Asséto Ouédraogo : d’animatrice télé à DG de Burkina24, un parcours de défis permanents

Une carrière qui aura suivi les étapes normales non sans embuches. D’animatrice télé à journaliste, de maitresse de cérémonie à responsable de projet humanitaire, Asséto Ouédraogo est aujourd’hui la directrice générale du 2e média en ligne au Burkina Faso : www.burkina24.com.  Son défi au quotidien pour réussir cette mission qu’elle estime très lourde : maintenir les liens professionnels dans une ambiance familiale et porter haut le flambeau du média.

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Asséto Ouédraogo, Directrice Générale du 2e média en ligne au Burkina Faso – www.burkina24.com

Asséto Ouédraogo se définit comme une personne très joviale dans le fond. Une petite fille de 14, 15, ou 16 ans dans un corps de plus de la quarantaine. Une personne taquine qui aime ses proches, mais qui aime surtout la vie. Une description qui se laisse confirmer ce jour 12 décembre 2023 à la rédaction du journal en ligne www.burkina24.com (B24) sis au quartier Koulouba de Ouagadougou.

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L’ambiance est toujours bon enfant à B24 avec la DG

L’ambiance est bon enfant. « DG, bonne arrivée. Vous ne buvez pas le café aujourd’hui ? », lui lance Willy Sagbe, un collègue, l’air taquin. Asséto s’arrête un moment et sourit. Elle pouffera de rire avant de réagir en ces termes : « Veux-tu me servir avec amour ? ». « Avec plaisir la maman DG », lui répond Willy Sagbe, avec un geste de galanterie. Au secrétariat de direction, c’est une secrétaire-comptable toute joyeuse qui accueille sa ‘’patronne’’. « Ses dents blanches nous illuminent et nous rassurent une bonne journée », répond la secrétaire Djouma Barro à la question de savoir pourquoi une telle joie.

Du thé ou encore du café, rien ne manque dans le bureau d’Asséto. « Je prends 5 tasses dans la journée. Je commence en effet par le n° 13 ou 12 de Nespresso, pour finir la journée avec le 5 ou le 6. J’apprends à diminuer pour des raisons de santé », commente-t-elle.

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Asséto Ouédraogo lors d’une réunion avec la rédaction

La journée de la directrice générale de B24 débute à 9h. Elle participe assez rarement aux conférences de rédaction. Son quotidien : s’assurer que tout se passe bien et gérer les questions administratives. ” Elle a vraiment un bon carnet d’adresse et n’hésite pas à consulter les autres et à poser des questions si elle ne maîtrise pas bien un aspect donné”, informe Noufou Kindo, rédacteur en chef qui rassure que : “La collaboration se passe super bien au quotidien, dans le respect mutuel, dans la divergence des opinions souvent mais toujours visant le même objectif global”. Une dame au grand cœur, fière d’elle, toujours confiante en l’avenir”. L’ambiance, poursuit-il le ”redchef” est plutôt agréable avec l’ensemble de l’équipe. “C’est la famille quoi ! Elle joue un peu le rôle de la maman au fait“, dit-il souriant.

Asséto n’a pas d’heure de descente : 18h, 19h, parfois 20h. Mais, témoigne ”Eldine” sa fille de 18 ans, elle a toujours le temps de vérifier si tout s’est bien passé dans la journée. « Une mère poule », dit-elle l’air joyeuse.

Du Burkina au Gabon, un cursus scolaire qui chamboule

Asséto est natif du quartier Gounghin de Ouagadougou. La recherche de meilleures conditions de vie amène son père à immigrer au Gabon. Il embarque ‘’ Maman’’ et sa fille. Asséto grandit ainsi à Libreville dans la capitale gabonaise. De retour au pays alors qu’elle devrait faire la classe de 1ère, elle fait face à un programme scolaire autre que celui du Gabon. « Au Gabon, je fais la 2nd AB avec option économie et français. Nous faisons également le latin, l’espagnol et l’italien. Il fallait absolument que je change de série. J’ai fini par opter pour la 1ère D », se rappelle-t-elle. Asséto va redoubler la classe de 1ère D du fait de ce changement. En classe de Tle D, la jeune fille fait face à une maladie : la sinusite. En 1996, en plein examen de baccalauréat, elle pique une crise et se retrouve à l’hôpital durant tout le temps des épreuves. Le même scénario se produit en 1997 à l’examen de baccalauréat. « J’ai décidé d’abandonner les études pour faire de petits boulots. Grâce à ma carrière professionnelle, j’ai pu m’inscrire dans une école supérieure pour faire des études en Marketing et Communication d’entreprise qui m’a permis d’obtenir la Licence », explique la DG.

De téléspeakerine à chef de programme

Asséto arrive à la première télévision privée du Burkina – Canal3- en 2002. Une belle opportunité que la jeune dame a saisie. « Quand on voyait les Mariam Vanessa Touré, Evelyne Lompo, on avait toujours envie de leur ressembler. Ce sont des personnes exemplaires pour moi. Quand j’ai eu l’opportunité, je me suis dit que mon rêve se réalise enfin », narre-t-elle. Asséto se replonge dans le passé. Un temps de sourire. Elle se souvient comme si c’était hier : « On disait : Bonjour mesdames et messieurs, bienvenus sur Canal3, je vous donne le programme. De suite, vous allez suivre le dessin animé et ainsi de suite. C’était trop rigolo », rappelle Asséto souriante.

‘’ Il faut savoir qui tu es, où tu vas ce qu’on dira de toi demain ? »

Asséto Ouédraogo

Au bout de trois semaines de présentation, le directeur général, Mr Ros Koens décèle en elle des potentiels d’animatrice d’émission. « J’ai eu peur », témoigne celle qui n’a pas fait des études en journalisme, ni en communication et surtout qu’elle n’avait pas le Bac. Le directeur général la rassure. « Tout ira bien. On sent de la volonté en toi », lui avait-il dit.

’Femme d’aujourd’hui’’ sera donc la première émission qu’elle anime. Une cinquantaine d’émissions a été enregistrée. Asséto est par la suite nommée – Assistante des programmes- puis responsable des programmes. « J’ai eu la chance d’avoir un DG qui m’a confié des responsabilités alors que je n’avais pas le Bac », dit-elle émue.

Elle apprend auprès de Remis Fulgance Dandjinou, ancien ministre de la Communication dans le gouvernement de Roch Kaboré, de Naby Souleymane Ouédraogo, chef de service à Ecobank Burkina et Koen Ros. « Je dirai que ces trois messieurs ont fait de moi la femme compétente et brillante. Je leur suis très reconnaissante et si j’ai repris les études supérieures, c’est grâce à Remis Djandjinou qui m’a conseillé vivement de le faire pour avoir la Licence en Communication/Marketing », confie Asséto qui va cumuler les postes d’Assistante de DG, responsable des ressources humaines, chargé d’achat des programmes télé et superviseurs de quatre émissions dont trois en direct.

… pour un salaire de 80 000F CFA

C’est toute heureuse et joyeuse que Asséto se rendait à la télévision Canal3. « J’étais contente de retrouver l’équipe à la télévision. J’étais pratiquement la seule femme parmi ces hommes. Canal 3 a été mes belles années de ma vie professionnelle dans les médias. J’ai rencontré de belles âmes avec qui je suis toujours en contact aujourd’hui. Plus de 20 ans passés déjà », affirme la directrice générale de Burkina 24.

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Avec un salaire de 80 000F CFA, seule la passion animait Asséto à travailler à donner le meilleur d’elle-même. « 80 000F dans Ouagadougou avec un enfant en charge, ce n’était pas chose aisée. Mais parfois, je ne voyais pas le salaire. Juste la satisfaction après le travail bien fait », dit-elle. Elle regrette toutefois que cette première télévision privée du Burkina ait rencontré énormément de problèmes et se bat aujourd’hui pour se maintenir. « J’ai eu très mal lorsque je n’ai pas été comprise par mes anciens collègues pendant la crise. Je regrette sincèrement cette incompréhension car je priais qu’on ne laisse pas tomber ce trésor. J’ai juste voulu apporter ma pierre constructive. J’ai le cœur en 1000 morceaux en voyant Canal3. Cette télévision devrait être loin aujourd’hui. J’ai toutefois beaucoup d’admiration pour ceux qui sont restés et qui continuent de sortir la télé du gouffre », commente-t-elle.

De l’audiovisuel à l’humanitaire

Entre deux cafés et les appels téléphoniques, la DG est sollicitée au service comptabilité. « C’est la fin de l’année et il faut arrêter les comptes », dit-elle. Elle échange avec l’agent comptable avant de rejoindre son bureau. La question sur son passage dans une ONG humanitaire replonge encore Asséto dans un souvenir. Elle soupire, sourit et éclate de rire. « On a plusieurs vies, vous savez ? », dit-elle. Une première vie à Canal3, la 2e vie à Ouahigouya où elle a dirigé une ONG humanitaire et cette 3e en tant que première responsable d’un média en ligne.

« A Ouahigouya, je me suis rendue compte que j’avais murie. J’étais devenue une femme. J’étais dans un autre monde. J’y ai passée six belles et magnifiques années à la rencontre des femmes du Burkina. Nous étions l’ONG qui leur apportait de la joie, mais j’avoue que j’en ai plus reçu. Et si c’était à refaire, je le ferrerai », soutient Asséto toute joyeuse. Sous son leadership de DG cette ONG dénommé – Institut OLVIDO – ASSOCIATION FÉLIX PÉREZ, la structure humanitaire a eu des reconnaissances de l’Etat Burkinabè comme une institution d’utilité publique. A cela s’ajoute la décoration au grade de Chevalier de l’Ordre du mérite de l’économique numérique. L’ONG était orientée dans la formation sur le numérique, les bibliothèques et le soutien sanitaire des personnes dans le besoin.

Etre femme de média n’est pas chose aisée.

La maîtresse de cérémonie ‘’fofolle’’

Asséto Ouédraogo a aussi une ‘’carrière’’ de maitresse de cérémonie qu’elle a exercée dans les années 2010. Dans la maitrise de cérémonie, Asséto est une autre personnalité : celle encore plus fofolle. « Être une maitresse de cérémonie, c’est être une autre personne parce que tu dois transmettre une certaine énergie à ceux à qui tu t’adresses. C’est presque la même chose que l’animation télé. Et il y a beaucoup de choses à prendre en compte : le timbre vocal, l’éloquence, la prestance. Tu dois pouvoir faire voyager le public, ce qui est très difficile. Tu dois capter les attentions, faire rêver et diffuser surtout de l’énergie positive », égrène la jeune dame avec passion.

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Asséto Ouédraogo, lors d’une maîtrise de cérémonie

Parmi les jeunes MC, elle apprécie particulièrement Jacky El Feno et Freddy Lino. Par exemple, dit-elle : « Quand mon frère Jacky est sur scène, il est exceptionnel. Fredy, lui, il est incroyable ». De la prestance dans la beauté et l’éloquence c’est ce que retient Jacky El Feno des années de maitrise de cérémonie de Asséto. « Elle sait captiver les attentions à travers sa voix », témoigne Jacky qui a partagé des scènes telles que Faso Académie avec elle.

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Avec Nixon lors de Faso Academy 2017

La plus belle scène de la jeune dame reste d’ailleurs – Faso Académie- ou elle coanimait avec Nixon et celle des cérémonies présentées à Cotonou au Bénin en 2017. Asséto anime également Star Parade aux côtés de Bonkana Maiga sur TV5 Afrique.

Habillement, coiffure, chaussure…, le calvaire de l’animation télé

Avant de déposer ses valises à Burkina 24, Asséto anime – Le Mag 12- sur 3TV, une chaine privée du Burkina Faso. Une émission de divertissement dont elle n’était pas sûre de porter haut le flambeau. « J’ai toujours été dans des programmes bien précis comme l’enfance, la santé sexuelle et là, je devais animer le Mag 12 qui dure 52 minutes. Mais c’était magnifique. Je découvrais en réalité la Asséto fofolle, joyeuse, qui aime rigoler », raconte toute émue.

‘’ Il y a des autorités qui s’asseyent autour de leur vin et font le pari pour savoir qui couchera avec toi. C’est horrible. Il y a des choses qu’on vit en tant que femme de média ou femme publique et si tu n’es pas forte, tu perds ta dignité’’

Asséto Ouédraogo

La grande difficulté de la télé reste l’habillement, la coiffure, dit-elle, parce qu’il est difficile de porter la même tenue deux fois. « Je me disais que si Mariam Vanessa Toué, Evelyne Lompo n’ont jamais porté la même tenue deux fois, pourquoi je le ferai aussi », soutient-elle. Pour les vêtements, dit-elle : « J’avais mes petites astuces et cela a duré de mai 2018 à novembre 2019 et je n’ai jamais porté la même tenue deux fois pendant l’émission ». Pour la chaussure, Asséto n’en portait pas à l’antenne. Elle a trouvé le juste milieu d’avoir deux styles : l’afro et le foulard. 

Maintenir la notoriété de B24 avec un personnel heureux

Les challenges sont énormes en tant que femme à ce poste de DG de Burkina24. En acceptant cette responsabilité qu’elle estime lourde, Asséto Ouédraogo dit comprendre pourquoi les femmes refusent parfois d’accepter des postes. En effet, dès son arrivée à la tête de la direction générale de Burkina 24, des démissions en cascades se sont enchainées. « Je me suis posée mille et une questions et je me demandais : est-ce moi le problème ? Pourquoi ces départs ? Suis-je un frein ? », commente la jeune directrice la voix cassée.

Le management des ressources humaines se présente ainsi comme le premier défi à relever. « Grâce à Dieu, tout s’est stabilisé et cette jeune équipe m’a portée et me permet de réussir ma mission. Je rends vraiment gloire à Dieu », dit-elle. 2022, une année difficile pour la jeune et nouvelle équipe de Burkina 24. Asséto Ouédraogo avait donc juré que 2023 sera une année de bonheur même sans argent. « J’ai prié pour que 2023 soit une année de réussite et nous avons eu des prix dont trois au Galian, des attestations de reconnaissances et bien d’autres. C’est une véritable fierté », indique la DG qui entend travailler à garder la notoriété du média en ligne et sa 2e place au Burkina Faso.

Julie Jessica Somé/MoussoNews

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