« Je voulais raconter la présence d’une mère mais pas l’absence d’un papa » Ingrid Bationo, photographe

À travers une série photographique réalisée dans le cadre du mentorat de PHOTOSA organisé par le Cercle des photographes du Burkina (CERPHOB), Marina Ingrid Bationo choisit de raconter la monoparentalité autrement. Loin de s’attarder sur le vide laissé par un père absent, sa photographe a plutôt mis en lumière la présence immense d’une mère, ces héroïnes silencieuses qui, chaque jour, portent, nourrissent, protègent et transmettent.

Certaines photographies racontent des événements. D’autres racontent des vies. Chez Marina Ingrid Bationo, chaque image est une manière de révéler ce qui échappe souvent au regard.

Photographe, consultante en communication et en Gestion de projet, elle construit depuis plusieurs années une démarche de photographie d’auteur ancrée dans les réalités humaines. Son univers s’intéresse à ces liens invisibles qui relient les êtres à savoir la transmission, le soin, la mémoire et les gestes du quotidien.

Ingrid Bationo, photographe d’auteur

« Mon travail est inspiré du réel, mais il cherche toujours à révéler ce qui ne se voit pas immédiatement : les émotions, les silences et les gestes du quotidien qui racontent notre humanité », explique-t-elle.

Pour Marina Ingrid Bationo, la photographie possède une force que les mots ne détiennent pas toujours. Elle permet de montrer ce qui résiste au langage, de préserver une mémoire et de rendre visibles des personnes ou des histoires que la société oublie parfois.

« Très tôt, j’ai compris que certaines émotions ne pouvaient pas être racontées ; elles devaient être montrées », confie-t-elle.

Ingrid présentant ses photos lors d’une exposition dans le cadre du projet PHOTOSA

Son regard se pose ainsi sur les relations humaines, les marques laissées par le temps et ces gestes simples qui portent une société : une main qui nourrit, un regard qui rassure, un corps qui protège. Autant de détails qui, selon elle, racontent les plus grandes histoires.

Photographier la force plutôt que le manque

Dans le cadre du programme de mentorat de PHOTOSA organisé par le Cercle des photographes du Burkina (CERPHOB), Marina Ingrid Bationo choisit de consacrer sa série photographique à la monoparentalité.

« Je voulais raconter la présence extraordinaire d’une mère. Surtout pas l’absence d’un papa », affirme-t-elle.

Selon elle, les familles monoparentales sont souvent abordées sous l’angle du manque, de la souffrance ou des difficultés. Son travail propose un autre regard : celui de la force discrète de ces femmes qui élèvent seules leurs enfants, souvent dans l’ombre et sans reconnaissance.

Au-delà de la production de cette série, l’expérience PHOTOSA lui a permis, selon elle, d’approfondir sa réflexion artistique. Elle y a appris à construire un véritable récit photographique, à assumer une écriture personnelle et à explorer une même question jusqu’au bout plutôt que de multiplier les sujets.

Transformer son histoire personnelle en un message de reconnaissance

Son projet puise ses racines dans sa propre histoire. Selon les récits de son enfance, Marina Ingrid Bationo aurait grandi auprès de sa mère après le départ de son père. Pourtant, très vite, elle comprend que son travail ne doit pas uniquement raconter son vécu.

« Au départ, je pensais raconter mon histoire. Puis j’ai compris que ce n’était pas la plus importante. Ce qui comptait, c’était de raconter une histoire dans laquelle d’autres puissent se reconnaître », indique t-elle.

Avec le temps, certaines blessures cessent, selon elle, de réclamer des réponses et deviennent porteuses de sens. La photographie lui offre alors un autre regard sur son passé. « Je ne photographie pas mon passé pour m’y enfermer. Je le photographie pour le transformer en un langage universel », lance t-elle.

Son ambition, pour elle, est de permettre à d’autres enfants, d’autres parents, de reconnaître une partie de leur propre histoire dans ses images.

Pour Marina Ingrid Bationo, certaines émotions échappent au langage. La photographie devient alors un espace où chacun est libre de ressentir avant de chercher à comprendre. « Je voulais que chaque image soit ressentie avant d’être expliquée », explique t-elle.

Le message qu’elle souhaite transmettre à travers ses images était d’abord de rendre hommage à toutes celles et ceux qui continuent d’aimer, de protéger et d’élever malgré les difficultés, la fatigue ou la solitude.

« Derrière chaque enfant qui grandit se cache souvent un adulte qui a choisi de ne pas abandonner », lance t-elle.

Si la douleur liée à l’absence de son père, a été présenté dans son travail, elle refuse qu’elle en constitue la conclusion. Son regard s’attarde davantage sur cette capacité humaine à transformer les blessures en force et à continuer d’avancer malgré les absences.

Sa photographie, celle qui cherche à comprendre, jamais à accuser

A travers ses images, Marina Ingrid Bationo insiste cependant ne pas avoir eu l’idée d’un règlement de comptes personnel sur cette absence, qui, avoue t-elle, l’aurait affecté. « Un règlement de comptes cherche un coupable. Mon travail cherche à comprendre », indique t-elle. Pour elle, sa photographie n’a pas vocation à condamner, mais à ouvrir un espace de réflexion. « Je photographie pour inviter chacun à regarder autrement ce qu’il croyait déjà connaître », dit t-elle.

Cette vision positive sur son projet s’est construite grâce à l’accompagnement de son mentor, Adrien Bitibaly, Président du CERPHOB, qui lui a fait découvrir la photographie d’auteur.

Ingrid Bationo et son mentor Adrien Bitibaly

Avant cette rencontre, elle cherchait avant tout à produire de belles images destinées notamment aux ONG et à leurs récits de réussite. Son mentor lui a appris qu’une photographie pouvait devenir un langage, une pensée, une œuvre.

« Ensemble, on a construit une série où chaque image représente une étape : porter, nourrir, protéger, transmettre, espérer. Les lieux, les objets et les gestes ont été choisis non pour leur seule esthétique, mais pour leur capacité à susciter une émotion et à porter une signification», détaille t-elle.

Au fil des images, c’est une seule histoire qui se dessine : celle de « la bravoure silencieuse et de l’héroïsme quotidien de toutes celles qui choisissent de rester debout pour deux ».

Un hommage à toutes les mères

Créer cette série l’a conduite à revisiter certains souvenirs douloureux. Mais ce travail artistique a aussi transformé son regard sur son histoire.

« Pendant longtemps, je regardais cette histoire avec les yeux de l’enfant que j’étais. La photographie m’a permis de la regarder avec les yeux de la femme que je suis devenue », lâche t-elle.

Au-delà de cet hommage personnel, Marina Ingrid Bationo espère ouvrir un dialogue plus large sur la réalité des familles monoparentales, mais aussi sur la valeur du soin, souvent invisibilisée dans nos sociétés.

Elle souhaite que chaque visiteur quitte son exposition avec une interrogation simple, mais essentielle : « Qui, dans ma vie, est resté debout pour moi ? »

Pour elle, si cette question continue d’habiter le public après la visite, alors les photographies auront pleinement accompli leur mission.

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Une Aventure qui ne fait que commencer

Cette série marque le début d’une recherche artistique plus vaste. Marina Ingrid Bationo souhaite poursuivre son exploration des liens invisibles qui permettent aux individus, aux communautés et aux sociétés de tenir debout.

Et si son père découvrait un jour cette série, le message qu’elle souhaiterait lui transmettre serait empreint de paix plutôt que de reproches. Et également la dignité d’une mère capable, malgré l’absence, de changer le destin de son enfant.

Voilà pourquoi, conclut la photographe, elle n’a jamais voulu photographier l’absence d’un père.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews


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