Arnaques, faux comptes, cyber harcèlement : Les femmes face aux risques du numérique au Burkina Faso

Sonia : la confiance transformée en piège. Sonia est une jeune mère qui utilise principalement Facebook, WhatsApp et TikTok pour rester en contact avec ses proches. En congé après son accouchement, elle passe beaucoup de temps sur les réseaux sociaux. C’est sur Facebook qu’elle reçoit une demande d’amitié d’un inconnu. Le nom de famille affiché lui inspire confiance. « Il m’a dit qu’il venait de la même localité que moi. Donc la confiance était déjà là », raconte-t-elle.
La discussion s’installe rapidement, au point de devenir quotidienne. Quelques semaines plus tard, il lui demande 50 000 FCFA pour les soins de sa mère hospitalisée. « Il m’a dit qu’il travaillait à Bobo et qu’il était rentré au village à cause de sa mère. Qu’il me rembourserait le lendemain. Comme nous sommes parents, je n’ai pas hésité », explique Sonia. Après le transfert, les échanges deviennent rares, puis cessent complètement.
En 2025, 30-31% des utilisateurs internet au Burkina sont des femmes. Plus spécifiquement, selon Data Reportal, 30,5% des utilisateurs Facebook sont des femmes contre 69,5% d’hommes. De plus en plus, les arnaqueurs ciblent les femmes. En 2024, la Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité (BCLCC) a enregistré 4 114 plaintes pour cybercriminalité, représentant un préjudice financier estimé à plus de 1 milliard de FCFA. Parmi ces plaintes, 1 353 concernent des femmes, soit 32,9 % des cas. Ces données montrent que, bien que minoritaires parmi les internautes, les femmes apparaissent comme une catégorie particulièrement exposée aux risques du numérique.
Mira : Une promotion trop belle pour être vraie
Mira, étudiante à Ouagadougou, a été victime d’une arnaque via une fausse page de vente de vêtements sur Facebook. Les publications mettent en avant des vêtements à prix fortement réduits, présentés comme une opportunité limitée dans le temps. « Les articles étaient très beaux pour le prix proposé. Ils m’ont dit que c’était une promo pour écouler le stock », raconte-t-elle. Elle commande deux ensembles à 50 000 FCFA au lieu de 75 000 FCFA, avec une tenue offerte en bonus. Les vendeurs affirment être basés à Koudougou et exigent un paiement avant livraison. « Je ne sais pas ce qui s’est passé, mais j’ai été séduite. Habituellement je suis prudente », dit-elle. Elle ne recevra jamais sa commande.
Brenda : Quand la recherche de solution devient une arnaque
Brenda, elle, a été victime d’un faux marabout contacté via Facebook. Tout commence par une publicité de “savon de chance”, qu’elle interprète comme une solution à ses difficultés personnelles. « J’avais l’impression d’être poisseuse, alors j’ai commandé », explique-t-elle.
Les échanges se poursuivent sur WhatsApp. Elle multiplie les paiements pour la consultation, le produit, puis les frais d’envoi. « C’était par petits montants de 5 000 à 7 500 FCFA, mais au final j’étais à 90 000 FCFA », raconte-t-elle.
Elle comprend l’arnaque lorsque les promesses de livraison laissent place aux excuses répétées.

Source : Infographie générée par IA.
Les cas de Sonia, Mira et Brenda montrent que malgré leurs différences, toutes les arnaques suivent un même schéma : établir la confiance, créer l’urgence, puis demander l’argent.
Des formes d’arnaques multiples, une exposition féminine marquée
Les cas de Sonia, Mira et Brenda ne sont pas des exceptions. En 2024, la Brigade Centrale de Lutte Contre la Cybercriminalité (BCLCC) a enregistré 4 114 plaintes pour cybercriminalité. Parmi ces victimes, 1 353 sont des femmes, soit 32,9% des cas. Bien que numériquement minoritaires en ligne (30% des utilisateurs internet), les femmes représentent une part disproportionnée des victimes de cybercriminalité.

Les données de la BCLCC montrent également que certaines formes de cybercriminalité touchent particulièrement les femmes. En 2024, 638 femmes ont été victimes d’escroqueries en ligne, soit près de 47 % des cas enregistrés chez les victimes féminines. Le piratage de comptes arrive ensuite avec 304 femmes touchées (22 %). Le chantage à la webcam a concerné 117 femmes (9 %), tandis que 98 femmes ont été victimes d’atteintes à l’honneur et à la vie privée en ligne, soit 7 % des cas. Ces chiffres traduisent une exposition croissante des femmes aux différentes formes de violences et d’arnaques numériques au Burkina Faso. Les victimes sont ciblées non pas sur leur niveau de compétence numérique, mais sur leur rapport à la confiance dans les échanges en ligne.

Une vulnérabilité renforcée par les usages numériques
Selon la spécialiste en cybersécurité Balkiss Ouédraogo, connue sous le nom d’Adja Digital, les femmes sont exposées à plusieurs formes de risques numériques, notamment le cyberharcèlement, le piratage de comptes, l’usurpation d’identité et les escroqueries en ligne.
Elle observe également une montée des arnaques liées au commerce en ligne, aux fausses promotions, ainsi qu’aux fraudes via le mobile money, où des individus se font passer pour des agents d’opérateurs télécoms. Cette vulnérabilité s’explique, selon elle, par un manque de sensibilisation aux risques numériques et une forte exposition à des interactions fondées sur la confiance.
Les conséquences dépassent la seule perte financière. Elles incluent également le stress psychologique, l’isolement et parfois le retrait des réseaux sociaux.
Pourquoi les femmes sont-elles plus exposées ?
Bien qu’elles représentent environ 30 % des utilisateurs d’Internet au Burkina Faso, les femmes constituent 32,9 % des victimes de cybercriminalité. Cette surreprésentation, bien que légère, révèle une exposition spécifique aux risques numériques. Trois facteurs principaux expliquent cette vulnérabilité.
D’abord, la confiance personnelle. Les cas de Sonia et Mira sont une illustration. Les arnaqueurs exploitent la propension des femmes à établir rapidement des liens de confiance en ligne. Sonia transfère de l’argent à un inconnu uniquement parce qu’il mentionne la même localité. Mira, séduite par une promotion, achète sans vérifier le vendeur. Cette confiance, généralement une qualité, devient une faiblesse lorsqu’elle est manipulée.
Ensuite, l’exposition aux stimuli émotionnels. Les trois arnaques observées fonctionnent sur des ressorts émotionnels : une mère malade pour Sonia, un prix irrésistible pour Mira, une solution spirituelle à ses problèmes pour Brenda. Les femmes, socialisées à valoriser l’empathie et l’aide à autrui, hésitent moins à agir rapidement face à ces appels émotionnels. Elles transfèrent de l’argent sans vérification, par compassion ou désir d’aider.
Enfin, un manque de sensibilisation aux risques numériques. Comme l’indique Balkiss Ouédraogo alias Adja Digital,, les femmes reçoivent moins d’informations sur les mécanismes d’arnaque en ligne. Elles ne savent pas reconnaître les signaux d’alerte : l’urgence artificielle, la demande d’argent rapide, les promesses trop belles pour être vraies. Cette méconnaissance les rend particulièrement vulnérables face à des cybercriminels expérimentés.
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Prévention et protection
Face à ces risques, les mesures de protection reposent avant tout sur la vigilance. L’experte Balkiss recommande notamment le renforcement de la sécurité des comptes, l’utilisation de mots de passe complexes et uniques, ainsi que l’activation de l’authentification à deux facteurs.
Elle insiste également sur la nécessité de vérifier toute offre commerciale avant paiement, d’éviter les liens suspects et de limiter le partage d’informations personnelles en ligne.
Les femmes burkinabè font face à une exposition croissante aux risques numériques, entre arnaques, harcèlement et piratage. Au-delà des pertes financières, ces violences fragilisent la confiance, affectent la santé mentale et influencent la présence des femmes dans l’espace numérique. La lutte contre la cybercriminalité passe autant par la sensibilisation que par une responsabilité partagée entre institutions, plateformes et utilisateurs.
Annick HIEN/MoussoNews
Cette publication WanaData a été soutenue par Code for Africa et la Digital Democracy Initiative dans le cadre du projet Digitalise Youth, financé par le Partenariat Européen pour la Démocratie (EPD).
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