SNC 2026 : Blokiss, l’artisan derrière le pagne officiel

À l’état civil, il se nomme Ouattara Abdoulaye. Dans l’univers de la teinture, il est plus connu sous le nom de Blokiss. Professeur et teinturier de passion, il est le concepteur du pagne officiel de la Semaine nationale de la Culture (SNC) 2026. Il n’en est pas à sa première expérience ; en 2024 il avait déjà assuré cette responsabilité lors de la 21e édition.

Ouattara Abdoulaye alias Blokiss est Professeur des écoles au Centre de base d’éducation non formelle (CBENF) de Boussé, dans la province du Kourwéogo depuis 9 ans.
« Je suis un teinturier en général. Tout ce qu’on peut transformer à base de la teinte, nous le faisons avec mon équipe », affirme-t-il.
Une inspiration portée par une femme
À en croire Blokiss, la conception du pagne officiel a connu une collaboration avec la promotrice bien connue dans le milieu ;Sanon Maminata, alias Nami Tahimar. « Mon inspiration est venue d’une promotrice du nom de Sanon Maminata. C’est elle qui m’a proposé les couleurs », explique-t-il.
Selon lui, le choix des teintes repose sur une symbolique forte. Le fond blanc, d’abord, symbole de pureté, de paix et de propreté , sert de base au tissu. À cela s’ajoutent le vert citron, une teinte vibrante qui symbolise la vitalité, l’énergie, la jeunesse, la fraîcheur et le renouveau , ainsi que la couleur or, représentant la richesse, le pouvoir, la puissance et la lumière divine.

Un motif accessible pour une production de masse
Le motif retenu, appelé « yafoï » ou motif bâtonnet, s’inscrit dans une logique à la fois esthétique et pratique. « C’est un motif d’étalage facilement réalisable par les teinturiers et teinturières. C’est la raison de ce choix, surtout dans une perspective de production en grand nombre », précise Blokiss.
Après validation d’un échantillon, la promotrice a mis à disposition la matière première pour lancer la production. L’objectif était d’allier qualité et quantité. « Nous voulions une production de très bonne qualité en grand nombre. C’est pourquoi nous avons proposé un motif simple à reproduire par les acteurs du domaine », souligne-t-il.
Pour cette édition 2026, environ 2 000 pagnes ont déjà été produits. Sur son site de production, Blokiss travaille en collaboration étroite avec une équipe composée de 15 femmes.
La réalisation des pagnes destinés aux autorités et aux pays invités a nécessité près d’une semaine de travail intensif. Quant à la production destinée aux revendeurs, elle se poursuit encore.

Un message d’engagement et de souveraineté
Au-delà de l’esthétique, Blokiss voudrait transmettre un message à travers ce pagne. « À travers ce pagne, nous voulons dire au monde entier que la jeunesse burkinabè reste debout, déterminée, avec une énergie et une puissance remarquables, derrière nos dirigeants pour lutter et protéger nos richesses, nos populations et notre souveraineté », affirme le concepteur.
Blokiss insiste également sur le rôle central des femmes dans cette réalisation. De l’inspiration à la production, leur implication est totale. « Les femmes sont impliquées sur toute la chaîne, de la conception jusqu’au produit fini. Pour moi, elles sont l’essence du domaine », dit-il.
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Un parcours forgé entre apprentissage et vocation
Le parcours de Blokiss dans la teinture remonte à l’adolescence. C’est grâce à une tante, alors agent du Trésor à Ouagadougou, qu’il fait ses premiers pas dans le métier. « C’est elle qui m’a inscrit chez l’un des plus grands teinturiers de Bobo », se rappelle-t-il comme si c’était hier.
De la classe de 4e jusqu’en terminale, il se forme auprès de ce maître artisan. Après l’obtention du baccalauréat, il décide de se lancer à son propre compte, avec l’accord de son patron. Il débute alors par la production de bazins et de pagnes Koko Dunda.
Parallèlement, il poursuit sa carrière dans l’enseignement. Issu de la promotion 2016-2018 de l’ENEP de Loumbila, il est affecté à Boussé où il entame sa carrière. Aujourd’hui, il totalise près de 9 ans de service.

Au fil du temps, son talent de teinturier finit par attirer l’attention de ses supérieurs. « Pendant les congés et mes temps libres, je faisais mes productions que je publiais sur les réseaux sociaux. Mes supérieurs ont vu cela et m’ont proposé d’intégrer un CBENF comme formateur », explique-t-il.
Depuis, le teinturier Ouattara Abdoulaye alias Blokiss forme des apprenants à la teinture, contribuant ainsi à la valorisation des métiers artisanaux et à l’insertion socio-professionnelle des jeunes.
Annick HIEN/MoussoNews



