Gratuité des soins au Burkina : Vers un plaidoyer pour améliorer la prise en charge des femmes et des enfants

Examiner et valider les résultats d’une recherche sur la politique nationale de gratuité des soins au profit des femmes enceintes et des enfants de moins de 5 ans au Burkina. Tel a été l’objectif de l’atelier organisé ce vendredi 22 mai 2026 à Ouagadougou par l’ONG Christian Aid en partenariat avec l’Alliance Technique d’Assistance au Développement (ATAD). Inscrite dans le cadre du projet « Making Tax Work for Women : Promouvoir la fiscalité au service de la femme », la rencontre a permis de restituer les conclusions d’un policy brief consacré à l’accès effectif aux soins de santé, d’identifier les forces et insuffisances du dispositif de gratuité, ainsi réfléchir aux recommandations susceptibles de renforcer l’efficacité et la durabilité de cette politique publique en vigueur depuis 2016.

l’atelier organisé ce vendredi 22 mai 2026 à Ouagadougou par l’ONG Christian Aid en partenariat avec l’Alliance Technique d’Assistance au Développement (ATAD)

Réunis ce vendredi 22 mai 2026 à Ouagadougou, des acteurs engagés dans la promotion de la justice fiscale et sociale ont pris part à un atelier de validation des résultats d’une recherche sur la politique nationale de gratuité des soins au profit des femmes enceintes et des enfants de moins de cinq ans. Organisée par l’ONG Christian Aid en partenariat avec l’Alliance Technique d’Assistance au Développement (ATAD), cette rencontre s’inscrit dans le cadre du projet « Making Tax Work for Women : Promouvoir la fiscalité au service de la femme ». L’objectif est d’examiner les acquis, les difficultés et les perspectives de cette politique publique en vigueur au Burkina Faso depuis 2016.

L’atelier a permis de restituer les conclusions d’un policy brief consacré à l’accès aux soins de santé pour les couches les plus vulnérables. Selon les organisateurs, la question de l’accès équitable aux soins de santé, notamment pour les femmes et les enfants, demeure un enjeu majeur de justice sociale, de développement humain et d’égalité de genre au Burkina Faso.

À travers le projet « Making Tax Work for Women » mis en œuvre pour la période 2024-2026, Christian Aid, son partenaire ATAD ainsi qu’une plateforme d’organisations de la société civile entendent promouvoir une macroéconomie plus juste et plus équitable, en cohérence avec la stratégie nationale genre du Burkina Faso.

La recherche présentée lors de l’atelier se veut une contribution à l’amélioration de la politique nationale de gratuité des soins. Fondée sur une approche participative et inclusive, elle accorde une place centrale à la voix des bénéficiaires, notamment les femmes et les parents d’enfants.

Selon les initiateurs, l’ambition de cette étude était d’appréhender les perceptions des bénéficiaires et des acteurs de mise en œuvre, d’identifier les forces et les insuffisances du dispositif, d’analyser les obstacles limitant l’accès effectif aux soins gratuits, mais aussi d’évaluer les effets de cette mesure sur les ménages et les formations sanitaires.

« Permettre aux femmes et aux enfants de bénéficier de soins sans être tracassés par les coûts »

Pour Narcisse Dabiré, Directeur pays de Christian Aid, cette étude répond avant tout à une réalité sociale vécue par de nombreuses familles. « En matière de santé, il était extrêmement difficile dans le pays pour certaines couches sociales de pouvoir bénéficier de soins adéquats, notamment les femmes enceintes et les enfants », a-t-il expliqué.

Narcisse Dabiré, Directeur pays de Christian Aid

Le Directeur pays de Christian Aid souligne que les difficultés économiques des ménages, particulièrement en milieu rural, rendaient souvent l’accès aux soins compliqué. « Nous avons cru essentiel d’intervenir dans ce domaine pour permettre à ces couches-là de pouvoir bénéficier de soins sans trop être tracassées par les problèmes de coûts, parce que nous savons que la santé coûte très cher », a-t-il ajouté.

Selon lui, les résultats de la recherche sont satisfaisants et reflètent le travail mené depuis 2 ans par les consultantes en charge de l’étude. « Nous avons cheminé ensemble tout au long de cette recherche et nous ne sommes pas surpris par les résultats auxquels nous sommes parvenus aujourd’hui », a-t-il affirmé.

Une étude menée dans 3 régions du Burkina Faso

La recherche a été conduite par les Docteures Blandine Ouédraogo/ Bila et Touwindé Minoungou/ Bamogo, toutes deux membres du laboratoire Genre et Développement de l’Université Joseph Ki-Zerbo.

Selon Blandine Bila, l’étude s’est déroulée entre février et mai 2026 dans trois régions du Burkina Faso : les Banwa, le Kouilsé et le Kadiogo.

Ces zones ont été choisies en raison de leur représentativité de différentes réalités du pays. Les Banwa représentent notamment des zones éloignées du Kadiogo, tandis que le Kouilsé reflète une réalité semi-rurale marquée également par le contexte sécuritaire. Quant à la région du Centre, elle concentre les grandes structures sanitaires et les références médicales venant de plusieurs localités du pays.

Une politique connue et appréciée par les populations

Parmi les principaux résultats de la recherche figure la forte connaissance de la politique de gratuité des soins par les populations. « Tout le monde est au courant. Les femmes, les hommes, les professionnels de santé ainsi que les communautés connaissent cette mesure et ses avantages », a indiqué Blandine Bila.

Les Docteures Blandine Ouédraogo/ Bila (à droite) et Touwindé Minoungou/ Bamogo (à gauche)

Les perceptions recueillies auprès des bénéficiaires sont également favorables. Selon la chercheuse, les femmes enceintes et leurs conjoints estiment que cette politique soulage les ménages et réduit les inquiétudes liées aux dépenses sanitaires. « Les femmes savent qu’il y a une prise en charge qui les attend et qu’elles n’auront pas à dépenser de l’argent », a-t-elle expliqué.

Elle relève également que les populations ont accueilli favorablement cette mesure dès sa mise en œuvre. « Les gens n’en croyaient pas leurs yeux quand ils sont partis et que c’était effectivement gratuit », a-t-elle rapporté.

Malgré ces acquis, l’étude met aussi en lumière plusieurs difficultés dans la mise en œuvre de la gratuité des soins. Selon Blandine Bila, certaines femmes se retrouvent confrontées à des ruptures de produits ou à des dépenses imprévues alors qu’elles pensaient bénéficier d’une prise en charge totalement gratuite. La chercheuse évoque également les longues files d’attente dans certaines formations sanitaires, ainsi qu’une hausse de la fréquentation qui met parfois les agents de santé sous pression.

Pour les responsables du projet, ces constats doivent permettre de proposer des solutions afin de renforcer l’efficacité et la durabilité de cette politique publique.

Lire aussi: Projet « Making taxi wok fort woman » : Des soins gratuits pour femmes enceintes et enfants de 0-5 ans – Mousso News

Un plaidoyer pour la poursuite du projet

À l’issue de l’atelier, les résultats de la recherche vont être partagés avec les autorités compétentes afin d’alimenter le plaidoyer en faveur d’une amélioration de la prise en charge sanitaire des femmes enceintes et des enfants de moins de 5 ans.

Narcisse Dabiré a indiqué que Christian Aid entend également présenter ces conclusions à ses bailleurs et à son siège afin de mobiliser un accompagnement pour une nouvelle phase du projet. « Nous sommes en train d’envisager avec le partenaire financier comment pouvoir avoir une suite à ce projet », a-t-il déclaré.

Une nouvelle étape va être envisagée pour la période 2027-2029 afin de poursuivre les actions auprès des communautés bénéficiaires.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews

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