Contraception en milieu jeunes : des tabous difficiles à briser

Le sexe demeure toujours un sujet tabou au sein de certaines familles au Burkina Faso. Sous-entendu comme un encouragement vers la sexualité la question des méthodes contraceptives est ‘’sujet secret’’ au sein de plusieurs de ces familles.

Djamila est âgée de 14 ans. Elève en classe de 5e, la mettre sous contraception a choqué plus d’un dans la famille Traoré à Banfora. L’adolescente a vu ses menstrues pour la première fois à 11 ans. Deux ans après, ses nombreuses sorties nocturnes, inquiétaient sa mère. De peur d’être surprise par une grossesse non désirée, sa génitrice décide avec son consentement de choisir une méthode contraceptive pour elle. ‘’ Nous sommes allés dans un centre de santé. Nous avons longuement discuté avec l’agent de santé. Le choix s’est porté sur l’implant de 5 ans. Nous l’avons adopté et pour le moment tout va pour le mieux’’ explique la mère Djamila, visiblement pas trop fière de son acte. A l’entendre quel que soit le suivi et le contrôle que le parent saura apporter à un enfant qui commence à avoir une activité sexuelle cela peut ne pas être efficace. ‘’ L’enfant peut vous surprendre alors que le mal est déjà fait’’ affirme-t-elle. Sans gène Djamila affirme que la contraception lui va mieux. ‘’ Je n’ai pas d’effets secondaires’’ dit-elle. Difficile d’aborder la question de sexualité avec la jeune fille. Pour elle, adopter une méthode contraceptive n’est pas forcément lié à une activité sexuelle. Djamila craint toutefois de tomber enceinte. ‘’ Je prends mes précautions. C’est surtout pour ne pas décevoir ma mère’’ dit-elle. L’information sur l’adoption d’une méthode contraception par la petite Djambila choque les proches de la famille. ‘’ Elle est encore trop petite. Elle ne devrait même pas penser à ça. Sa priorité doit porter sur les études et non sur comment éviter une grossesse’’ déplore Ibrahim un oncle à Djamila.

Si Djamila et sa mère ont pu prendre des précautions pour éviter une surprise tel n’est pas le cas avec Maimouna – 35 ans- et sa fille Mariam. Elève en classe de 5e, elle a été surprise plusieurs fois avec un jeune homme dans le quartier en train de ‘’papoter’’. S’en ait suivi des séances de questionnement et d’échanges avec Mariam. Elle a fini par avoué que ce dernier lui faisait la cour. ‘’ Je n’étais pas du tout fière de voir qu’à son âge, elle pouvait se laisser séduire par un homme. Ce sont ses études qui doivent la préoccuper, pas les hommes’’ s’indique Maimouna. Difficile pourtant pour la jeune maman de proposer une méthode contraceptive à sa fille. ‘’ C’est  l’encourager à aller dans les bras des hommes’’ craint Maimouna.

6 filles sur 10 adoptent sous contraception

De plus en plus de filles de moins de 18 ans adoptent une méthode contraception. ‘’ Nous en recevons presque chaque jour. Au moins 6 jeunes filles sur 10 adoptent une méthode chaque mois ’ affirme Cécile Ouédraogo, infirmière à l’Association pour le bien-être familial (ABBEF). A l’entendre, la grande majorité de ces filles sont accompagnées par un parent qui sont généralement leur mère ou leur tante. ‘’ Il est quand même rare de voir une fille de moins de 18 ans venir d’elle-même pour adopter une méthode’’ explique l’infirmière. Les raisons avancées par plusieurs de ces clientes sont entre autres, le début précoce de sexualité, le non contrôle de la vie sexuelle, mais surtout après plusieurs avortements. Il ressort en effet que beaucoup de parents adoptent pour la contraception après des tentatives d’avortements clandestins.

Quid des maladies et autres infections ?!

Une chose est d’éviter une grossesse par surprise, et une autre est de rester vigilant sur les risques de contamination. ‘’ Beaucoup de mamans amènent leurs enfants pour leur faire adopter une méthode afin qu’elles ne tombent pas enceinte. Certes. Mais que dire des maladies qui sont souvent plus dangereuses que la grossesse’’ affirme le maïeuticien Daouda Ouédraogo. Il explique qu’ils existent de nombreuses infections qui ne préoccupent pas certaines patientes. ‘’ Nous remarquons que les filles ont plutôt peur de la grossesse. Mais les méthodes contraceptives ne protègent pas contre les infections sexuellement transmissibles’’, soutient le maïeuticien.

 

Bassératou KINDO

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