TGI de Kaya : À 21 ans, elle comparaît pour avoir tenté d’exciser sa fille de 5 mois

S.B., 21 ans et mère d’un enfant, est appelée à la barre dans le cadre du procès de 39 personnes poursuivies pour des faits d’excision ayant fait une trentaine de victimes. Elle est accusée d’avoir tenté d’exciser sa fille âgée de seulement 5 mois au moment des faits. Face aux questions du Tribunal et du ministère public, elle reconnaît ne pas avoir obtenu l’accord de son époux pour exciser leur fille et demande la clémence.
À la barre, S.B. est interrogée sur les circonstances dans lesquelles elle aurait tenté de faire exciser sa fille de 5 mois. Âgée de 21 ans, la jeune mère reconnaît ne pas avoir informé le père de l’enfant de son intention. Selon ses explications, celui-ci ne vit pas avec elles et se trouve sur un site d’orpaillage.
« Il est sur les sites d’orpaillage », explique-t-elle.
Le tribunal cherche alors à comprendre pourquoi elle a entrepris cette démarche alors qu’elle savait que le père de l’enfant était opposé à l’excision.
« Je ne lui ai pas informé. Il était contre l’excision de notre fille », déclare S.B.
Et la question du Tribunal de savoir : si elle savait que cette pratique était interdite et que le père n’allait pas l’accepter, pourquoi avoir voulu la faire exciser ?
« Je demande pardon », répond-elle simplement.
L’interrogatoire se poursuit. Le tribunal lui demande si sa fille aurait couru un danger si elle n’avait pas été excisée.
« Non, elle ne risquait rien », a-t-elle repondu.
Une réponse qui conduit le Tribunal à insister sur l’âge de l’enfant et les préoccupations qui devraient guider ses décisions de mère.
« Votre enfant n’avait même pas un an, juste 5 mois. Mais c’est l’exciser qui était votre souci, au lieu de penser à son avenir », lui fait-on remarquer.
Le ministère public interpelle la jeune mère
Le ministère public prend à son tour la parole. Le représentant du parquet insiste sur le jeune âge de S.B. et l’interroge sur la tradition qu’elle aurait voulu respecter en envisageant l’excision de sa fille.
« Vous n’êtes qu’une jeune fille de 2005. C’est quoi, vous connaissez comme tradition jusqu’à vouloir exciser votre enfant ? », lance-t-il.
Il revient également sur l’absence d’accord du père et questionne la capacité d’un parent à prendre seul une décision de cette nature concernant un enfant.
« Vous l’avez dit que son père n’allait pas être d’accord. Est-ce qu’on peut décider de ce qu’on fait à un enfant seule ? », demande le ministère public.
Le parquet poursuit son interpellation en mettant en garde S.B. contre le fait de prendre seule des décisions concernant son foyer.
» Si vous allez continuer dans cette lancée. C’est-à-dire si vous allez continuer à prendre seule des décisions dans votre foyer, vous n’allez pas y durer », lance t’il. Puis, une dernière question ramène les échanges à l’enfant, âgée de seulement 5 mois, et à la douleur qu’une telle pratique pourrait lui infliger.
« Est-ce que cet enfant de 5 mois peut supporter la douleur de l’excision ? », interroge le représentant du ministère public.
À l’issue de son passage à la barre, S.B. implore la clémence du tribunal avant de regagner sa place.
Son audition s’inscrit dans le procès consacré aux faits d’excision examinés par le Tribunal de grande instance de Kaya. L’audience foraine a débuté le lundi 26 octobre 2026 à la mairie de Boussouma, dans le cadre d’une audience foraine organisée en collaboration avec l’ONG ENABEL. Prévu sur 3 jours, ce procès concerne 39 prévenus, dont un homme, poursuivis dans une affaire ayant fait une trentaine de victimes.
Diane SAWADOGO / MoussoNews
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