« Une mère peut détruire la vie de l’enfant avec le placenta ou changer sa vie juste par le placenta »

« Le placenta, c’est la boîte noire de l’enfant », « une mère peut détruire la vie de son enfant avec le placenta ou changer sa vie grâce à lui »… Ces propos du guide spirituel Hadj Ismaël Bohlaly illustrent les nombreuses croyances qui entourent cet organe de la grossesse. Si la science lui reconnaît un rôle essentiel dans le développement du fœtus, plusieurs traditions lui attribuent également une dimension spirituelle, allant jusqu’à influencer, selon certaines convictions, le destin de l’enfant. D’où viennent ces croyances ? Que représente réellement le placenta ?

Le placenta est un organe temporaire qui se forme pendant la grossesse. Relié au fœtus par le cordon ombilical, il assure les échanges d’oxygène, de nutriments et de déchets entre la mère et son enfant. Essentiel au bon déroulement de la grossesse, il est expulsé après l’accouchement.

Mais une fois sa mission biologique terminée, l’histoire du placenta ne s’arrête pas toujours là. Dans plusieurs sociétés africaines, il est entouré de pratiques et de croyances transmises de génération en génération. Tantôt considéré comme un protecteur de l’enfant, tantôt comme un élément qu’il faut absolument préserver, le placenta occupe une place particulière dans les traditions.

Dans certaines communautés, il est utilisé dans la confection de gri-gris destinés à protéger l’enfant. Le plus souvent cependant, son emplacement doit rester secret. Selon ces croyances, si une personne mal intentionnée s’en emparait, elle pourrait agir sur la vie de l’enfant. C’est pourquoi son enterrement répond à des règles précises.

Un rituel transmis de génération en génération

Au Burkina Faso, notamment chez les Mossi, l’enterrement du placenta est un véritable rite. Après l’accouchement, le placenta est placé dans un morceau de canari. Le récipient est brisé en deux : une partie reçoit le placenta, l’autre sert à le recouvrir. L’ensemble est ensuite enterré dans un trou suffisamment profond. Selon la tradition, si la fosse n’est pas assez profonde, l’enfant régurgiterait fréquemment lorsqu’il tète.

Le placenta est souvent accompagné de sorgho, de petit mil et, dans certaines familles, de coton. Cette dernière pratique n’est toutefois pas systématique.

La cérémonie est réalisée par des femmes. Elles doivent être au moins trois ou quatre pour accomplir le rituel, une seule personne ne pouvant le faire. Durant toute la cérémonie, elles rient afin, selon la tradition, de transmettre la joie à l’enfant pour le reste de sa vie.

Le canari est également percé par le dessous, tout en étant disposé de manière à empêcher l’eau de pénétrer jusqu’au placenta. À défaut, la croyance veut que l’enfant développe des problèmes d’oreilles.

Ces rites ne sont cependant pas identiques partout. Ils varient selon les ethnies, les familles et les croyances.

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« Le placenta retourne à la terre »

Pour le guide spirituel Hadj Ismaël Bohlaly, toute personne peut enterrer le placenta de son enfant. En revanche, il ne partage pas l’idée selon laquelle celui-ci devrait obligatoirement être enterré dans la cour du père.

« Ça dépend. La cour du père n’est pas l’endroit où le père va vivre éternellement. Si la cour est vendue, cela ne sert à rien. La terre retourne à la terre. C’est pour cela qu’on met le placenta dans un canari avant de le mettre sous terre. Parce que le placenta retourne dans la terre », explique-t-il.

le guide spirituel Hadj Ismaël Bohlaly

Selon lui, certaines communautés choisissent plutôt de conserver le placenta. Une pratique qu’il associe à des croyances spirituelles particulières.

« Ils ont la capacité de parler au placenta pour réorganiser la vie de l’enfant », lance-t-il.

Le guide spirituel va plus loin en affirmant que le placenta entretient un lien étroit avec la destinée de l’enfant.

« Le placenta, c’est la boîte noire de l’enfant. Ça permet à la maman de parler à l’enfant pour orienter sa vie. Une mère peut détruire la vie de l’enfant avec un placenta séché qu’elle conserve, comme elle peut aussi changer son état. Il y a des maladies que certaines personnes ont ; si on dispose de leur placenta ou si l’on connaît son emplacement, on peut facilement soigner cette maladie », affirme-t-il.

Ces affirmations relèvent des croyances et des convictions spirituelles exprimées par le guide. Elles ne reposent pas sur des preuves scientifiques établies.

Organe biologique pour la médecine, et d’un côté symbole spirituel sur en Afrique, l’enterrement, la conservation ou les rituels qui entourent le placenta témoignent de la richesse des traditions, mais aussi de la diversité des regards portés sur cet organe.

Diane SAWADOGO / MoussoNews


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