La tomate : Le nouvel or rouge des marchés et yaars de Ouagadougou

Les prix des condiments grimpent en flèche et la tomate, autrefois élément de base des cuisines burkinabè, est devenue une denrée rare. Dans les allées du marché de Paag-layiri, les vendeuses et clientes se plaignent de la flambée des prix de ce légume, qui impacte leur quotidien.

Ce mercredi 26 juin 2024, le marché de Paag-layiri est verdoyant. De part et d’autres des allées, des femmes sont assises derrière leurs étalages, proposant une abondance de légumes frais : feuilles d’oignon, poivrons, oignons, persil, carottes, et même du poisson fumé. Les sons des machettes des bouchers résonnent dans l’air, mélangés aux odeurs de viande crue, de poisson fumé et d’épices diverses. Pourtant, une couleur manque à l’appel : le rouge vif des tomates.

Les tomates se font rares. Devant certains étalages, on trouve presque tout le nécessaire pour cuisiner, sauf des tomates. Némata Dondassé, vendeuse d’oignons, de feuilles d’oignon, d’épinard et de légumes secs, a cessé de vendre des tomates en raison de leur rareté et de leur coût prohibitif. « Si tu envoies les tomates, les femmes n’ont pas les moyens de s’en procurer, donc j’ai préféré arrêter », explique-t-elle.

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Selon Némata, la situation sécuritaire du pays est la cause principale de cette pénurie. « Avant, avec 100 FCFA, on pouvait avoir 6 ou 7 tomates. Maintenant, 5 grosses tomates coûtent 1000 FCFA et 5 petites, 500 FCFA. Avec 500 FCFA pour la popote, on ne peut rien faire à moins d’ajouter son propre argent », précise-t-elle.

Elle suggère pour un retour à la normale des prix, la multiplication des jardins, la formation de jardiniers afin de produire plus de légumes.

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Némata Dondassé a arrêté de vendre des tomates à cause de sa cherté

Rabiatou Nikièma, en face de Dondassé, propose toute une variété de légumes frais, et d’autres produits pour la cuisine à ses clients. Elle vend des courgettes, des aubergines, des oignons, des betteraves, de la pomme de terre, … y compris des tomates qu’elle fait venir de Ouahigouya.

Même si les tomates se font rares, elle s’en ravitaille pour satisfaire ses clients. « Nous achetons le carton de tomates à 55 000 FCFA, alors qu’auparavant nous l’achetions à 3 000 ou 4 000 FCFA. Il n’y a aucun bénéfice, mais nous continuons à stocker des tomates pour fidéliser les clients. S’ils viennent et ne trouvent pas ce qu’ils veulent, même en saison des tomates, ils risquent de ne plus revenir », explique-t-elle.

Cependant, selon Rabiatou Nikièma, seules les personnes aisées et les hôtels continuent de s’approvisionner en tomates.

 « Mais je les comprends on ne peut pas prendre 500 FCFA comme argent de popote, vouloir acheter quatre tomates à 5OO FCFA et pouvoir cuisiner quelque chose », affirme-t-elle.

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Rabiatou Nikièma propose une variété de condiments à ses clients

Si Rabiatou fait venir ses tomates depuis Ouahigouya, ce n’est pas le cas de Salmata Conombo et ses voisines qui s’approvisionnent depuis la cité ANII

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Cette dernière confirme que les prix des tomates n’ont jamais été aussi élevés. Salmata explique qu’il faut se lever tôt pour aller à la cité AN II pour s’approvisionner en tomates « À la cité, les femmes racontent qu’au marché de Larlé où elles s’approvisionnent, les tomates sont aussi chères. Elles vendent donc de sorte à avoir des bénéfices », confie-t-elle.

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Salmata Conombo, vendeuse de légumes

Salmata poursuit que la vente des tomates n’a pas de bénéfices et « en plus, elles se gâtent rapidement parce que seules les personnes riches peuvent se permettre d’en acheter. Pourtant elles sont moins nombreuses que les personnes pauvres », se plaint-elle.

 Elle espère que la paix reviendra au Burkina Faso et que le Capitaine Ibrahim Traoré aidera les agriculteurs pour que les prix des légumes, surtout des tomates, reviennent à la normale.

Les tomates contiennent néanmoins des nutriments importants pour la santé

Le nutritionniste Jean Michèle Cohen explique sur Parisien que la tomate apporte beaucoup d’eau, des fibres, des minéraux (dont du potassium) et quelques vitamines notamment les vitamines A et C. 

« Mais leur principal atout nutritionnel est leur teneur importante en pigments de la famille des carotènes, en particulier en lycopène, l’un des composés antioxydants les plus puissants du monde végétales », a-t-il poursuivi.

Jean Michel a ajouté que plusieurs études ont prouvé que le lycopène réduit l’incidence de certains cancers notamment le cancer de la prostate chez l’homme et celui de l’estomac et des poumons.

« Quand les tomates sont crues, leur lycopène reste prisonnier à l’intérieur des cellules végétales, dont les parois sont coriaces. Il suffit de 30 minutes de cuisson pour qu’il soit libéré des cellules, se transforme en molécule active et soit davantage assimilé par l’organisme », a-t-il indiqué.

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Jean Michel Cohen, nutritionniste. Crédit Photo: jeanmichelcohen.fr

Le journal des femmes rapporte par ailleurs que l’ajout de matière grasse améliore également l’activité antioxydant du lycopène. En revanche, crues, elles gardent sa vitamine C, essentielle au système immunitaire.

C’est ce qu’a compris NA (nom d’emprunt) qui a ramassé cinq tas de tomates de 1000 FCFA à l’étalage de Rabiatou. « On n’a pas le choix, les tomates sont importantes pour la santé et surtout j’adore la tomate. D’ailleurs mon mari les préfère aux concentrés de tomates qui contiennent des conservateurs ».

Plus loin, devant un autre étalage, Marguerite Zoundi s’exclame en apprenant les prix des tas de tomates

« Oooh cinq petites tomates à 500 FCFA !! j’aime bien les tomates surtout pour faire les masques pour visage mais je crois que je vais faire une pause en attendant la saison », s’exprime-t-elle. Elle poursuit en nous expliquant que les tomates apporte de l’éclat à la peau, rend la peau lisse.

La pénurie et la flambée des prix des tomates à Ouagadougou reflètent les défis économiques et sécuritaires du Burkina Faso. Les habitants s’adaptent tant bien que mal à cette nouvelle réalité, en espérant que des initiatives locales et un soutien gouvernemental permettront de stabiliser les prix et de rendre les tomates à nouveau accessibles à tous.

Asmine Zerbo (Stagiaire) MoussoNews

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