Festival Ciné-Village de Kouila : La commune s’apprête à vivre le cinéma à ciel ouvert

Porté par la volonté de rapprocher le 7è art des populations rurales, le Festival Ciné-Village de Kouila s’impose, depuis 2013, comme un rendez-vous culturel incontournable dans l’Oubritenga. Initié par Bertrand Ilboudo, ce projet vise à promouvoir le cinéma africain tout en facilitant l’accès à la culture dans son village natal, Kouila, situé à Ziniaré. La 12è édition se tient du 7 au 10 mai 2026 et promet un programme riche et diversifié.
Présentez-vous à nos lecteurs ?
Je me nomme Bertrand Ilboudo. Je suis le promoteur du Festival Ciné-Village de Kouila, qui se trouve dans la commune de Ziniaré. Actuellement, j’occupe le poste de directeur artistique du festival.

Pourquoi le Festival Ciné-Village de Kouila ?
Le Festival Ciné-Village de Kouila est un événement culturel qui tourne autour de la promotion du cinéma africain en milieu rural. Il s’agit d’amener le cinéma auprès d’un public qui n’a pas accès à la culture. C’est donc donner l’occasion d’avoir accès à la culture à travers le cinéma et d’autres actions culturelles auxquelles ces populations ne sont pas habituées.
La plupart des festivals se tiennent dans les grandes villes ou en milieu urbain, mais très peu en milieu rural, surtout à l’époque où nous avons lancé le festival. D’où l’idée de faire du cinéma au village. Kouila étant également mon village, c’était l’occasion de créer un événement ayant un impact direct sur la population locale.
Nous avons organisé la première édition du 13 au 15 février 2013. Depuis cette période jusqu’à aujourd’hui, le festival se tient chaque année, sauf durant la période de la Covid-19 où nous n’avons pas pu organiser les éditions de 2020 et 2021. En dehors de cela, le festival a toujours été maintenu.

Racontez-nous l’histoire de cet événement ?
L’idée de créer un événement dans le village de Kouila est née à la fin de l’année 2012. Nous avons organisé des rencontres avec la population et réussi à réunir un maximum de personnes pour constituer le comité d’organisation.
C’est ainsi que nous avons lancé la première édition du 13 au 15 février 2013.
12 éditions, 12 ans. Qu’est-ce qui fait la force de ce festival ?
C’est vrai que nous sommes à 12 éditions aujourd’hui. La force de ce festival réside dans son comité d’organisation, qui est atypique. Il s’agit d’un festival organisé par la population elle-même, pour la population.
Nous sortons des schémas classiques de festivals organisés avec des commissions structurées. Ici, la majeure partie des membres du comité est constituée de la population. Au départ, nous avions demandé deux personnes par quartier, le village comptant 12 quartiers, pour former l’équipe. Cela a très bien fonctionné.
La première édition a tellement plu que les habitants ont décidé de continuer ensemble. Cela a permis de rassembler les jeunes et les moins jeunes. C’est cette cohésion et ce vivre-ensemble qui constituent la force du festival.
Même étant hors du pays, cette solidarité me donne toujours la force de revenir pour accompagner l’organisation. Cela montre que ce que nous avons créé suscite de l’engouement et donne envie d’agir pour le village. Les gens sont toujours prêts à s’impliquer, raison pour laquelle nous ne pouvons pas baisser les bras.
Quels sont les défis qui se présentent à chaque édition ?
Le principal défi reste la mobilisation des moyens pour organiser chaque édition. Nous nous donnons également le défi de faire mieux que l’édition précédente.
À chaque édition, nous apportons des innovations pour attirer le public. Le festival s’articule autour des projections de films en plein air le soir. En journée, nous avons la rue marchande qui permet de dynamiser l’économie locale, ainsi que des prestations artistiques.
Cette tribune permet aussi aux artistes locaux de s’exprimer, tout en invitant des artistes confirmés que les populations ont l’habitude d’écouter à la radio ou de voir à la télévision.
Le festival permet également aux populations qui n’ont pas les moyens de se rendre en ville de voir des films projetés lors du FESPACO, directement en plein air dans leur village.
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Beaucoup de difficultés mais qui ne freinent pas sa tenue. Quelles sont les motivations à pérenniser le festival ?
Comme toute œuvre, les difficultés existent. La principale reste le manque de moyens. Pendant longtemps, nous avons organisé le festival avec nos propres contributions. Les membres du comité cotisaient chacun 5 000 francs CFA pour acheter du carburant pour le groupe électrogène, car le village n’a pas d’électricité.
Au début, nous n’avions pas de podium professionnel. Il était confectionné par la population, tout comme les stands. Cela montre la volonté et l’appropriation du festival par les habitants. C’est devenu une fête annuelle du village.
Pendant longtemps, nous avons fonctionné sans sponsor. Ce n’est qu’à partir de 2023 que nous avons commencé à avoir des partenaires, notamment le Goethe-Institut, le ministère de la Culture à travers le Fonds CERS, et plus récemment l’ABCA via l’appel à projets du Fonds Face au Film.
Ces soutiens nous ont permis de préparer une édition 2026 exceptionnelle. Mais au départ, tout reposait sur la volonté, la solidarité et la cohésion.

L’édition 2026 aura lieu du 7 au 10 mai. Quel est le programme ?
Pour cette édition, nous aurons des projections de films, des soirées artistiques et musicales, ainsi que la rue marchande.
Une nouveauté cette année est l’espace enfants, avec des jeux et des ateliers créatifs. Nous avons également initié un carnaval des écoles, avec des élèves qui confectionnent des costumes pour une parade avant l’ouverture.
Il y aura aussi une soirée de contes, une projection-débat en présence de réalisateurs, des animations de sensibilisation (notamment sur le port du casque), une journée de don de sang avec la Croix-Rouge, ainsi que diverses activités.
Deux panels sont également prévus : l’un sur la culture et le développement, l’autre sur l’environnement. Une masterclass sera animée avec les élèves du lycée provincial.
Quels sont les objectifs de cette édition ?
L’objectif est de proposer un festival différent, avec beaucoup de nouveautés. Nous voulons aussi gagner le pari de la communication et de la visibilité.
Beaucoup de personnes ne connaissent pas encore le festival malgré ses 12 éditions. Cette année, l’objectif est donc de le faire connaître davantage et de le positionner comme un événement majeur pour toute la commune de Ziniaré.
Quelles sont les perspectives ?
Les perspectives sont de pérenniser le festival et de consolider les acquis de cette édition 2026, que nous considérons comme celle de la maturité.
Nous souhaitons attirer davantage de partenaires et développer davantage l’espace enfants, tout en élargissant les activités vers d’autres villages environnants.
Un message à l’endroit des populations de Kouila ?
La population de Kouila est déjà mobilisée et impatiente. Le festival est devenu une véritable fête du village.
Nous invitons tous ceux qui ne connaissent pas encore le festival à venir le découvrir. C’est un festival atypique, organisé dans un village sans électricité, mais qui réussit à faire des merveilles.
Nous invitons les populations de Ziniaré, Loumbila, Ouagadougou et d’ailleurs à venir en famille profiter des activités. C’est une occasion de se ressourcer, de s’éloigner du bruit de la ville et de vivre un moment de convivialité au village de Kouila.
Diane SAWADOGO/ MoussoNews



