Stérilité : au Burkina des femmes face à l’opprobre social

Les consultations pour cause de stérilité sont légions au Burkina. 768 cas ont été enregistrés en 2018. Toutes des femmes. Si des femmes acceptent suivre un traitement pour faciliter la procréation, des hommes balaient du revers de la main les rendez-vous médicaux. A tort ou à raison, des femmes sont accusées d’inféconde et deviennent la rusée de la famille. 

 

Mariée depuis 2000, soit 20 ans après, Yasmina  n’a pas encore goûté aux douleurs et/ou aux plaisirs de la maternité. Yasmina ne sait pas ce que c’est que porter une grossesse pendant neuf mois. Elle ignore toutes les complicités qui se développent entre le bébé et sa mère à travers ses gestes et mouvements pendant qu’il est encore dans le ventre. Tout cela, elle ne peut que l’imaginer ou en rêver.

Yasmina a été donnée en mariage à un homme qu’elle n’avait jamais connu, ni même aperçu avant le mariage. Elle n’a pourtant pas décliné cette décision de la famille. Pouvait-elle d’ailleurs refuser au risque de se faire bannir de la famille ? Installée dans son foyer, des mois se sont succédés, malheureusement, elle n’a jamais présenté aucun signe de grossesse que tout l’entourage attendait d’elle. On finira donc par supputer qu’elle est malade. Ou tout simplement qu’elle est une femme stérile, incapable de faire un enfant. Une présomption qui tombe comme une condamnation. Dès lors, elle entreprit de suivre des traitements. Elle s’investissait partout où elle espérait trouver la solution à son problème. Mais en vain.

A la suite d’une visite médicale, neuf ans après le mariage, les résultats des examens révèlent qu’elle n’a aucun problème pour concevoir un enfant. Les examens n’ont rien trouvé d’anormal chez la femme. Son homme serait donc « stérile » ? Oui. Le problème vient de lui. Il souffre d’assospermie. Pendant dix ans, Yasmina aura essuyé toute sorte de moquerie. Elle tente de demander le divorce. En vain. «  Je suis dans un foyer ou je ne suis point heureuse. j’ai pas d’enfants et j’ai pas la joie de vivre. il s’agit d’un mariage entre famille et quitter le foyer reviendra à diviser la famille selon les explications de ma famille » dit-elle triste.

Déborah, coiffeur de profession peine aussi à enfanter. Depuis 10 ans. A deux ans de leur union, la jeune coiffeuse commence à s’inquiétait.  » Depuis notre mariage, en dehors de mes jours de menstrues, nous faisons toujours l’amour, mon mari et moi, tous les jours.  j’avais même installé une application pour suivre mon cycle« , témoigne-t-elle. Ces multiples consultations nécessitent la présence de son conjoint.  Ce dernier n’honorera jamais le rendez-vous à l’hôpital. Sur 10 couples, informe Jacques Ky, maïeuticien, seulement deux acceptent la consultation. «  Nous recevons des femmes qui viennent souvent en pleure, tant leur conjoint ne veut pas se soumettre aux traitements. Ceux qui acceptent ne terminent pas le traitement« , dit-il. C’est le cas du couple Béré. Marié en 2018, le couple peine à avoir un enfant. Les examens révèlent des anomalies chez l’homme. Il accepte un premier traitement. Pis, le deuxième reste un parcours de combattant depuis 2019. «  Le problème souvent, ce n’est pas entre toi et ton homme. Mais la belle-famille, l’entourage. Certains vont jusqu’à dire ce sont les méthodes contraceptives qui causent l’infertilité. Moi, chaque fois que je me rend en belle-famille, je suis stressée« , témoigne Mme Béré.

 

Des enfants extraconjugaux……

A l’image de Claire et Déborah, nombreuses sont des femmes qui sont accusées à tort ou à raison d’être infécondes. Et sont pour cela traitées de tous les noms d’oiseau. Ce qui donne l’autorisation aux maris, de contracter un second mariage, dans l’espoir d’avoir un enfant. Dans le pire des cas il formule simplement une demande de divorce.  Beaucoup de femmes se sont vu rejetées, parce que n’ayant pas pu avoir un enfant dans leur foyer. Dans le cas où l’homme ne chasse pas sa présumée stérile épouse, il s’adonne à une seconde vie. Quand il a la solution ailleurs, certains se donnent le plaisir de faire un, deux, voire plusieurs enfants extraconjugaux.

Mme Ira en ris aujourd’hui. Elle dit avoir tellement pleurer qu’elle n’a plus de larmes. «  J’ai commencé à élever 2 enfants de mère différentes de mon époux avant d’avoir un enfant. Qu’est-ce que j’ai pas entendu. femme stérile, femme inféconde, etc... » se rappelle-t-elle.

Il est évident que l’un des meilleurs moments dans la vie d’une femme reste cet instant de la délivrance. Aussi, a-t-on l’habitude de dire avec une certaine fierté que la valeur de la femme se mesure en sa capacité à faire un enfant. Alors, une femme inféconde connaitra difficilement le bonheur dans son foyer. Autant avec son homme et pire avec sa belle-famille. Que dire du regard de son entourage en l’occurrence les femmes ? Qui, pour peu de mésentente « déballent » tout jusqu’aux petits détails dans les commérages.

Selon le gynécologue Dr Adama Ouédraogo, la cause de stérilité doit toujours être attestée par une source médicale. Mieux, il estime que les causes de stérilité, à son avis, sont à 25% liées à la femme et 25% liées à l’homme. Dans 50% des cas de stérilité, la cause est imputable aux deux partenaires. Pourtant, seules les femmes vont pour la plupart en consultation. L’analphabétisme aidant, ajoute-il, certaines femmes même sans avoir prouvé leur stérilité par un centre de santé habilité, se tournent vers l’indigénat ou malheureusement sombrent dans le maraboutage. Leur seul espoir comme leur seule prière est d’avoir UN enfant. Pourtant la stérilité dans le couple concerne les deux partenaires.

A l’association des femmes juristes du Burkina, plusieurs cas sont recensés. Des femmes, informe Cécile Thombiano, prennent le courage de se confier sur les violences dont elles subissent du fait de leur « probable » stérilité.  » Celles qui viennent sont vraiment à encourager, parce qu’il n’est pas évident. Nous recevons beaucoup de cas que nous transférons pour les cas où elles sont accusées de

Il importe donc de mener la sensibilisation pour atténuer les préjugés, à défaut d’y mettre fin qui imputent toutes les responsabilités aux femmes. Cela établira aussi une certaine justice entre la femme et l’homme. Car, si la stérilité existe chez la femme, elle peut exister aussi chez l’homme.

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