Marchés nocturnes : Ces vendeuses de condiments qui n’attendent que le couchée du soleil

Dans la capitale ouagalaise, chaque soir les vendeuses de condiments transportent les marchés aux abords des voies et à proximités des stations d’essence. Ces femmes, souvent mères de famille et parfois seules à subvenir aux besoins de leur foyer, se rassemblent avec détermination sur les bords des routes éclairées par des lampadaires. Elles proposent plusieurs produits aux différents clients.

Pour de nombreuses femmes dans des villes comme Ouagadougou, vendre des condiments sur les marchés traditionnels est leur principale source de revenus.

Cependant, après la journée de marché, il reste souvent des produits non vendus. Au lieu de les laisser se ‘’gater’’, certaines décident de les vendre aux passants le long des routes fréquentées.

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Cette pratique leur permet de récupérer une partie de leur investissement initial et d’augmenter leur profit.

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Parmi elles, Mariam Dao, mère de trois enfants, côtoie chaque soir les abords des voies de Pissy (un des quartiers de la ville de Ouagadougou) avec le restant de ses légumes. Pour elle, chaque vente représente un pas de plus vers la stabilité financière de sa famille. « En matinée, je vends des légumes tels que la tomate, les oignons, la salade, les concombres au marché. Mais je peine à écouler toute ma marchandise. Pour mieux rentabiliser, les soirs à partir de 19h, je m’installe aux bords du goudron et je propose ces légumes aux passagers pour avoir quelques pièces de plus afin de prendre soins de ma famille », raconte-t-elle en indiquant faire de meilleure ventes les nuits.

Comme elle, Blandine Bayoulou aide sa maman à vendre ses produits chaque soir après les cours. Cette idée de commerce nocturne n’est pas anodine. En effet lors d’une conversation avec une camarade de classe, Blandine a réalisé qu’il y a énormément de personnes qui rentrent tard pour cuisiner. Elle décide donc avec l’accord de sa maman d’essayer ce type de commerce. « Je discutais avec une amie qui m’a fait comprendre que leur voisine cuisinait tard. Je me suis demandée ou elle gagnait les condiments vus qu’à cette heure, les marchés sont fermés. C’est après que j’ai compris le mode de vente nocturne que nous avons essayé. Et c’est plutôt rentable », confie-t-elle.

Blandine et sa mère, en plus des légumes frais, proposent des épices et du poissons fumés à leurs client.e.s nocturnes. « Notre idée c’est de ramener le maximum des condiments du marché aux abords du goudrons. Les passants peuvent avoir le nécessaire pour une bonne cuisine avec nous. Il y a des légumes, des épices, du poisson et parfois de la pâte d’arachide », explique-t-elle.

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Activité rentable

Les vendeuses nocturnes avouent que ce commerce est rentable mais épuisant. « Je parviens à vendre tous mon stock chaque soir. Je préfère vendre les nuits que les matinées au marché mais comme on aspire à de meilleures conditions de vie, je fais les deux malgré la grande fatigue qui se fait ressentir. Je vends les nuits de 18h à 23h, ce qui n’est pas sans impact sur ma santé. Je gagne environ 12 000FCFA par nuit  et cela dépend des périodes», informe Kadidiatou Sama.

Même son de cloche pour Blandine et Mariam. Elles estiment que toutes les deux faire de meilleures recettes grâce à leur commerce nocturne. « Je peux obtenir la somme de 15 000 à 20 000 FCFA comme bénéfice à la fin de la semaine. Sur cette base, je peux dire que le commerce de nuit est rentable », laisse entendre Blandine.

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Une clientèle plus ou moins réservée

Olivia Coulibaly, comptable affirme que ces étals nocturnes lui sont très bénéfiques. « Personnellement, le commerce nocturne de ces femmes a été initié pour moi. Je fini tard au service et il m’est impossible de trouver un marché pour prendre des condiments alors je fais mes courses avec ses femmes », fait-elle savoir.

Alfred Bonkoungou également apprécie ces marchés de nuit et encourage ces femmes dans leur lancée car dit-il « Je travaille toute la journée et je n’ai pas souvent le temps de faire convenablement mes provisions. Je n’aime pas non plus manger dehors alors j’achète mes condiments avec ces femmes les soirs pour ma cuisine ».

Si cette activité est appréciée et encouragée par certains, d’autres par contre émettent des réserves en ce qui concerne la qualité des condiments proposés.

C’est le cas Rasmata Zida, agent de sécurité dans un hôpital de la place qui dit s’en méfier après une mésaventure douloureuse. Après une journée chargée au service, elle a dû faire des achats avec ces femmes aux environ de 22h. Grande a été sa surprise une fois à la maison de constater que les tomates et les aubergines qui lui avaient été vendus étaient tous ‘’pourris’’. « J’ai fini un soir très tard et en rentrant j’ai acheté des tomates et des aubergines pour aller faire la cuisine. Quand je suis arrivée à la maison je me suis rendue compte que la majeure partie était pourrie, d’où ma déception et ma méfiance maintenant », souligne-t-elle.

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Ces vendeuses exposées à plusieurs risques

Le commerce nocturne bien qu’étant une occasion de bonnes affaires pour les vendeuses, également plein de risques. Certaines d’entre elles ont été à plusieurs reprises victimes de vols. « Il y a des jeunes qui souvent s’attroupent non loin de nos étalages et tard lorsqu’on s’apprête à rentrer, ils font semblant de nous aider pour plus tard nous voler », laisse entendre Mariam.

Ces propos corroborent avec ceux de Kadidiatou, qui a été victime d’une agression qui a failli lui coûter la vie. « J’avais remarqué depuis un moment que j’étais suivi par des jeunes mais je n’ai pas vraiment pris cela au sérieux. Un soir après une bonne vente je rentais chez moi toute contente quand des jeunes m’ont intercepté pour retirer mon sac. J’ai refusé et il y a eu un accrochage dans lequel j’ai été blessé au couteau. Cela m’a effrayé pendant un moment et je ne vendais plus les nuits », indique-t-elle en précisant avoir repris six mois après l’incident pour solder la scolarité de ses enfants.

Les vendeuses nocturnes incarnent la force et la détermination. Malgré les difficultés auxquelles, elles font face, ces marchandes espèrent de meilleures conditions de vie afin d’offrir le nécessaire à leurs progénitures.

Mireille Sandrine Bado/MoussoNews

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