Chez les Nounouma, la femme garde le nom de son père et possède son propre champ
Dans la communauté nounouma, issue de la grande famille Gourounsi, la femme mariée ne prend pas le nom de son époux. Elle conserve celui de sa famille d’origine. Autre particularité : elle dispose de son propre champ, gère librement ses récoltes et n’est pas tenue de préparer le repas de son mari au champ. Des pratiques encore peu connues, révélées par Joël Batiéné, membre de cette communauté installée principalement dans les provinces du Mouhoun et des Balé.
Au Burkina Faso, chaque communauté porte en elle des pratiques sociales et culturelles parfois propre à eux, en fonction de leurs. Chez les Nounouma, appelés également Nouna (une minorité de la grande famille Gourounsi), certaines traditions autour de la femme et de la famille surprennent autant qu’elles interrogent.
Il faut savoir que les Nounouma sont installés principalement dans la commune de Tchériba, dans la province du Mouhoun, ainsi qu’à Oury et Siby, dans la province des Balé. Leurs patronymes relève à une distinction entre hommes et femmes. Avec des noms de famille comme Batiéné, Banao, Bagué, Bationo ou Bayala, quand il s’agit d’une femme, la forme change. « Chez nous, par exemple si le nom de famille d’un homme c’est Batiéné, pour une femme c’est Kantiené, Banao pour l’homme, Kanao pour la femme… l’homme c’est « Ba » la femme c’est « Ka », explique Joël Batiéné, originaire de cette communauté.
Dans cette société, l’identité familiale reste fortement attachée à la lignée d’origine, y compris après le mariage. « Généralement, la femme garde son nom de famille, même quand elle est mariée », confie-t-il. Une pratique opposée avec les usages observés dans plusieurs autres communautés où l’épouse adopte le nom de son mari.
Au-delà du nom, la place accordée à la femme dans la société nounouma est particulièrement importante. Selon lui, elle est pratiquement le pilier de la famille.
Dans les activités agricoles notamment, la femme bénéficie d’une réelle autonomie. Elle possède son propre champ et exploite sa production comme elle l’entend. « Tout ce qu’elle récolte, c’est pour elle. Elle peut décider d’aider la famille avec sa récolte, mais elle n’est pas obligée », explique-t-il.
Cette autonomie influence même l’organisation quotidienne des travaux champêtres. Pendant les périodes de culture, les hommes préparent eux-mêmes leur repas pour les champs. « La femme ne prépare pas les mets pour l’homme au champ. C’est l’homme lui-même qui prépare son propre repas quand il part au champ, parce que la femme est occupée aussi pour son champ », souligne-t-il. Pour cela, dans la communauté Nounouma, tout homme sait préparé la semoule de petit mil, consistant et adéquat après une longue durée de travaux champêtres.
À la maison cependant, la femme est maintenant chargée des tâches domestiques et à la préparation des repas. Mais dans l’ensemble, Joël Batiéné insiste sur la liberté économique dont elle dispose au sein du foyer.
La femme joue également un rôle central dans la transmission des valeurs sociales et dans l’éducation des enfants. « Tout ce qui concerne l’éducation et la conservation des valeurs est dévolu à la femme », affirme-t-il.
Concernant le mariage, la communauté nounouma ne connaît pas d’interdits généralisés liés aux ethnies ou aux alliances familiales. « Il n’y a pas d’interdit commun à toute la communauté. Sur le plan du mariage et autres pratiques, chaque famille a ses propres interdits. Nous pouvons nous marier à toutes les ethnies sans exception, sauf si dans ta famille, il y’a un certain interdit », explique Joël Batiéné.
La dot, quant à elle, reste symbolique comparativement à certaines pratiques observées ailleurs. Elle se compose essentiellement de produits locaux, de nourriture et de quelques objets traditionnels. En argent liquide, « généralement, ça ne dépasse pas 25 000 francs CFA », indique-t-il.
À travers ces pratiques, la communauté nounouma laisse percevoir une organisation sociale où la femme occupe une place essentielle. Une société ou elle a le libre champ de mener et s’approprier les dus de son travail.
Diane SAWADOGO/ MoussoNews



