La meule : Sanctuaire féminin et espace de justice dans la tradition moaga

Outil domestique ancestral, la meule, ce moulin en pierre utilisé pour moudre les céréales occupe une place bien plus profonde que sa fonction utilitaire dans la société moaga. Elle est à la fois signe de fécondité, symbole de prospérité, mais surtout espace de parole et de régulation sociale.

La meule : Sanctuaire féminin et espace de justice dans la tradition moaga 2
Une meule installée au musée de la femme de Kolgondiéssé de Juliette Kongo à Ziniaré.

Installée au cœur de la cour, la meule devient un lieu de rencontres. Les femmes s’y retrouvent, discutent, partagent leurs expériences et tissent des liens de solidarité. Mais plus qu’un espace de travail, elle se transforme en véritable scène d’expression. Chants, proverbes et adages y résonnent, donnant à la femme une liberté de parole rare dans un contexte social souvent hiérarchisé et patriarcal.

La tradition rapporte une histoire marquante. Selon Tradition et sagesse Médias, Un homme, polygame, acheta de la viande au marché pour 500 francs. Il la remit à son épouse préférée, qui la consomma avec ses enfants, ignorant sa coépouse et les siens. Blessée mais impuissante, la seconde femme choisit la meule comme tribune pour exprimer sa douleur. Elle transforma son chagrin en chant, adressé à son mari. « Chef de famille, si vous aviez pensé à moi, vous ne m’auriez pas traitée comme quelqu’un sans soutien. Vous êtes allé au marché acheter de la viande de 500 francs, que vous avez donnée à votre femme bien-aimée pour qu’elle mange avec ses enfants, me laissant moi et mes enfants dans les larmes ».

Par ce chant, elle dénonçait l’injustice et rappelait à son époux ses responsabilités. La meule, devenue caisse de résonance de ses paroles, servit de médiateur silencieux mais puissant.

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Ainsi, dans la culture moaga, la meule dépasse son rôle nourricier. Elle est un sanctuaire féminin, un lieu de vérité et de justice, où les blessures s’expriment et où les conflits trouvent une résolution pacifique. Elle nourrit les corps autant qu’elle éclaire les consciences.

Source : Tradition et sagesse Média

Repris par Annick HIEN/MoussoNews

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