifère. Vu les difficultés financières, elle a dit avoir contacté une ancienne cliente à Ouagadougou qui lui a proposé de se prostituer au regard de ses formes, pour gagner de l’argent. C’est ainsi qu’elle a rejoint cette ancienne cliente, qui se prostituait déjà, dans une résidence au quartier Patte d’Oie de Ouagadougou, pour collaborer dans la prostitution par racolage.

Elle a rejoint celle-ci qui lui a fait acheter une nouvelle puce de téléphonie et payer 25 000 francs CFA pour accéder à cent groupes. Par ailleurs, elle a payé 7 500 francs CFA de loyer par jour pour la résidence. Après une semaine, elle a trouvé l’activité peu rentable par rapport à la restauration et l’a abandonnée pour retrouver la vente de nourriture sur le site minier.

Cependant, O. S. a repris la puce lorsque son père a subi une opération de la hernie discale et qu’elle avait épuisé ses économies. « J’ai eu plus de 200 000 », a-t-elle déclaré.

Elle se prostitue pour financer la formation de son frère de 28 ans

Z. R., née le 22 août 2001 à Ouagadougou, commerçante en chaussures, a aussi été conduite dans cette activité par K. D. « Elle m’a donné un numéro et puis j’ai appelé la personne », a-t-elle expliqué. « C’est que je disais. C’est elle la coach », a rétorqué le président du tribunal, parlant de K. D.

Poursuivant, Z. R. a dit s’être prostituée pour financer la formation de son grand frère de 28 ans à la conduite d’engins, comme les tracteurs, et agrandir son commerce. Elle a payé 5 000 francs CFA pour intégrer 106 groupes WhatsApp de prostitution et pratiquait à 5 000 ou 10 000 francs CFA la prestation, exclusivement à l’hôtel, étant donné qu’elle vit chez sa cousine qui n’est pas au courant de ses pratiques. Elle a indiqué avoir encaissé 75 000 francs CFA en une semaine d’activité.

La procureure a estimé qu’elle avait inventé ce mobile en imitant les autres prévenues, relevant que la formation d’un adulte ne constitue pas une urgence qui impose le choix de la prostitution. « C’est une activité honteuse. Je regrette », a dit la prévenue.

À noter que toutes les prévenues ont été condamnées à des peines d’emprisonnement avec sursis et au paiement d’amendes. Une décision qu’elles ont toutes applaudie, car elles redoutaient la prison ferme.

Source: Faso 7


En savoir plus sur Mousso News

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Partagez

Laisser un commentaire

En savoir plus sur Mousso News

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture