Women Capital Lab 2026 : Leadership, santé mentale et financement au cœur des échanges à Koubri

Plus d’une soixantaine de femmes issues de divers secteurs d’activité ont pris part, le samedi 10 octobre 2026 à Koubri, à une rencontre consacrée au leadership féminin, à l’entrepreneuriat, au financement et à la santé mentale et à la prévention en santé. À travers des échanges et des témoignages, les participantes ont partagé leurs expériences et réfléchi aux difficultés auxquelles les femmes sont confrontées dans leur vie professionnelle et personnelle. Cette rencontre entre dans le cadre du programme Women Capital Lab initiée par Aïcha Zio Savadogo avec l’appui de Alida Ouédraogo et Dre Hadiza Savadogo.

Comment renforcer le leadership des femmes, faciliter leur accès au financement et mieux prendre en compte leur bien-être ? Ce sont les principales questions abordées lors du Women Capital Lab 2026, une rencontre qui a réuni à Koubri des femmes leaders, des cheffes d’entreprise, des cadres et des mères au foyer.

L’initiative est née à la suite de la formation « Empowerment of Women in Leadership », suivie en Tanzanie en 2024 par Aïcha Zio Savadogo et Alida Ouédraogo, dans le cadre des activités du Danida Fellowship Centre (DFC). En approfondissant leur réflexion sur l’accès des femmes au financement, les deux professionnelles de la finance ont pris conscience de la nécessité d’élargir leur regard aux réalités sociales, familiales et personnelles qui influencent le parcours des entrepreneures.
L’association avec la Dre Hadiza Savadogo, médecin de santé publique à l’Institut national de santé publique (INSP), a permis de donner corps à cette réflexion en y intégrant les dimensions de santé et de bien-être. De cette complémentarité est né Women Capital Lab, une initiative qui relie leadership, santé et financement pour mieux comprendre les obstacles rencontrés par les femmes et faire émerger des réponses adaptées à leurs réalités.
Avec le soutien du Danida Fellowship Centre et du ministère des Affaires Étrangères du Danemark, dans le cadre du Danida Fellows Network Grant 2026, elles ont ainsi pu mettre en œuvre une première activité destinée à mieux comprendre les réalités quotidiennes des femmes.

« Cette activité consiste à regrouper les femmes pour comprendre leur quotidien et identifier les difficultés qu’elles vivent pour accéder au financement et faire croître leurs entreprises », a expliqué Aïcha Zio Savadogo. Elle précise que la démarche vise également à appréhender les difficultés auxquelles les femmes sont confrontées au-delà de leur activité professionnelle.
Le leadership féminin, une question de confiance et de vision
Au cours des échanges, la Distinguised ToastMaster Sandrine Obi Ouattara a abordé la question du leadership au féminin. Elle a notamment insisté sur la confiance en soi, la communication et l’adaptabilité, des qualités essentielles pour conduire une équipe vers un objectif commun.

La communicante a également établi une distinction entre le management et le leadership. Si le premier renvoie notamment à l’organisation , à la planification et au suivi des résultats, le second repose sur la capacité à partager une vision et à mobiliser les autres autour de celle-ci pour l’atteinte d’objectifs communs. Elle a spécifié qu’un leader est avant tout un manager mais que le manager n’est pas forcément à fédérer et influencer son équipe autour d’une vision.
Elle a par ailleurs présenté différents styles de leadership, notamment les approches directive, participative, affiliative et transformationnelle. Selon elle, aucun style ne convient à toutes les situations : le choix doit tenir compte des compétences des collaborateurs, du contexte et des objectifs poursuivis.
La DTM Sandrine Obi Ouattara a également souligné l’importance de l’intelligence émotionnelle, de l’empathie et de la bienveillance dans la gestion des relations professionnelles et des conflits.
Abordant les obstacles auxquels les femmes peuvent être confrontées, elle a évoqué le syndrome de l’imposteur, le manque d’affirmation de soi et le syndrome du pouvoir ou la peur d’assumer pleinement son autorité. Elle a invité les participantes à reconnaître leurs compétences, à se former et à transformer en forces les qualités inhérentes à la gente féminine parfois considérées comme des faiblesses.
Assumer pleinement son leadership
Les échanges ont également été marqués par le témoignage de Aïcha Zio Savadogo sur son expérience professionnelle et l’exercice de son leadership.
Promue à un poste de responsabilité dans un environnement majoritairement masculin, elle a partagé les difficultés rencontrées pour prendre pleinement sa place, liées au contexte professionnel mais aussi aux responsabilités assumées en dehors de l’entreprise. Derrière la femme promue, derrière la cadre appelée à diriger une équipe, il y a aussi la sœur, l’épouse, la fille et la mère. Ces différents rôles mobilisent du temps et de l’énergie et influencent sa disponibilité.
Avec le recul, elle estime qu’au-delà de ces contraintes, son attente de validation hiérarchique a également limité sa capacité à exercer pleinement son leadership. Une discussion avec son supérieur lui a permis de prendre conscience de cet enjeu.
Elle a ensuite entrepris un travail de développement personnel, suivi des formations et recherché du mentorat. Cette démarche lui a permis d’affirmer son leadership, de mieux assumer ses fonctions et de faire évoluer sa manière de travailler en équipe.
À travers cette expérience, elle a invité les femmes à ne pas attendre systématiquement une validation extérieure avant de prendre des initiatives dans leur périmètre de responsabilité. Elle les a surtout encouragées à reconnaître leurs capacités et à se sentir légitimes dans leurs fonctions. Être promue traduit une reconnaissance de ses compétences : il faut aussi accepter cette reconnaissance, prendre sa place et exercer l’autorité qui accompagne ses responsabilités.
La santé, premier capital des femmes : prendre en compte la santé mentale, prévenir, et se prendre en main
Convaincue que la santé ne se résume pas à l’absence de maladie, mais constitue, selon la définition de l’OMS en un état de bien-être complet, physique, mental et social ; Dr Hadiza Savadogo a tenu à ce que les participantes repartent informées et outillées pour prendre soin d’elles-mêmes, aussi bien physiquement que mentalement. La santé mentale a donc constitué un axe de la rencontre.
La Dre Nathalie Ouédraogo, responsable réglementaire santé et sécurité au travail au ministère de la Santé, spécialisée dans l’accompagnement psychosocial est intervenue sur la charge mentale des femmes qui dirigent et entreprennent. Elle a d’emblée posé son message : « Nous gérons tout. Mais tout gérer a un prix, et c’est notre santé qui le paie ».

Cette thématique s’inscrit dans la volonté des organisatrices d’aborder les difficultés des femmes dans leur globalité. En effet, une femme entrepreneure n’assume pas uniquement les responsabilités liées à son entreprise. Elle doit également composer, selon sa situation, avec ses obligations familiales, sociales et personnelles. Elle a aidé chacune à prendre conscience de sa charge mentale.
La femme qui entreprend doit sans cesse prouver qu’elle est compétente tout en restant humble, qu’elle demeure une bonne épouse, une bonne fille, une bonne ménagère, malgré ses responsabilités. À cela s’ajoutent des charges souvent silencieuses : la solidarité financière envers la famille élargie, la pression autour de la maternité ou la solitude de la dirigeante.
Pour les promotrices du Women Capital Lab, ces différentes responsabilités peuvent peser sur le bien-être et les capacités d’action des femmes. La question de la santé mentale apparaît ainsi indissociable de celle de leur autonomie économique.
Sur le plan médical, Dre Ouédraogo a expliqué que le fait d’être jugée en permanence active la production de cortisol, l’hormone du stress. Sans récupération, ce stress chronique finit par user l’organisme. Elle a présenté certains signaux d’alerte à surveiller : sommeil perturbé, irritabilité, oublis. Elle a aussi souligné l’impact socio-professionnel du cycle menstruel, du post-partum et de la ménopause sur la femme et l’importance de les prendre en compte.
La rencontre a également permis d’aborder la cohérence cardiaque, une technique de respiration présentée comme un moyen de retrouver son calme et de mieux gérer les moments de tension. La méthode tient en trois chiffres, 3-6-5 : trois fois par jour, six respirations par minute, pendant cinq minutes. Parmi les autres pistes proposées : choisir ses batailles, se détacher du regard des autres, ne pas se comparer et avancer à son rythme. L’intervenante a aussi insisté sur l’importance de cultiver un réseau de soutien, entre amies, pairs, mentors et alliés, et de consulter sans attendre lorsque les signaux persistent.
Enfin, en ce mois d’octobre consacré à la lutte contre le cancer du sein, une sensibilisation sur le dépistage précoce du cancer du sein a été animée par Dre Hadiza Savadogo qui a rappelé aux participantes l’auto-examen des seins, les signes précoces ou signes d’alerte du cancer du sein ainsi que les structures où se tourner pour une prise en charge.

Financement : Partager les expériences pour mieux lever les obstacles
La question du financement a également occupé une place importante dans les échanges, sous la conduite de Alida Ouédraogo, seconde promotrice du Women Capital Lab. Elle a animé cette séquence en favorisant les partages d’expériences, les témoignages et les discussions autour des difficultés rencontrées par les femmes dans leur parcours professionnel et entrepreneurial.

À cette occasion, Dr Dorcas Tiendrebéogo/Compaoré, titulaire d’un doctorat en économie financière, a partagé son expérience de dirigeante. Elle a notamment évoqué ses huit années d’expérience à la tête d’un fonds national consacré au financement des activités des femmes et les défis rencontrés lors de sa prise de fonction.
Cette séquence a également bénéficié de la contribution de Dre Angéline Traoré/Yougbaré, promotrice de La Maison Fénel, une entreprise spécialisée dans la confection artisanale d’accessoires de mode. Les échanges et témoignages ont permis d’aborder les obstacles auxquels les femmes sont confrontées dans leur accès au financement. Il a notamment été question du manque de garanties, de la faible structuration de certaines entreprises et d’une préparation insuffisante à la mobilisation de financements, ou investment readiness. Ces constats mettent en évidence les besoins d’accompagnement pour structurer les entreprises, clarifier leurs besoins financiers et préparer des dossiers susceptibles de convaincre les financeurs.

La confiance nécessaire pour solliciter un crédit a également été abordée. Certaines femmes hésitent à s’engager sur des montants plus importants pour soutenir la croissance de leur entreprise. La crainte de l’endettement et des obligations de remboursement peut ainsi limiter leur recours au financement et leurs perspectives de développement.
L’accès aux réseaux et à l’information constitue un autre frein. Les femmes ne disposent pas toujours d’une connaissance suffisante des financements disponibles, des institutions à solliciter et des conditions d’accès. Les discussions ont ainsi fait ressortir l’importance de mieux relier les entrepreneures aux acteurs du financement et de rendre les dispositifs existants plus accessibles et compréhensibles.
Cette séquence s’inscrit dans l’objectif du Women Capital Lab de mieux comprendre les besoins des femmes et de réfléchir à des mécanismes de financement plus adaptés à leurs réalités.
Vers des solutions adaptées aux besoins des femmes
Au-delà des échanges, le Women Capital Lab entend contribuer à l’identification de solutions concrètes aux difficultés rencontrées par les femmes, notamment en matière de financement et de développement entrepreneurial.

Selon Aïcha Zio Savadogo, une prochaine rencontre est prévue avec les acteurs de l’écosystème du financement. Les résultats des discussions de Koubri devront leur être présentés afin d’examiner les limites des solutions existantes et de réfléchir à des mécanismes innovants, mieux adaptés aux besoins des femmes entrepreneures.
À travers cette démarche, les promotrices souhaitent favoriser un dialogue entre les femmes et les acteurs du financement, tout en tenant compte des réalités sociales, familiales , psychologiques et de santé qui influencent leur parcours.
Annick HIEN/MoussoNews
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