Pabré : Le manioc veut changer d’échelle à travers la foire FITAMD

À Pabré, le manioc se hisse au cœur des enjeux économiques et alimentaires. La première édition de la Foire de l’innovation, de la technologie, de l’agroalimentaire du manioc et de ses dérivés (FITAMD) se déroulera du 16 au 18 avril 2026. Portée par l’Organisation interprofessionnelle de la filière manioc du Burkina Faso (OIFIMA-BF), elle entend repositionner cette culture comme un pilier stratégique du développement national.

La foire du manioc se déroulera du 16 au 18 avril 2026 à Pabré.

Placée sous le thème de l’innovation, de l’intensification de la production et de l’industrialisation, la FITAMD ambitionne de tracer des perspectives concrètes vers la souveraineté alimentaire et économique.

Le Mali est le pays invité d’honneur et plus 5000 participants sont attendus. Seront au programme des formations pratiques en transformation de manioc, des panels, des expositions, une soirée gala, des prestations artistiques.

Selon la présidente de l’OIFIMA-BF, Zoumbara Nana Sabine, le manioc n’est plus seulement une culture de subsistance, mais un véritable levier de transformation. « Notre ambition est de structurer la filière de la semence jusqu’au produit fini », a-t-elle affirmé.

Zoumbara Nana Sabine, présidente de l’OIFIMA-BF.

À ses yeux, ce tubercule constitue un « or blanc » capable de générer de l’emploi, de réduire les importations et de garantir une alimentation plus saine aux populations.

En effet, cette volonté de structuration s’appuie sur une organisation interprofessionnelle désormais en place, inspirée du modèle OHADA.

Derrière cette organisation, la filière manioc s’appuie sur une base humaine déjà structurée. Elle regroupe environ 27 000 producteurs, 3 000 transformatrices et près de 1 200 commerçants, y sont réunis pour mieux coordonner leurs actions et répondre aux faiblesses du secteur.

Plus de 5000 participant.e.s sont attendu.e.s à première édition de la foire du manioc à Pabré.

Mais les ambitions de la filière se heurtent encore à des contraintes dont l’accès à l’eau, la faible mécanisation des unités de transformation et le coût élevé de l’énergie continuent de freiner son essor.

À cela s’ajoute un déséquilibre structurel majeur dont la production nationale de manioc reste largement insuffisante. « Elle ne couvre que 3 mois d’activité pour nos transformatrices », a souligné le secrétaire permanent de l’interprofession, Bruno Guissou.

Bruno Guissou, secrétaire permanent de l’interprofession,

Selon lui, l’extension des superficies cultivées, combinée à une mécanisation accrue et à l’irrigation, pourrait transformer en profondeur la filière. De son avis, le cycle de production, aujourd’hui long de plusieurs mois, pourrait être considérablement réduit si ces conditions étaient réunies, ouvrant ainsi la voie à une production plus régulière et mieux adaptée aux besoins des unités de transformation.

Des transformatrices à la conférence de presse de l’OIFIMA-BF pour le lancement de la foire du manioc.

En depis de ces contraintes, des perspectives restent prometteuses. À en croire, la transformatrice Sankara Habibou, la demande urbaine pour les produits dérivés du manioc ne cesse de croître, tandis que son potentiel de substitution à la farine de blé dans les boulangeries constitue une opportunité stratégique pour réduire la dépendance aux importations.

Sankara Habibou, une transformatrice de manioc

À cela s’ajoute une capacité notable de création d’emplois, notamment en faveur des femmes et des jeunes, déjà fortement représentés dans la transformation.

« Beaucoup pensent que le manioc se limite à l’attieké, alors qu’il permet une grande diversité de produits », déplore Sawadogo Maïmouna, présidente de l’Union régionale des transformatrices de la région du Nakambé.

Sawadogo Maïmouna, présidente de l’Union régionale des transformatrices de la région du Nakambé.

Pour les actrices de la filière, il devient essentiel de mieux faire connaître ces innovations, de valoriser les savoir-faire locaux et de donner au manioc toute la place qu’il mérite dans les habitudes de consommation.

Au-delà de la foire, les organisateurs ambitionnent de faire de Pabré un pôle stratégique de stockage et de distribution des produits transformés du manioc.

Annick HIEN/MoussoNews

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