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« La caisse de tomate est à près de 250 000 FCFA, le sac de choux à 50 000 FCFA. C’est chaud à l’heure-là ». Dans les marchés et yaars de Ouagadougou, cette phrase revient désormais comme un refrain. Devant les étals de légumes, les clientes marquent des arrêts, demandent les prix, soupirent parfois avant de poursuivre leur chemin. Vendeuses et acheteuses font face à la même réalité : les condiments deviennent rares et leurs prix grimpent.

Sac de marché à la main, Kadi, ( nom d’emprunt), se faufile entre les étals du marché de Larlé. Comme beaucoup de ménagères ce matin-là, elle est venue acheter de quoi préparer les repas de la famille. Mais à chaque arrêt ou presque, les prix annoncés la font hésiter.

Depuis plusieurs mois, les légumes connaissent une hausse qui bouleverse les habitudes de consommation dans la capitale. La tomate, le choux, l’aubergine ou encore le piment deviennent de plus en plus difficiles à acheter pour certains ménages.

Dans les allées, les discussions tournent autour des mêmes préoccupations. « La tomate n’est pas obligatoire dans la sauce », lance une cliente à sa voisine. Une autre évoque la pâte de tomate comme alternative. Chacune tente de trouver une solution pour continuer à remplir la marmite malgré la hausse des prix.

À Larlé, la surprise des clientes face aux nouveaux prix

Au marché de Larlé, les légumes occupent encore les étals, mais les quantités semblent plus modestes qu’à l’accoutumée. À même le sol, les choux sont soigneusement alignés. Plus loin, les tomates attirent toujours le regard par leur couleur éclatante, même si leurs prix refroidissent les ardeurs.

Devant l’étal de Salmata, nom d’emprunt, Mousso s’arrête.

— « Le tas à combien ? »

— « 2 000 FCFA. »

La réponse est immédiate. Mousso ouvre grand les yeux. Après quelques instants de discussion et de négociation, elle repart finalement avec trois boules de choux au lieu des cinq initialement prévues.

Derrière son étal, Salmata comprend la réaction de ses clientes.

« Cela fait plus de 15 ans que je vends les condiments. Chaque année, en cette période, c’est le même scénario », explique-t-elle.

Son regard se tourne vers les quelques choux encore disponibles.

« Ce matin même, j’ai payé le sac de choux à 55 000 FCFA. Face à ça, tu ne sais pas comment revendre pour satisfaire la clientèle en prix et en quantité », révèle t-elle.

Pour la commerçante, la faible pluviométrie et la forte chaleur expliquent en partie cette situation.

Les difficultés commencent bien avant l’arrivée des légumes au marché.

« Hier à Bobo, j’ai attendu de 5 heures à 7 heures du matin pour les remorques. Quand elles sont arrivées, seulement 12 sacs ont été déchargés. Les légumes sont très rares. Même à Bobo, ils se ravitaillent ailleurs. Souvent, ce n’est pas local », raconte t-elle.

Malgré les difficultés, elle garde espoir que les premières pluies améliorent la disponibilité des produits dans les semaines à venir.

La tomate, devenue presque un luxe

À Larlé, certaines vendeuses ont préféré abandonner la tomate. Le risque est devenu trop important.

Celles qui continuent l’aventure doivent composer avec des coûts d’approvisionnement particulièrement élevés.

Aïcha, nom d’emprunt, fait partie de ces commerçantes qui s’accrochent encore.

Devant elle, quelques tas de tomates soigneusement disposés.

« Vous voyez cette caisse ? Je l’ai payée à 220 000 FCFA. Les petits tas sont à 500 FCFA, ceux du milieu à 1 000 FCFA et les plus gros à 2 000 FCFA », montre t-elle. Puis elle observe les passants qui s’arrêtent devant son étal.

« Sur 10 personnes qui demandent les prix, une seule personne, ou parfois personne même, ne paie », déplore t-elle.

Les regards s’attardent sur les tomates. Beaucoup demandent les prix. Peu sortent finalement leur porte-monnaie.

À Tanghin, les commerçantes s’inquiètent pour l’avenir

Sous son hangar à Tanghin, Maman Cécile accueille les clientes les unes après les autres.

Pas de tomate sur son étal ce jour-là. Le produit est devenu trop cher à acheter.

Une boule de choux est vendue à 150 FCFA. L’aubergine coûte 100 FCFA l’unité. L’aubergine sauvage est proposée à trois pour 500 FCFA. Quelques petits poivrons sont disponibles à 25 FCFA.

« J’ai demandé ce matin la caisse de tomate. On m’a dit 145 000 FCFA. Je ne peux pas me le permettre et mes clients non plus ne vont pas payer. Je ne saurais même pas comment vendre avec eux », explique t-elle.

Après 25 ans passés dans le commerce des légumes, elle affirme n’avoir jamais connu une telle situation.

« Ça fait 25 ans que je vends les légumes. Le maraîchage, je le maîtrise. Si ce n’est pas cette année, je n’ai jamais vécu cette situation. Tout est cher. Si ça continue, le mois prochain, je vais arrêter », lâche t-elle.

Pour elle, le manque d’eau dans les zones maraîchères et l’accès limité des femmes aux terres cultivables figurent parmi les principales causes du problème.

Elle plaide pour un meilleur accès des femmes aux espaces de production afin d’accroître l’offre et de réduire la pression sur les prix.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews


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