« Dans l’entreprenariat, si tu n’as pas un mental fort, tu craques », Nadia Drabo, restauratrice

Restauratrice de profession et communicatrice de formation, Dona Nadia Drabo est la promotrice de Radis Traiteur et de l’initiative « La Table Ronde de l’Entrepreneur ». De la passion pour la cuisine à l’engagement pour la santé mentale des entrepreneurs, elle revient, sans détour, sur son parcours, ses exigences, ses convictions et sa vision de l’entrepreneuriat au Burkina Faso.
Titulaire d’un bac G1, Donna Nadia Drabo a poursuivi ses études à l’université où elle obtient une Maîtrise en communication. Après des stages dans plusieurs médias de la place, un constat s’impose : « Je ne me sentais pas dans ce milieu-là. Je ne me sentais pas », lance-t-elle.

Elle décide alors d’entreprendre. « Pour entreprendre, j’ai commencé par une boutique de transactions. », indique-t-elle. Mais l’aventure prend une autre tournure grâce à son entourage. « Mes proches m’ont approchée. À l’époque, je n’étais pas sur les réseaux sociaux. Ils m’ont proposé de créer une page Facebook et de commencer à faire des plats que j’allais poster et vendre », confie-t-elle.
Pourquoi la cuisine ? Elle sourit : « Toutes les fois où j’avais l’occasion, je cuisinais, j’invitais mes amis, ma famille, je partageais. Lors des cérémonies, on m’approchait pour du gratin, pour tout ça… Ils trouvaient ça bon et m’ont encouragée », explique-t-elle.
Elle débute en pleine période de carême. « Je me rappelle que c’était un mois de carême. J’ai commencé par le gnon au couscous. Puis viennent d’autres mets. Beaucoup m’ont connue avec le gnon au couscous, après c’était le gratin. Voilà, ça a commencé comme ça », détaille-t-elle.
Création d’un empire de service traiteur : Radis Traiteur
Radis Traiteur est née depuis ses débuts dans la cuisine. « Radis vient du nom de ma mère “Rakièta” et de “distribution”, ce qui forme Radis », explique-t-elle. Il est spécialisé juste dans le service traiteur. « Je ne veux pas de place assise. Moi, je suis juste dans le traiteur. » Autrement dit, des plats à emporter ou livrés. Je me plais dans ça. Depuis mes débuts, il y a 7 ou 8 ans, c’est ce que je fais », dit-elle catégoriquement.

Ses services couvrent l’événementiel : Les mariages, les funérailles, les anniversaires, et aussi des particuliers qui viennent s’en procurer comme déjeuner.

Côté menu, la diversité culinaire est au rendez-vous. « Tout type de plat européen ou africain. De la pizza quotidiennement, du poisson braisé, du poulet frit, des jus locaux. On a du bon riz, du babenda, du riz cantonais. Chaque jour, il y a un menu approprié », cite-t-elle.
Sa clientèle est variée, des particuliers des services, des bureaucrates, le citoyen lambda…
Son équipe compte une dizaine de personnes. Très rigoureuse et méticuleuse dans le travail, Donna Nadia Drabo l’admet sans détour. « Je suis très exigeante. C’est difficile de travailler avec moi. Il vaut mieux avoir une petite équipe efficace que des gens inefficaces autour de toi. J’ai des cuisinières, mais je suis toujours présente en cuisine, je goûte, je rattrape… », souligne-t-elle.
La livraison couvre tout Ouagadougou. « Que ce soit à Bassinko, à Yagma, partout. Même si c’est en Chine, on livre », lance-t-elle avec humour. Des commandes sont même expédiées congelées jusqu’à dans d’autres villes du pays et même des étrangers qui viennent s’en procurer.
La Table Ronde de l’Entrepreneur, l’initiative pour partager, dénoncer, briser les silences et trouver des solutions
Au-delà de la restauration, Donna Nadia Drabo porte une autre ambition : accompagner les entrepreneurs. De cette conviction, est né « La Table ronde de l’entrepreneur », qui est à sa 3e édition cette année. Psychologue, psychiatre et intervenantes aguerries vont marquer leurs présences à la rencontre.
« La Table Ronde de l’Entrepreneur, c’est une initiative que j’ai eue pour encourager tous ces entrepreneurs-là. Le milieu demande beaucoup de force mentale, physique, financière », détaille-t-elle.
Chaque année, une centaine de participants se retrouvent à Ouagadougou. Pour cette 3e édition, le thème est : « La santé mentale des femmes face aux pressions sociales : comprendre, prévenir, agir ».
Pourquoi ce choix ? Pour la promotrice, ce thème est d’actualité et très criard. « On trouve que beaucoup au Burkina pensent que la dépression, c’est une maladie de blancs. Pourtant, c’est une réalité chez nous », explique-t-elle.
« Quand tu es une personne dépressive, les gens pensent que tu exagères et ça ne fait qu’aggraver ton mal. Une fois qu’on a les pieds dedans, pour en sortir, il faut beaucoup d’efforts », insiste-t-elle.

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Entrepreneuriat et dépression : quelle corrélation ?
Pour elle, le lien est évident. « L’entrepreneuriat peut entraîner la dépression. Un entrepreneur est tout le temps dans le stress », dit-elle avec un ton franc. Elle démonte les idées perçues ou fictives sur l’entreprenariat. « Au début, on pensait que tu crées ton entreprise, tes employés gèrent, tu comptes l’argent et tu es à l’aise. Mais le vrai entrepreneur travaille plus que ses employés », indique-t-elle.
Gestion du personnel, pression financière, responsabilités familiales, l’entreprenariat inclut plusieurs responsabilités à la fois. « Quand tu n’as pas un mental fort, tu craques », lance-t-elle.
Pour les femmes qui se lancent dans l’entreprenariat, elle insiste aussi sur le rôle du conjoint. « En tant que femme entrepreneur, il faut avoir un compagnon qui t’accompagne. Un mari qui ne t’accompagne pas dans ce que tu fais, il faut t’en éloigner. Accompagner sa partenaire dans ce qu’il ou elle fait, c’est ça aussi le mariage. Si tu te bats seule, c’est tout ça qui amène la dépression », explique-t-elle.
Forger le mental, dès la base
De cette édition de la Table ronde de l’entrepreneur, Donna Nadia Drabo s’attend à des résultats qui pourront changer et sauver plusieurs vies. Ayant exercé des métiers corsés dès son tendre enfance, elle affirme avoir le mental d’acier, « un mental d’homme », comme elle le dit. Mais elle reconnait aussi avoir des moments de troubles de peur, et de découragement. « Il y a aussi des moments où je suis découragée, j’ai envie de pleurer. Mais je rends grâce, je rebondis », lance-t-elle. De cela, elle invite les femmes, à avoir un mental d’acier, même pendant des périodes de turbulence.
Un regard sur la dépression au Burkina Faso
Sur la dépression au Burkina Faso, Dona Drabo pense qu’il s’agit d’une maladie à prendre au sérieux pour contrer à son expansion. Pour cela, elle lance un appel à tout un chacun, entrepreneur, femme, homme et aux jeunes : « Beaucoup n’approchent pas les médecins traitants. Le psychologue, le psychiatre, ce sont des spécialistes qui peuvent vous aider à sortir de la dépression. Mais avant même d’en arriver là, il faut ménager son entourage. Tout le monde ne doit pas rentrer dans ta vie. Pour cela, il faut assainir son entourage. Tu vois quelqu’un de proche qui est nocif, il faut l’éliminer. Moi, je suis comme ça », déclare-t-elle. Pour les entrepreneurs déjà dans le domaine, elle conseille également l’assainissement du personnel, qu’elle pense important dans le management.
« N’entreprend pas qui veut, mais qui peut »
Sur l’entrepreneuriat des jeunes, elle reste lucide et interpelle à une forte détermination pour qui veut entreprendre. « L’entrepreneuriat n’est pas fait pour tout le monde. N’entreprend pas qui veut, mais qui peut ». Et d’ajouter, en insistant : « Entreprendre, ce n’est pas une question d’argent. C’est une question d’esprit, de force mentale ». L’endurance est, selon elle, la clé. « Il y a eu des moments où je n’ai pas vendu un seul plat, mais je nai pas abandonné. Je partage la nourriture à mes proches et le lendemain je cuisine encore. Une autre aurait arrêté. Mais moi, je partage et je recommence, jusqu’à ce que ça prenne », lance-t-elle.
En ce 2026, Donna Nadia Drabo se tourne vers de nouvelles résolutions, d’ambitions pour agrandir son espace. « Je compte sillonner dans les structures étatiques pour avoir du marché. Mais le souci pour un entrepreneur, c’est aussi la qualité de son personnel. Si tu n’as pas une équipe efficace, même si tu injectes des millions, ça ne va pas prendre. Raison pour laquelle, quand je vois quelqu’un ne veut pas bien faire mon travail, on se sépare tout simplement », conclut-elle.
Diane SAWADOGO/ MoussoNews



