TGI de Kaya : « Chaque parent me donnait 200 FCFA », les aides de l’exciseuse racontent leur rôle à la barre

Après T.K., présentée comme l’exciseuse, 3 autres prévenues ont comparu devant le Tribunal de grande instance de Kaya, dans le cadre du procès de 39 personnes poursuivies pour des faits d’excision. Âgées respectivement de 65, 60 et 50 ans, elles reconnaissent avoir aidé à maintenir les fillettes pendant les excisions pratiquées à Kaya.

À la barre, elles évoquent les sommes perçues, leur méconnaissance de l’interdiction de cette pratique.

À la barre, les rôles se précisent au fil des auditions. Après T.K., présentée comme l’exciseuse principale dans cette affaire, ce sont des femmes suspectées de l’avoir assistée qui viennent répondre aux questions du tribunal. Leur tâche, selon leurs déclarations, consistait notamment à maintenir les fillettes pendant les excisions. En contrepartie, elles recevaient de l’argent.

F.T. : « J’étais chargée de maîtriser les pieds des enfants »

Âgée de 65 ans, F.T. est la 2è prévenue appelée à la barre. Elle reconnaît avoir aidé T.K, dans la pratique de l’excision. Son rôle consistait à maintenir les pieds des fillettes pendant l’intervention.

« J’étais chargée de maîtriser les pieds des enfants pour qu’on les excise », explique-t-elle.

Interrogée sur sa connaissance de l’interdiction de l’excision, elle affirme ne pas avoir su que cette pratique était interdite.

« Je ne savais pas que c’était interdit. Mais comme on a su, on ne va plus le faire », assure-t-elle.

La prévenue révèle également les sommes qu’elle percevait en échange de son aide. Selon ses déclarations, chaque parent lui remettait 200 FCFA par enfant. Elle ajoute que T.K. lui donnait parfois 5 000 FCFA.

Avant de regagner sa place, F.T. implore la clémence du tribunal et promet de ne plus recommencer.

T.S. : « Je pars aider […] et grâce aux 200 francs, je me prends en charge »

La 3è prévenue, T.S., est âgée de 60 ans. Elle affirme avoir joué le même rôle auprès de T.K. pendant quatre ans : maintenir les fillettes pendant les excisions. Elle aussi recevait 200 FCFA de la part des mères.

Selon ses déclarations, elles pouvaient aider à exciser une vingtaine de fillettes par jour.

Pourquoi avoir participé à cette activité ? La prévenue avance une raison liée à sa situation personnelle.

« Je le fais parce que je ne fais rien. Je n’ai pas de travail. Donc, je pars aider. Et grâce aux 200 francs que je prends, je me prends en charge », explique-t-elle.

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Le tribunal cherche alors à savoir si sa motivation était principalement financière ou si elle agissait au nom de la coutume.

« Donc la motivation est plus financière. Rien à voir avec la coutume ? », lui demande-t-on.

T.S. répond que sa participation est liée à la coutume. Mais lorsqu’elle est invitée à expliquer l’importance de l’excision dans cette tradition, elle peine à donner une justification.

« Franchement, je ne sais pas. On est nées trouver ça », déclare-t-elle.

Elle revient également sur leur installation à Kaya. Selon ses explications, les membres de sa communauté, des déplacés internes vivent dans maintenant à Kaya il y a 7 ans. À leur arrivée, elles faisaient du porte-à-porte pour faire de la lessive. Avec le temps, elles auraient cessé cette activité.

Le tribunal cherche à comprendre comment elle en est venue à aider T.K. Est-ce cette dernière qui l’a sollicitée ou a-t-elle fait elle-même la démarche ?

« C’est nous qui sommes allées vers elle », répond T.S.

Le ministère public l’interroge ensuite sur les aides que les personnes déplacées internes peuvent recevoir.

 » Vous voulez dire qu’en tant que déplacée interne vous n’avez jamais reçu de l’aide des structures humanitaires? », lui questionne le parquet. La prévenue affirme qu’elles n’ont rien perçu depuis leur installation à Kaya.

Avant de rejoindre sa place, elle demande, elle aussi, la clémence du tribunal.

T.R. : 4 ans comme aide auprès de T.K.

La 4è prévenue, T.R., âgée de 50 ans, est également accusée d’avoir aidé à maintenir les fillettes pendant les excisions. Comme les deux précédentes, elle déclare avoir exercé ce rôle auprès de T.K. pendant 4 ans.

En contrepartie, elle recevait 200 FCFA des parents, auxquels T.K. ajoutait 200 FCFA, selon les éléments rapportés à l’audience.

Le ministère public l’interroge sur les origines de cette pratique et sur ce qui justifie, à ses yeux, l’excision des fillettes.

« Qui vous a appris qu’il faut exciser une fille ? », demande-t-il.

« On est nées trouver ça », répond-elle.

Le parquet poursuit en cherchant à savoir ce que les participantes espéraient obtenir de cette pratique.

« Qu’est-ce qu’on recherche en excisant ? »

« On ne sait pas », répond la prévenue.

Le ministère public relève alors la difficulté à justifier une pratique dont les participantes disent ne pas connaître les bénéfices, tout en prenant part à des interventions réalisées à l’abri des regards.

Il interroge également T.R. sur une éventuelle prescription religieuse de l’excision : « Est-ce dans la Bible ou le Coran qu’on a dit d’exciser ? »

Ces questions ramènent les auditions à un point commun : les prévenues évoquent la coutume comme une pratique héritée, sans parvenir à en expliquer précisément la l’importance de l’excision.

Une opération policière à l’origine des arrestations

Les arrestations dans cette affaire font suite à une opération menée par la Police de Kaya le 22 septembre 2026. Celle-ci a permis d’interpeller T.K., présentée comme l’exciseuse principale, ses aides, ainsi que des femmes venues faire exciser leurs enfants et d’autres personnes mises en cause.

Au total, 39 personnes, dont un homme, ont été arrêtées et poursuivies dans ce dossier. Selon les informations rapportées, cette activité s’est poursuivie à Kaya pendant 5 ans avant l’intervention des forces de Police.

Ces auditions se tiennent à la mairie de Boussouma organisées par le Tribunal de grande instance de Kaya. Organisée sur 3 jours en collaboration avec l’ONG ENABEL, cette audience foraine porte sur des faits d’excision ayant fait une trentaine de victimes. Au fil des comparutions, le tribunal examine les rôles attribués à chacune des personnes poursuivies, tandis que les prévenues sont appelées à répondre des faits qui leur sont reprochés.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews


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