Football féminin : De joueuse à entraineur, le parcours passionnant de Pascaline Sana

Ancienne gardienne de but primée, devenue entraîneur par passion et par résilience, Pascaline Sana, fondatrice du Centre de Formation de Football Yennenga (CFFY), trace depuis plus de deux décennies un parcours fait de sacrifices et surtout d’engagement pour la jeunesse. À travers le football, elle se bat pour l’éducation, l’insertion sociale et la dignité des jeunes, en particulier des filles.
C’est à la fin des années 1990 que tout commence pour Pascaline Sana. Entre 1999 et 2000, elle évolue chez « Les Intrépides », (une équipe locale), avant de rejoindre « Les Princesses du Kadiogo » entre 2000 à 2002, puis l’USO de 2003 à 2005. Gardienne de but talentueuse, en 2003, elle a remporté le trophée de meilleure gardienne lors du tournoi du Mogho Naaba. « Le football a un virus auquel beaucoup n’ont jamais pu arrêter, comme moi. Ça été une folle passion pour moi », confie-t-elle avec sourire.

Après sa carrière de joueuse, Pascaline Sana tente une autre voie : la gestion d’une pharmacie. Mais pour elle, le travail de bureau ne lui correspondait pas. Bénévole durant 9 ans, sans embauche réelle, elle finit par revenir à ce qui l’anime profondément : le sport. Avec un niveau académique de la classe de 3e et une formation en comptabilité, elle interrompt ses études faute de moyens, partagée entre les frais scolaires et ceux liés au football.
Les débuts d’une entraîneure sur le terrain
Pascaline Sana débute officiellement comme entraîneure en 2014 au Faso Athletic Club (FAC), ex-INJEPS, en tant que coach des gardiens de but chez les benjamins et minimes. Fin 2015, elle poursuit son travail au camp Lamizana où elle encadre une équipe féminine, avant d’étendre l’encadrement au terrain du Mogho Naaba avec une section masculine.

La naissance du Centre de Formation de Football Yennenga
En 2017, elle fonde le Centre de Formation de Football Yennenga (CFFY), un centre mixte, accueillant des enfants de 5 ans jusqu’aux juniors avec un début modeste. « Je n’avais ni matériel ni équipements. Les bols en plastique que nos mamans utilisent pour vendre la bouillie me servaient de cônes », raconte-t-elle. Aujourd’hui, même si le matériel est moins problématique, comme elle l’a signifié, le centre reste confronté à une difficulté majeure : l’absence d’un terrain propre, car les tournois et entrainements se jouaient sur un terrain communal partagé.
« Au CFFY, le football est un outil d’éducation. Discipline, respect, solidarité, rigueur… mais aussi écoute et sensibilisation sont au cœur de l’approche. C’est ma philosophie », lance-t-elle. Et d’expliquer que « Certains enfants ne viennent pas seulement jouer. Ils cherchent du réconfort, des amis, un cadre ». Dans ce cas, le centre se donne aussi pour mission de lutter contre la délinquance juvénile et de favoriser l’insertion sociale des jeunes.

Camps vacances et ouverture vers les zones rurales
À travers le camp vacances « Zanmanne-Noogo » (“un monde meilleur en mooré”), Pascaline Sana crée un cadre d’épanouissement et de formation pendant les congés scolaires. En 2020, la 4e édition se déroule avec succès. Désireuse de sortir de Ouagadougou, elle s’installe à Tanghin-Dassouri en 2023.
Après un séjour en Côte d’Ivoire en 2024, elle initie l’idée d’un camp vacances en internat, pour accueillir les jeunes venant de provinces ou de la sous-région.
Femme entraîneur : humiliations et rejet
Pascaline Sana évoque les difficultés rencontrées en tant que femme dans un milieu parfois hostile, comme le football. « Il y a les humiliations, les moqueries, le rejet… », déplore-t-elle. Elle raconte aussi des promesses non tenues, notamment un épisode en 2022, où un reportage annoncé n’a jamais été réalisé, laissant parents et joueurs dans l’attente et la déception.
Mais depuis qu’elle s’est donnée comme mission de former des futures élites sportives de demain, elle s’est fixé des objectifs à court et à long terme avec comme slogan : « Savoir recruter, savoir former et savoir placer ».

À court terme, le centre veut détecter les talents, améliorer la formation technique et tactique, renforcer l’encadrement physique et mental et participer aux compétitions locales. À long terme, Pascaline Sana ambitionne de professionnaliser des joueurs, bâtir des infrastructures durables et intégrer des études et des métiers à la formation sportive.
Un message aux jeunes filles évoluant ou qui aspirent à intégrer le vaste monde du Sport.
La dignité. Pascaline Sana met un point d’honneur sur cette valeur, qu’elle trouve primordiale pour une jeune fille qui veut évoluer dans le sport. « Je veux que les filles sachent qu’il ne faut au grand jamais accepter que quelques choses que ce soit de l’intérieur ou de l’extérieur souille ce qui le nourrit. Ne cédez jamais aux chantages émotionnels. N’échangez jamais votre corps ou ton âme pour réussir. Jamais », conclut-elle.
Sans sponsors ni grands moyens, Pascaline Sana construit patiemment un projet qui dépasse le football. Avec le Centre de Formation de Football Yennenga, elle veut surtout miser sur la jeunesse, l’éducation et la discipline pour leur façonner un avenir qu’elle juge meilleur. Une mission portée par la rigueur et l’intégrité, peut devenir une véritable force de transformation sociale, qu’elle continue d’accomplir à Tanghin Dassouri.
Diane SAWADOGO/ MoussoNews



