Excision au Burkina : Une tradition à la peau dure, entretenue par les croyances religieuses et traditionnelles

Pratique néfaste portant atteinte à l’intimité et à la santé de la jeune fille, l’excision a été interdite au Burkina Faso à travers une loi qui punit sévèrement ceux qui se rendent coupables ou complices de l’ablation du clitoris. Mais la pratique a toujours du mal à être enraillées, en raison justement de certaines pesanteurs socioculturelles qu’il est difficiles d’enrayer.

Une ancienne exciseuse sensibilisant les femmes du village de Mané à l’abandon de l’excision

Les pratiques traditionnelles et les croyances religieuses au Burkina Faso font échec à l’objectif zéro cas en matière de mutilations génitales féminines. A cela s’ajoutent une autre considération et non des moindres : l’esthétique.

Le clitoris et vu dans bien de milieux sociaux au Burkina Faso, comme un organe vilain dont il faut débarrasser le sexe féminin, question de la rendre plus saint, plus propre.

Très attachée à la tradition moaga, (ethnie majoritaire au Burkina Faso), Minata Ouédraogo, octogénaire a fait exciser ses trois petites filles âgées de 5 ans environs. Elle affirme, devant qui veut l’entendre, l’avoir fait au nom de la tradition. Une tradition qui selon elle, exige la mutilation génitale féminine et en fait une condition non négociable pour la jeune mariée, pour garder son homme. Cette tradition s’impose peut-être à Minata, mais la vielle dame est tout à fait d’abord avec le principe même de l’ablation d’un organe « inutile » et… « vilain » en plus.  ‘’Le clitoris est un organe vilain. Il faut non seulement s’en débarrasser pour rendre beau l’organe génital féminin de la femme, mais il y a aussi le fait que c’est une recommandation de la tradition et de la religion parce qu’une femme non excisée n’est pas une bonne femme’’ nous a-t-elle confié un matin de décembre 2016.

Nous l’avons rencontrée à l’hôpital lorsqu’elle s’y était rendue pour un dépistage, en compagnie de ses trois petites-filles. Elles ont été reçues par la sage-femme Habibou Sawadogo/Ouédraogo qui  a effectué le dépistage des filles. « Nous avons reçu trois fillettes et une dame de 33 ans pour un dépistage des séquelles de l’excision » indique M. Sawadogo. Les deux premières, poursuit-elle, ont subi une excision de type 2 qui ont entraîné un accolement.

L’excision de la troisième fille est aussi de types 2 avec un accolement et un début de rétrécissement vaginal. Il faut donc, explique la sage-femme, une intervention chirurgicale  pour réparer ces séquelles. Une intervention d’urgence, parce que la pauvre fillette avait atteint un stade où elle ne pouvait même plus bien uriner. «  J’ai très mal quand j’essaie d’uriner »  confie la fillette aujourd’hui âgée de 6 ans. « Elle pourrait avoir des complications très graves lors de son premier accouchement si elle n’est pas réparée » prévient la sage-femme, droit dans les yeux de Minata qui ne semble pas prendre la plaine mesure de la gravité de son acte.

Regrets après l’accouchement…

 Au Burkina Faso, notamment dans les milieux ruraux, bien de jeunes femmes mariées ont été répudiées par leurs époux pour des raisons d’accolement. Sont de celles là, Bintou âgée de 33 ans. « Après mon mariage j’ai eu des difficultés pour avoir des relations sexuelles avec mon époux. A chaque coup, j’avais mal et lui n’arrivait pas à satisfaire sa libido’’, nous confie-elle. La pauvre jeune dame aura finalement eu la chance car elle a pu rejoindre son mari  après les réparations chirurgicales qu’elle a subies. Mais, ce n’est pas tout. Car les séquelles perdurent toujours malgré ses trois maternités. La sage-femme dit avoir fait le constat que les personnes qui, généralement, encouragent l’excision sont celles qui regrettent le plus lors des accouchements.  « La plupart des accompagnantes des femmes en travail sont des grand-mères qui ont avaient encouragé l’excision. Nous leur montrons souvent les séquelles lors de l’accouchement. Nous les laissons même assister quelque fois pour qu’elles mesurent l’ampleur » ajoute Mme Sawadogo.

L’octogénaire accompagnée de ses trois petites filles après le dépistage au centre de santé de Kaya

 Une pratique à la peau dure !

 Le Burkina Faso a fait d’énormes efforts en matière de sensibilisation, question de convaincre les dernières récalcitrantes à abandonner la pratique. Qu’à cela ne tienne, l’excision est loin d’être une pratique abandonnée. En 2015, le comité national de lutte contre la pratique de l’excision a enregistré 38 cas d’excision avec plus de 72 victimes dont 5 décès. En 2016, on note 13 cas avec 30 victimes. Le taux de prévalence, qui était de 13,3% pour la tranche d’âge de 0 à 14ans en 2010, est certes passé à 11% en 2015.

Une baisse significative mais qui semble monter en crescendo au regard des récents cas d’excision enregistrés dans les localités de Kaya et de Kombissiri.

Au Burkina on note trois types d’excisions qui sont : le type 1 qui est l’ablation des petites lèvres, le type 2 est l’ablation des petites et grandes lèves. Et enfin le type 3 est l’ablation des petites et grandes lèvres en plus d’une suture. Le type 1 est le plus pratiqué selon la sage-femme.

Un plan stratégique peu opérationnel

La journée mondiale de lutte contre la pratique de l’excision est célébrée chaque 6 février. La 14ème journée du genre a été est marquée au Burkina en 2016, par la présentation du plan stratégique national de promotion de l’élimination des mutilations génitales féminines 2016-2020 et son plan d’action opérationnel triennal. L’adoption d’un plan stratégique national de promotion de l’élimination – 2016/2020 – des mutilations génitales féminines en conseil des ministres le 5 janvier pourra être, de l’avis de la Ministre de la promotion de la femme, Laure Zongo/Hien, la meilleure réponse à la lutte, avec bien sûr la contribution de tous les partenaires. L’excision n’est certes plus un tabou sous nos cieux, selon la marraine de la journée, Mariam Lamizana par ailleurs, présidente du comité interafricain sur les pratiques traditionnelles. Elle se réjouit surtout de la volonté affichée par les gouvernants pour l’abandon de cette pratique.  Mais il ne faut pas baisser la garde, avertit Anne Vincent, représentante résidente de l’Unicef au Burkina, qui pointe du doigt les derniers évènements sur la pratique de l’excision au Burkina.  Les réflexions, au cours de la journée du 6 février étaient orientées vers les mécanismes à déployer pour établir un lien solide et interactif entre l’Afrique et le reste du monde afin d’accélérer l’élimination des mutilations génitale féminine d’ici l’an 2030.

L’exemple de Mané

 L’espoir est permis dans la lutte contre l’excision et le bel exemple vient du village de Mané, situé à 17 kilomètres de Kaya. Les populations de ce village ont donné totalement dos à la pratique de la mutilation génitale féminine. Et cela, avec le concours du chef du village – le naaba Saaga- qui reconnait que les conséquences de la pratique de l’excision sont néfastes. C’est pourquoi, a-t-il dit « nous n’avons pas hésité un seul instant à dire non à l’excision. Notre stratégie a été de faire le porte-à-porte pour sensibiliser les populations ». Des sensibilisations qui continuent d’être faites auprès des chefs coutumiers et religieux car le vœu des habitants de Mané est d’en arriver à l’abandon total de la pratique au Burkina. Contrairement à Minata Ouédraogo qui justifie la pratique par la religion, Malamine Sanfo de la communauté musulmane de Kaya s’inscrit en faux. « Il n’est fait aucune mention sur l’excision dans le coran’ » dit-il. Il précise toutefois que la sorcellerie joue un rôle important dans le maintien de la pratique des mutilations des organes génitaux de la femme ». Les décès qui surviennent après l’excision sont généralement attribués aux femmes accusées de sorcellerie », confie le religieux, qui n’y croit pas. Qu’à cela ne tienne au sein de la communauté beaucoup d’actions de sensibilisations sont faites pour lutter contre les MGF.

« nous n’avons pas hésité un seul instant à dire non à l’excision. Notre stratégie a été de faire le porte-à-porte pour sensibiliser les populations ». Chef du village de Mané

Ce que dit la loi

Le Burkina a adopté une loi depuis 1996 punissant les coupables de la pratique de l’excision, allant d’un emprisonnement de six à trois ans et d’une amende de 150 000 à 900 000F CFA ou l’une de ces deux peines contre quiconque portera ou tentera de porter atteinte à l’intégrité de l’organe génital de la femme par ablation totale, excision, infibulation, insensibilisation ou par tout autre moyen. D’où le taux de prévalence de 13% en 2010 à 11% en 2015.

Bassératou KINDO

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