🔴[ L’Edito du mois de Décembre 2023 ] |16 jours d’activisme contre la VBG : changer de fusils d’épaule

Depuis le 25 novembre, Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes, le Burkina Faso et les autres pays du monde sont en plein dans la campagne annuelle internationale « 16 Jours d’activisme contre la violence basée sur le genre à l’égard des femmes et des filles ». Et ce, jusqu’au 10 décembre, Journée des droits humains.

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En soi-même, l’initiative qui offre aux personnes et aux organisations du monde entier une stratégie de mobilisation appelant à la prévention et à l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles, est bonne et même très louable. Sauf que depuis son lancement en 1991, cette campagne fait quasiment du surplace. En effet, avec les 16 jours d’activisme, les années se suivent et se ressemblent sans pour autant que la lutte n’engrange véritablement des acquis significatifs. Parce que chaque année, le procédé est le même : même message, même méthode de travail et de communication (visuel, vidéo, plateaux télé, interviews radios …), mêmes activités (panels, d’ateliers, partage d’expériences …), mêmes acteurs/trices. Au finish, les lignes ne bougent pratiquement pas et les VBG semblent avoir de beaux jours devant elles avec son lot de victimes qui continuent de subir et d’attendre désespérément du secours.

C’est à se demander si les acteurs, en l’occurrence les activistes, manquent de ressources, d’initiatives et d’innovations pour atteindre le but commun qui est l’élimination de la violence à l’égard des femmes et des filles. Pourquoi donc ne pas changer de fusils d’épaule ? Pourquoi ne pas adopter une autre approche plus participative et plus inclusive, mettant au centre du combat, les véritables actrices que sont les victimes des VBG ? La lutte pourra-t-elle aboutir si l’on ne va pas au contact des « bourreaux Â» ?

Il s’agit d’autant de questions et bien plus encore que les acteurs doivent se poser. Cela nécessite de faire une halte, d’évaluer les efforts et les acquis, de rectifier le tir pour donner une nouvelle orientation à la campagne. Au même titre que les campagnes de lutte contre le VIH/SIDA, l’excision, le mariage forcé et précoce et les différents cancers par exemple, les 16 Jours d’activisme gagneraient à mettre en avant les témoignages des victimes et surtout les succès story de femmes qui ont pu guérir de VBG. De même, donner la parole aux hommes et femmes, auteurs-repentis de violences apportera un plus substantiel à la lutte, en ce qu’il peut déclencher chez certains autres, le déclic d’abandonner cette atteinte grave aux droits de la femme. Aussi fait-il intensifier la sensibilisation, interpeller davantage les pouvoirs publics à agir, sévir, aller à la répression.

Enfin, l’activiste doit être portée par ceux et celles qui ont un engagement désintéressé et qui ont fait de la lutte contre les VBG, un combat de vie avec conviction et sans rien attendre en retour. Tant que « l’argent Â» sous-tendra la lutte, tant qu’on fait de l’activisme une source de revenu, tant que l’activisme se limite aux 16 jours et ce qu’on y gagne, il y a de fortes chances que les victimes continuent de subir le martyr parce que ceux qui portent la lutte n’ont pas intérêt à ce qu’elle aboutisse rapidement.

En somme, si tant est que l’activisme contre le VGB est sincère, il convient de réorienter la stratégie de la lutte au risque de rester statique et de gaspiller les énergies et les ressources, ce qui montre à souhait l’inefficacité des acteurs. A bon entendeur …

La Rédaction

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