Rêve brisé… : la plume de Dr Niaoné Moumine

Je voudrais aujourd’hui partager avec vous l’histoire de Safiatou, 17ans, fille de l’Imam du quartier qui est en même temps maitre coranique.

Elle est la première fille de la troisième femme de Ladji et la seule de ses enfants qui a pu atteindre la classe de terminale.

Elle se défend bien à l’école, est assez assidue. Sa mère s’est opposée contre vents et marrées à son mariage quand elle avait 14 ans.

Ladji avait trouvé un jeune commerçant, fidèle de la mosquée qui voulait faire d’elle sa femme.

Cette mère qui a dû interrompre malgré elle ses études pour se marier avec Ladji, chose qu’elle n’a jamais pardonné à ses parents. Elle a un goût amer d’inachevé qu’elle ne souhaite pas voir sa fille subir. Elle voudrait que Safiatou étudie et réalise le rêve qu’elle n’a pas eu la chance de réaliser.

Malheureusement…

Un évènement aussi surprenant qu’inattendu survient dans la vie de Safiatou. Un évènement majeur qui va tout changer.

Cela fait deux semaines, qu’elle n’a pas vu ses règles. Elle est inquiète parce que son cycle est généralement bien régulier.
Après un test de diagnostic rapide, il s’avère que Safiatou est enceinte. Une grossesse non désirée.

Annoncer cette grossesse à Ladji est un arrêt de mort pour Safiatou et sa mère qui sera répudiée et elle-même mise dans la rue. Elle a vu ce qui s’est passé avec Mariam, une de ses demi sœurs, qui est tombée enceinte hors mariage.

Elle ne sait pas où aller, ni que faire. Elle voit ses rêves s’envoler, elle réalise la gravité de la situation. Elle est très angoissée, elle a une envie de suicide.

Elle demande conseil à ses amies qui lui suggèrent mille méthodes. Elle parcourt les groupes WhatsApp et Facebook pour prendre conseil.

Entre mille, elle a choisi d’introduire un rayon de roue dans son utérus pour faire avorter. Elle trouvait cette solution moins chère, plus discrète, et plus facile.

Mais…
En essayant, elle a poussé tellement fort qu’elle s’est perforé l’utérus. Elle a commencé à saigner, mais elle a préféré cacher en espérant que ça va passer… Hélas non
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Elle a été reçu dans le service de gynéco-obstétrique quelques jours plus tard dans un tableau de coma, fièvre et elle dégageait une odeur nauséabonde. Après les examens cliniques, on a diagnostiqué une pelvipéritonite (pour les initiés).
A l’intervention, son utérus était tellement amoché, que le chirurgien a été obligé, la mort dans l’âme, de lui faire une hystérectomie totale (enlever tout l’utérus).

Elle a été mise en unité de soins intensif, et des jours plus tard, elle s’est réveillée, wa vie était hors de danger. Mais Safiatou ne réalise pas encore ce qui venait de se passer.

Elle a survécu, mais elle a perdu gros.
Elle a perdu son Utérus à jamais. Safiatou n’aura plus jamais la chance d’être appelée Maman. Elle venait de perdre à jamais, le pouvoir d’enfanter.

Ne pas pouvoir enfanter n’est pas la fin du monde, mais perdre la possibilité de le faire dans ces conditions est atroce.

La situation de Safiatou pose le problème majeur des avortements clandestins dans ce pays où des milliers de femmes avortent chaque année au Burkina, avec des décès pourtant évitables.

Allons continuer à fermer les yeux !?
Allons poser un jour courageusement le débat et prendre des décisions qui vont sauver des milliers de vies.

Cette situation pose aussi la question de l’éducation à la sexualité, de l’incompétence des parents à assumer ce rôle d’éducateurs, et de laisser YouTube, WhatsApp et Facebook éduquer leurs enfants.

• Je pense à ces milliers de Safiatou qui vivent avec cette douleur éternelle,
• Je pense à ces milliers de femmes qui sont mortes incognito.
• Je pense à ces victimes d’une société phallocratique

Aujourd’hui, c’est la journée mondiale de la sage-femme. Je voudrais féliciter tous ces agents de santé qui se battent jour et nuit pour sauver des vies, pour donner la vie, sans juger.

Si cette histoire inspirée de la réalité, t’a touché, alors partage avec les autres, pour que des solutions soient trouvées…

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