Pied bot : 25 enfants complètement guéries à l’hôpital Schiphra

Longtemps perçu comme une malédiction ou un mauvais sort dans certaines communautés, le pied bot continue d’alimenter les préjugés au Burkina Faso. À l’occasion de la Journée mondiale du pied bot, célébrée le 3 juin 2026 à l’hôpital Schiphra de Ouagadougou, 25 enfants déclarés guéris ont reçu leurs attestations de fin de traitement. Une cérémonie qui a mêlé émotion, espoir et reconnaissance.

« Aujourd’hui, ma fille va bien. Elle court comme les autres enfants. Toutes les chaussures que je lui achète lui vont bien. Les mots me manquent pour exprimer ma joie ».

Le sourire de Judith Ilboudo/Séogo en dit long sur le chemin parcouru. À l’occasion de la Journée mondiale du pied bot, célébrée le mercredi 3 juin 2026 à l’hôpital Schiphra de Ouagadougou, elle est venue témoigner de l’histoire de sa fille, aujourd’hui complètement guérie.

Pourtant, à la naissance de l’enfant, l’avenir semblait incertain. La malformation congénitale dont souffrait sa fille avait suscité incompréhension et rejet au sein de son entourage. « Mon mari disait que cette malformation était une malédiction. Pour se justifier également, il répétait souvent qu’il n’avait pas les moyens pour les soins », se souvient-elle.

Judith Ilboudo/Séogo , Parente d’une bénéficiaire

Face aux préjugés et à l’absence de soutien, la mère décide de poursuivre seule les démarches. Grâce à la prise en charge gratuite offerte dans le cadre du Programme Pied Bot Burkina de l’hôpital Schiphra et Hope Walks, sa fille a pu bénéficier des soins nécessaires et mène aujourd’hui une vie normale.

Autour du thème « Dépister précocement, traiter tôt, marcher libre du pied bot », la célébration a réuni parents, enfants, professionnels de santé et partenaires. Au cours de la cérémonie, des attestations de guérison ont été remises aux familles de 25 enfants ayant achevé avec succès leur traitement.

« Le pied bot n’est pas une malédiction »

Depuis 9 ans, l’hôpital Schiphra et Hope Walks unissent leurs efforts pour offrir gratuitement la prise en charge du pied bot au Burkina Faso. Cette collaboration a déjà permis de traiter avec succès plus de 2 000 enfants.

Pour le Directeur Général de l’hôpital Schiphra, le Dr Jacob Sawadogo, le principal défi reste celui de la sensibilisation. « Nous voulons dire à toute la population que le pied bot n’est pas une fatalité, n’est pas une malédiction et n’est pas une affaire de génie. C’est une maladie comme les autres qui peut être traitée », affirme-t-il.

Directeur Général de l’hôpital Schiphra, le Dr Jacob Sawadogo

Le médecin se réjouit des résultats obtenus grâce au programme.

« Aujourd’hui, ils peuvent courir, marcher, porter des baskets ou des souliers comme tout le monde. J’ai même vu une jeune fille qui porte des talons. C’est quelque chose qui paraissait impossible lorsqu’elle était née avec un pied bot », souligne-t-il.

Une maladie qui se soigne mais demeure méconnue

Le pied bot est une malformation congénitale qui se développe durant les premiers mois de la grossesse. À la naissance, le pied est orienté vers l’intérieur et vers le bas.

Selon le Dr Faïcal Oubda, Manager du Programme Pied Bot Burkina, la prise en charge repose sur la méthode Ponseti, reconnue à l’échelle mondiale pour son efficacité. « Un traitement qui coûterait normalement environ 250 000 francs CFA est entièrement gratuit grâce à l’appui de nos partenaires », explique-t-il.

Dr Faïcal Oubda, Manager du Programme Pied Bot Burkina

Le traitement débute par une phase de correction à l’aide de plâtres successifs, suivie du port d’attelles spécifiques pendant plusieurs années. À l’âge de 5 ans, l’enfant peut être déclaré totalement guéri. Au-delà de l’accompagnement médical, les équipes assurent également un suivi des familles afin de limiter les abandons de traitement.

Quand la maladie isole toute une famille

Au fil des années, les équipes du programme ont recueilli de nombreux témoignages révélateurs du poids des croyances et de la stigmatisation.

« Certains parents nous ont confié qu’on leur avait conseillé de jeter leur enfant parce que ce ne serait pas un être humain », rapporte le Dr Oubda. D’autres familles ont subi une véritable exclusion sociale. « Il y a des mères à qui l’on interdisait de cuisiner ou même de partager les repas familiaux parce que certaines personnes croyaient que le pied bot était contagieux », poursuit-il.

Pour le responsable du programme, chaque guérison représente ainsi bien plus qu’une réussite médicale. « Nous sauvons les enfants du handicap, mais nous redonnons aussi leur dignité aux parents », résume-t-il.

Lire aussi: Pied bot : des enfants guéris grâce au programme Hope Walks logé à l’hôpital Schiphra – Mousso News

Plus de 2 000 enfants guéris, mais des défis persistent

Le bilan du programme est encourageant. Parti de 2 centres de prise en charge, il est désormais présent dans 8 régions du Burkina Faso. Plus de 2 000 enfants ont déjà bénéficié d’un traitement. Cependant, les besoins restent importants. Chaque année, environ 1 000 enfants naissent avec un pied bot dans le pays.

« Nous arrivons à prendre en charge environ 350 à 360 enfants par an. Cela signifie qu’il en reste encore des centaines à retrouver et à orienter vers les soins », alerte le Dr Oubda.

Pour réduire cet écart, le programme prévoit l’ouverture de 11 nouveaux centres de prise en charge dans les mois à venir, avec l’ambition de rapprocher davantage les soins des familles et d’offrir à chaque enfant la possibilité de marcher librement.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews


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