Planification familiale dans le post partum : Une méthode innovante et rassurante pour la femme

La planification dans le post partum. Peu de femmes connaissent cette autre option de planification qui est pourtant très pratique et au même coût que l’ensemble des méthodes d’espacement des naissances. Beaucoup d’entre elles ont cependant opté pour l’avortement par méconnaissance de cette possibilité qui les auraient empêchées de tomber enceinte pendant l’allaitement.

Les femmes burkinabè adhèrent de plus en plus à l’adoption des méthodes contraceptives. Bien que faisant toujours polémique dans certains milieux du fait de ses effets secondaires, la planification familiale entre de plus en plus dans le quotidien de femmes africaines notamment burkinabè. En effet, explique le maïeuticien Marcel Ky, sur 10 femmes, 7 optent pour une méthode de planification et sur 10 jeunes filles, 8 choisissent une méthode contraceptive.

Qu’à cela ne tienne, des femmes sont toujours surprises des grossesses. C’est le cas de Nina, 29 ans, mère de 5 enfants. ‘’ J’ai attendu 45 jours comme on le conseillait à l’époque avant d’adopter une méthode contraceptive. Mais je pensais adopter la méthode ‘’ maman’’ qui consiste à faire l’allaitement exclusive. Mais juste après 6 mois, je suis tombée enceinte. Mon mari m’a beaucoup grondée. Il était très fâché. Car, nous étions à notre 4e enfant. Il n’en voulait plus. J’ai dû avorter sans l’informer. Et, même quand il en a été mis au courant, cela ne l’a pas gêné du tout’’, confie la maman de 4 enfants, qui, malheureusement est tombée encore enceinte juste après avoir sevré son enfant.

‘’ Nous avons aujourd’hui 5 enfants et tous les jours, mon mari me rappelle les charges. Il m’avait pourtant donné de l’argent pour adopter une méthode. Mais, j’ai été négligente (²4 ?). Je suis aujourd’hui très fatiguée. J’ai 5 enfants en moins de 30 ans. C’est trop, je le sais’’, explique la jeune dame avec soupir et désespoir.

Elles sont nombreuses les femmes qui ont opté pour l’avortement plutôt que de garder un bébé alors qu’elles allaitent. La situation tendait à devenir un phénomène tant le nombre d’avortements pendant l’allaitement grimpait. En effet, selon un infirmier à la retraite qui a requis l’anonymat, il a avorté plusieurs femmes – prés d’une cinquantaine- qui allaitaient. ‘’Souvent, ce sont même leurs époux qui les amènent pour avorter’’ dit-il.

La PF dans le post partum, la solution ?

La planification familiale dans le post partum est définie comme l’adoption d’une méthode contraceptive juste après l’accouchement. C’est-à-dire après la sortie du placenta jusqu’à deux ans. Il existe toutefois deux types de post partum : le post partum immédiat et le post partum tardif. L’immédiat est l’adoption d’une méthode contraceptive après les heures suivant l’accouchement. ‘’ La femme peut décider d’opter pour le stérilet ou bien d’autres méthodes’’ explique la sage-femme Mathilde Bara du centre hospitalier Bogodogo à Ouagadougou.

Le post partum tardif est la planification familiale qu’on adopte, 48 heures après l’accouchement. Il s’agit des mêmes produits, la différence se trouve dans la manière de l’administrer. Si avant, la planification n’était conseillée que 45 jours après, ce n’est plus le cas de nos jours. Les informations selon Mme Bara sont distillées depuis la consultation prénatale. C’est dire que même pendant la grossesse, la femme peut faire un  choix de sa méthode contraceptive. Il en est de même sur la table d’accouchement où l’autre moitié du ciel peut opter pour la planification familiale.

Quid de l’allaitement maternel ?

L’allaitement maternel exclusif constitue en lui-même une méthode contraceptive, mais elle peut ne pas l’être à 100%.  L’allaitement maternel exclusif a une durée de 6 mois. Cela veut dire que le bébé ne consomme que le lait maternel et rien d’autre. Alors, dès lors qu’il boit l’eau ou consomme une autre nourriture que le lait, la ‘’méthode maman’’ va présenter des risques. Malheureusement, beaucoup de maman qui optent pour cette méthode tombent enceinte. 

Lina, jeune femme de 40 ans se rappelle encore de ce moment douloureux : ‘’ Je suis tombé enceinte lorsque mon bébé n’avait que 7 mois. Je ne pouvais pas garder au risque de créer des ennuis avec mon époux. J’ai opté donc pour l’avortement sans l’informer’’ témoigne-t-elle.

Le post partum, une nouvelle approche plus innovante

Le post partum est une nouvelle approche dans la planification des naissances qui n’est malheureusement pas trop vulgarisée au Burkina.

En 2015, 3 sites pilotes ont été installés dans les régions du Centre, Centre-Est et l’Est. Et les résultats ont été probants selon un agent qui a bénéficié d’une formation en la matière.  ‘’ Beaucoup de sages-femmes ne sont pas formées sur le post-partum, ce qui rend difficile sa vulgarisation auprès des femmes, si fait que beaucoup d’entre elles préfèrent attendre 45 jours avant d’adopter une méthode’’ explique Moussa Simporé, maïeuticien.

Les chiffres indiquent que sur 10 femmes parturientes, seulement 1 à 2 adoptent la PF dans le post partum. La méthode selon plusieurs sages-femmes est très innovante et pourra permettre l’atteinte du dividende démographique. Des difficultés sont toutefois notées notamment sur la formation des agents. ‘’ le ministère de la Santé fait de son mieux. Mais, il conviendra d’intégrer le post-partum dans les supports conventionnels des soins, mais aussi dans les currula de formation des agents de santé’’ souligne Mathilde Bara sage-femme.

Impliquer les hommes dans la PF

La planification familiale dans le post-partum est comprise par beaucoup d’hommes au Burkina. Ces derniers sont les premiers à encourager leur conjoint pour l’adoption d’une méthode selon la sage-femme Mathilde. ‘’ Des hommes refusent les méthodes contraceptives parce qu’ils n’ont pas l’information et ne sont pas impliqués dans les prises de décisions. Mais de plus en plus, ce sont eux qui sont au-devant de l’adoption d’une méthode par leur conjointe’’ confie Mathilde. Cette dernière estime qu’il faut juste donner la vraie information aux hommes afin qu’ils y adhèrent. 

Bassératou KINDO

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