« Ibelma » : Une école de découverte de soi et de la valorisation culturelle

À Banfora, l’association « Ibelma », portée par Catherine Midjour/Soulama, fait de l’éducation artistique un levier de transformation personnelle et de valorisation culturelle. Depuis 2017, elle accompagne des centaines d’enfants à la découverte d’eux-mêmes à travers les arts traditionnels, tout en contribuant à faire vivre les patrimoines locaux.

“Ibelma”, qui signifie « revenons à nos valeurs ancestrales » en langue guoin (une ethnie du sud-ouest), n’est pas un simple cadre d’apprentissage artistique. C’est un espace de transmission, d’expression et parfois de reconstruction. À sa tête, Catherine Midjour/Soulama, une femme dont le parcours personnel éclaire et démontre déjà, pourquoi cet engagement.

Catherine Midjour/Soulama, présidente de Ibelma

Tout commence par une blessure. « Quand j’étais petite, j’ai été victime d’un accident de brûlure. J’étais complexée par cela », confie-t-elle. Marquée par cette épreuve, elle grandit avec une certaine timidité, jusqu’au jour où une conférence artistique à Ouagadougou vient bouleverser son regard sur elle-même. « J’étais timide dans la salle, je me faisais toute petite, mais le formateur me remarquait toujours et m’a amené à sortir de ma zone de confort. Le déclic est né… », a-t-elle révélé. selon elle, à partir de cet instant: l’art lui a permis de se redécouvrir.

Et de cette révélation naît une vocation : Utiliser l’art pour aider d’autres enfants à se révéler à leur tour. « J’ai donc décidé de consacrer ma vie à faire en sorte que les enfants puissent découvrir leur vraie personnalité, mieux se connaître et donner le meilleur d’eux-mêmes », a-t-elle indiqué.

À l’issue de sa formation, elle crée d’abord une troupe, qui va évoluer pour devenir l’association Ibelma en 2017. Depuis, plus d’un millier d’enfants y ont été formés, notamment en danse traditionnelle, conte, peinture… Chaque période de vacances donne lieu à des camps artistiques, pensés pour occuper utilement les jeunes tout en développant leurs talents.

Au fil des années, certains bénéficiaires ont franchi un cap. « Un élève d’Ibelma, aujourd’hui dans la vingtaine, est devenu un grand artiste musicien dans sa localité à Tiéfora », explique -t-elle. Des parcours qui illustrent les opportunités offertes par Ibelma : un encadrement artistique, une ouverture au monde culturel et des perspectives d’avenir.

Le 4 avril 2026, à l’occasion de la cérémonie officielle de lancement de la 2e édition du Festival International des Cascades (FESTICAS), Ibelma a marqué les esprits avec une prestation du terroir des Tannounyan. Composées de 2 troupes, chacune a livré un spectacle ancré dans les traditions locales. La danse « Tiembélé », propre aux Guoins de Banfora et pratiquée lors des mariages, a ouvert la prestation.

La troupe qui a presté la danse de « Tiembélé »

Elle a été suivie des danses « Karakoro » et « Senefou », prestées lors des travaux champêtres. En chœur, les artistes ont également exécuté une danse du Djôrô, en hommage à la parenté à plaisanterie entre les ethnies du Sud-Ouest.

La troupe qui a presté des danses « Karakoro » et « Senefou »

Lire aussi: FESTICAS 2026 : Les danses traditionnelles du Tannounyan à l’honneur – Mousso News

Ibelma, une école ancrée dans la valorisation de l’art, mais peine à se vendre au delà. Avec plus d’une vingtaine de festivals à son actif, majoritairement à Banfora, Ibelma reste encore dans une dynamique locale. « Nos troupes sont toujours au stade embryonnaire », reconnaît la présidente. Elle appelle à un accompagnement plus soutenu. Si elle salue les efforts des autorités, elle les juge encore insuffisants.

La question de la décentralisation culturelle lui tient particulièrement à cœur. Pour elle, le mouvement est enclenché, mais doit être renforcé. « Il faut plus d’implication des acteurs locaux dans les grandes festivités du pays », insiste-t-elle. Elle plaide pour une meilleure visibilité des initiatives venues des régions.

Au-delà de la formation artistique, Catherine Midjour/Soulama voit dans Ibelma un moteur de développement culturel et économique. Former les enfants de la région des Tannounyan, c’est préparer une génération d’artistes capables de porter la culture au-delà de leurs localités. À terme, cela peut attirer des visiteurs, susciter l’intérêt et contribuer à l’essor touristique de la région.

Dans cette dynamique, chaque prestation locale devient une vitrine. A travers les prestations artistiques de Ibelma, des festivaliers viennent parfois de loin pour découvrir leurs expressions culturelles et faire découvrir les talents du terroir, dans la dynamique de sa valorisation.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews

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