Effets secondaires des contraceptifs : La méthode de la communication pour rassurer les femmes

Les femmes et les hommes manifestent de plus en plus un intérêt pour la planification familiale au Burkina. Si les uns adoptent des méthodes contraceptives pour espacer les naissances, les autres, notamment les jeunes, s’y intéressent pour éviter les grossesses non désirées. Ces méthodes sont au nombre de trois types : le naturel, les barrières et les hormonales. C’est la troisième méthode qui n’est pas sans effets secondaires.    

    

Dr Boubacar Sawadogo, médecin et directeur assurance qualité à l’ONG Marie Stoppes internationale,

« Je suis à ma quatrième tentative de méthode de contraception ».  C’est une confidence  de  Ramata, 27 ans et mère de deux enfants. Juriste dans un cabinet de conseil, elle a décidé d’adopter une méthode après une grossesse extra-utérine qui lui a fait perdre  un ovaire. Son deuxième ovaire, selon les dires de son médecin,  présente aussi des séquelles. D’où la nécessité d’adopter une méthode si elle voudra encore faire un enfant.

« Je n’ai qu’un seul ovaire qui n’est plus en forme alors que je voudrais faire un troisième enfant. C’est d’ailleurs le souhait mon époux », confie la jeune dame. A l’entendre, après l’opération chirurgicale, son médecin lui a fortement conseillé de suivre un traitement, mais mieux, d’adopter une méthode de contraception. Ensemble avec son époux, ils ont opté pour l’injection. « J’ai fait trois mois sans voir mes menstrues. Lorsqu’elles sont venues, elles ont duré deux semaines. Je saignais beaucoup. J’ai dû faire des injections pour l’arrêter », raconte-t-elle.

Comme elle, de nombreuses femmes que nous avons rencontrées à la clinique Marie Stoppes internationale et à celle de l’Association Burkinabé pour le Bien-être Familial confient avoir eu ces mêmes effets secondaires avec certaines méthodes de contraception comme les implants, la pilule, et le DIU (stérilet).

Le DIU fait mal au pénis !?

« La sage-femme qui me suivait m’a conseillé de changer de méthode. Avec mon mari, nous avons choisi le DIU. Il craignait beaucoup parce qu’il aurait appris que beaucoup d’hommes se plaignent de cette méthode parce que lors des relations sexuelles, le DIU touche au bout du pénis et lui fait mal », confie Ramata.

Elle et son époux optent tout de même pour cette méthode. Cinq mois après, les effets secondaires sont apparus. Ensemble avec son époux, ils adoptent la pilule. Elle espère toutefois que cette méthode ne lui causera pas d’effets secondaires.

Elles sont nombreuses les femmes qui souffrent d’effets secondaires des méthodes de contraception. Maurice Ky, maïeuticien indique que 7 femmes sur 10 se plaignent des effets secondaires de la contraception. « J’ai suivi une jeune dame  qui a essayé toutes les méthodes sauf  l’ablation des trompes »,  confie le maïeuticien. Elle a fini, poursuit-elle, par adopter  le préservatif parce qu’aucune ne lui a réussi. C’est le cas de Blandine qui confie avoir utilisé toutes les méthodes sauf l’ablation des ovaires. Vingt-neuf (29) ans et mère de deux enfants, elle affirme avoir supporté beaucoup d’effets secondaires des contraceptions.

« Avec la pilule, ce sont mes seins qui se gonflaient tout le temps. Le norplant me faisait saigner presque tous les jours, ensuite le DIU qui me grattait le sexe, et l’injection qui m’a fait grossir », dit-elle. Une situation qui ne l’a pourtant pas découragée à l’adoption d’une méthode. Elle a opté pour le collier qui n’est cependant pas toujours facile. « Il faut être vigilante pour cette méthode et avoir un mari compréhensif »,  dit-elle à voix basse.

Plus d’effets secondaires avec la méthode hormonale

Selon les statistiques nationales au Burkina, les injectables sont la méthode la plus utilisée par les femmes. La plupart des effets secondaires sont justement entrainés par ces méthodes hormonales. « Chaque femme en fonction de son organisme peut avoir ou pas des effets secondaires », explique Dr Boubacar Sawadogo, médecin et directeur assurance qualité à l’ONG Marie Stoppes internationale.

Elles se plaignent, poursuit-il, de céphalées, de vertiges, de perturbations dans le cycle des menstrues, de prise de poids, etc. Et Pourtant, malgré les effets secondaires,  elles préfèrent cette méthode pour éviter les stigmatisations au regard des barrières socioculturelles. « Les jeunes scolaires adoptent aussi les injectables parce qu’ils sont  discrets et évitent aux parents de poser beaucoup de questions », explique le médecin.

Jamais l’abandon !

« Il y a des femmes qui abandonnent, certes, les méthodes. Mais elles ne sont pas nombreuses. Sur 30 femmes, c’est seulement une qui abandonne. Elle peut ou ne pas adopter une autre. Mais beaucoup demandent des conseils pour adopter une autre méthode en fonction de sa convenance personnelle », confie Mme Ouédraogo Safi sage-femme à l’ABBEF.

Yasmina Ouédraogo, élève en classe de Terminale a opté pour les injections.  » C’est plus discret et mes parents ne me poseront pas de questions »

L’engouement pour les jeunes dans l’adoption d’une méthode de contraception a  augmenté ces deux dernières années au Burkina. On note près de 36 à 40% de jeunes de moins de 24 ans qui adoptent une méthode. Les effets secondaires selon les responsables de la santé ne doivent pas être un motif d’abandon car il y a toujours une solution. Il faut savoir donner les conseils qui rassurent et qui doivent permettre toujours d’avoir une porte d’entrée pour un suivi-post après l’adoption d’une méthode. Et c’est ce qui est fait tant à Marie Stoppes internationale qu’à l’ABBEF.

Quid des rumeurs ?!

« Les rumeurs existent malheureusement toujours », selon Dr Sawadogo. Ce qui empêche certaines femmes de s’intéresser à la planification familiale. En effet, explique-t-il, « beaucoup de femmes confient qu’elles auraient appris que le stérilet peut migrer vers le cœur ou le cerveau ».  Et d’ajouter que certaines se disent que les méthodes de contraception font grossir ou maigrir. « Ce sont de faux débats »,  rappelle le médecin qui estime que seule la communication avec les clientes permet de les aider à mieux planifier leur vie.

Le préservatif féminin.

Les femmes ne s’intéressent pas au préservatif féminin. Elles sont aptes à suivre le préservatif masculin parce qu’elles s’étonnent toujours des procédures du préservatif masculin. Aussi elles estiment que le préservatif féminin fait grossir le sexe et qu’il n’est pas confortable. Sur 10 femmes, moins d’une femme l’adopte.

La ligature des trompes

Par mois à la clinique Marie stoppes et à l’ABBEF, une trentaine de femmes sur la moyenne d’âge de 35 ans adoptent la méthode de la ligature des trompes. La demande, à en croire Mr Sawadogo, est forte mais il n’y a pas suffisamment de médecins pour le faire. Quant à la vasectomie, on en note 4 par an.

Bassératou KINDO

 

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