« Sauce feuille ou pas, je ne mange pas le to », Davy Hien

Longtemps considéré comme l’un des repas les plus consistants dans de nombreuses familles burkinabè, le to semble aujourd’hui perdre du terrain dans certaines assiettes. Sauce feuille, sauce gombo, sauce tomate, ou autre accompagnement, peu importe ; pour certains, ce plat reste un menu auquel ils préfèrent ne pas toucher. Il est devenu presqu’un »totem ».
Chez Clémence Traoré, cette préférence ne concerne pas uniquement les enfants. « Leur papa et eux refusent de manger. Personne n’aime le to. Mais je ne vais pas faire attention à leur caprice. S’ils s’habituent à ça, ce n’est pas bon », raconte-t-elle. Dans sa famille, le to n’est accepté qu’à certaines conditions. « Leur père ne mange que lorsque c’est sauce oseille, à condition qu’il y ait beaucoup de porc au four. Donc, le jour où j’en prépare, je le préviens et, en rentrant, il prend ses porcs au four », poursuit-elle.
Avec le temps, les repas de substitution sont même devenus une sorte de règle à la maison. Martine, nom d’emprunt, dont le fils refuse catégoriquement le tô, raconte. « Le jour que je refuse de faire un second plat quand c’est le tô qui est au menu, le bon monsieur sort payer à manger ou, s’il galère, il cuisine son plat lui-même », at-elle dit.
Pour d’autres, le problème n’est pas nécessairement le to lui-même, mais ce qui l’accompagne. « Je ne mange pas le to sauf si c’est avec de la sauce feuille et beaucoup de viande. C’est la seule solution pour que j’en mange », lance Bruno (nom d’emprunt).
Tandis que certains acceptent le to sous certaines conditions, d’autres le refusent catégoriquement. « Sauce feuille ou pas, je ne mange pas le to. Pour le moment, je n’ai pas encore réussi à en manger. Et comme on ne dit jamais jamais, on verra bien », affirme Davy.
À la maison, son refus est désormais bien connu. Sa mère explique qu’elle prépare parfois un autre repas pour lui lorsqu’elle cuisine du tô. « Souvent, je sais qu’il exagère. Je ne sais même pas de qui il tient ça. Son père et moi, nous aimons le tô, même ses frères, mais il est le seul à ne pas en manger. Il a pourtant fait l’internat, je me demande comment il se débrouillait », s’interroge Martine.
Dans la même famille, les goûts peuvent pourtant être radicalement opposés. Ela, elle, ne cache pas son amour pour le to. Sauce feuille, gombo ou autre accompagnement, peu lui importe. « Je peux même manger le to tous les jours durant deux semaines, ça ne me dérange pas. J’en raffole. J’ai déjà fait une semaine à manger le to. J’en faisais beaucoup et je changeais de sauce. En tout cas, je suis l’opposé de mon frère », raconte-t-elle. Cette différence entre frère et sœur l’amuse d’ailleurs au point de lui faire se demander comment son frère pourrait s’adapter à la vie chez quelqu’un d’autre.
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Du to mais avec de la viande ou des omelettes
Chez Julien Mandou, le to n’est pas complètement banni, mais il doit être accompagné de certains aliments bien précis. « J’achète le porc au four et je mange seulement avec le to ou, si je veux, je fais des omelettes bien garnies de tomates, oignons, poivrons et je mange avec le to. C’est très bon, il faut essayer un jour et tu verras », explique-t-il, sourire aux lèvres.
Pour Julien, le to est un plat très résistant. Il le compare même, sur le ton de la plaisanterie, au « béton armé », ou « souma ». Sa mère l’a bien compris. Lorsqu’elle lui sert du to, elle sait qu’il le mangera sans sauce, accompagné de viande ou d’une omelette.
Chez ceux qui le boudent, les raisons avancées restent pourtant peu nombreuses. Ils ont surtout la même perception. Pour eux, le to serait un »plat sans goût ». Même lorsqu’il est servi avec une sauce, cela ne suffit pas toujours à les convaincre.
Annick HIEN/MoussoNews
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