Harcèlement sexuel : « Il faut que tu viennes passer tout ton weekend avec moi… »

L’univers professionnel est saturé. Le moyen le plus efficace pour réussir sa vie professionnelle, reste l’entreprenariat. Cependant,  ce n’est pas un domaine ouvert à tous et entreprendre au Burkina Faso est presque aussi complexe que trouver un emploi fixe. Par ailleurs après les études, il est nécessaire d’acquérir de l’expérience pour espérer avoir un emploi stable ou se lancer dans l’entrepreneuriat. Nous avons recueilli le témoignage d’une étudiante stagiaire qui a fait l’objet de propositions indécentes lors de son stage dans un cabinet dans la ville de Ouagadougou.

Après sa licence en droit, Alice (nom d’emprunt) décide de se trouver un cabinet afin d’exercer sa théorie acquise à l’université et acquérir de l’expérience dans le monde professionnel.

   « J’ai fini mes cours de licence en droit et je me suis inscrite en Master en cours du soir, raconte-t-elle. Mon objectif était de travailler en journée et prendre les cours le soir. Je me suis mise à la recherche d’une structure dans laquelle je pourrai effectuer un stage de perfectionnement. J’ai cherché pendant longtemps, et heureusement par le biais d’une connaissance, j’ai pu avoir un stage. Dans le domaine du droit, il est très difficile d’avoir un stage, surtout si tu n’as pas de connaissance ou « bras longs » comme on a l’habitude de le dire. Mon stage se passait parfaitement bien. J’ai pu acquérir le maximum de pratique. Mon souhait était qu’après ce stage j’ai la chance d’être prise dans un cabinet ».

             «  Tu seras payée à environ 750 000 F CFA par mois » 

Mais ces bons moments n’allaient pas durer. « Un jour, continue-t-elle,  un monsieur était de passage au cabinet parce qu’il avait une affaire en commun avec notre cabinet. Il m’a vue, il s’est présenté en me précisant qu’il a également un cabinet d’avocats et que si toutefois ça m’intéressait,  de passer le voir dans son cabinet, après mon stage pour un éventuel essai. Il m’a alors remis sa carte professionnelle et a  immédiatement pris mon numéro de téléphone. J’étais vraiment très contente à l’idée d’une possibilité d’emploi dans un cabinet ».

La suite allait-elle lui donner raison ? « Il m’écrivait et m’appelait fréquemment, soit pour prendre de mes nouvelles ou pour savoir comment ça avançait à mon lieu de stage. Environ un mois après, il m’a contactée pour savoir si j’étais toujours à mon lieu de stage. J’ai tout de suite dit non. Alors il me demande si je n’ai pas envie de travailler. Je lui ai répondu qui oui et que c’est le rêve de tout le monde d’avoir un travail. Il m’a dit alors qu’il a une proposition à me faire. J’étais déjà excitée à l’idée du boulot que j’allais bientôt commencer. Sauf que j’allais être immédiatement réveillée du rêve dans lequel j’étais. « Je te propose du boulot, tu vas travailler directement avec moi, une sorte d’assistante personnelle, tu seras payée à environ 750 000 F CFA par mois ».

Lorsque je l’ai entendu prononcer le montant de mon salaire, j’ai tout de suite trouvé cela inconfortable. Mais je l’ai laissé continuer : « Il faut que tu viennes passer tout ton weekend avec moi à Koudougou ! C’est la seule et unique condition ». On pouvait sentir au bout du fil que j’étais là, embêtée, ahurie, aussi déçue que dégoutée par ce que je venais d’entendre. Il  y eut un long moment de silence puis je l’entendis ajouter : « si ça ne t’intéresse pas aussi tu peux passer ta route. Il y a eu plein d’autres qui n’attendent que ça et elles n’y réfléchiront pas à deux fois ». Tout ce que j’ai pu lui dire c’est : « tu me fais pitié ».  Et bien évidemment il m’a raccroché au nez ».

 Une sombre réalité                                                                                          

 Le cas de Alice se limitera à là. Mais d’autres filles ont certainement subi pire. « J’avais déjà entendu parler de choses du même genre,  explique-t-elle. Des amies filles comme garçon qui avaient subi la même chose. Certains avaient même succombé ».

En attendant, cette expérience personnelle a laissé des interrogations à la jeune fille. « Le sentiment qui m’a traversée  lorsque j’ai entendu Mr X me faire sa proposition, confie-t-elle. C’est tellement salissant. Je me suis tout de suite sentie  comme une moins que rien. Je me suis demandé si c’est moi qui dégageais une attitude qui lui laissait penser que je pouvais accepter une telle proposition ou si c’était juste son train-train quotidien. Assise seule dans ma chambre je me demandais si c’est de cette manière que tout le monde procédait ? Je me demandais sans cesse si j’allais finir par avoir un travail, à réussir dans ma vie.

Pendant des jours cette pensée me trottait dans la tête. Mais un jour,  j’ai écouté la cousine d’un ami parler de son aventure à elle, de harcèlements qu’elle a subis au cours de sa vie professionnelle. Je me suis dit que si elle a réussi en refusant toutes ses sales choses,  il y a encore une possibilité pour moi. Aujourd’hui je continue à suivre des stages de perfectionnement dans des structures tout en poursuivant mes cours. J’espère décrocher un bon boulot par le fruit de mon travail ».

Et vous, avez-vous subi ou été témoin d’une expérience similaire ?

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