Ethnie du Burkina : » Non, la femme Pougouli n’est pas infidèle. Ce sont des préjugés »

Minorité du Sud-Ouest, issue de la grande famille des Lobiri, les Pougouli sont un peuple profondément ancré dans leurs valeurs ancestrales. Derrière cette communauté s’est tissée une longue chaîne de préjugés et de stéréotypes, dont la principale cible reste la femme pougouli. « La femme pougouli est infidèle » : des idées jugées aberrantes qui ont pourtant façonné la perception de plus d’un. Walia Tgetoua, ressortissant de cette ethnie, tente de déconstruire ces clichés. Il met en avant une société bien organisée, fondée sur des rites, des coutumes, des interdits et une forte solidarité, qui structurent la vie collective au sein de la communauté.

« La femme Pougouli est infidèle ». La phrase circule, s’installe, se répète. Avec le temps, elle finit par s’imposer comme une vérité objective.

Face à cela, Walia Tgetoua, qu’on pourrait considérer comme un gardien des traditions pougouli, ne nie pas l’existence de ces comportements « immoraux », mais il rejette toute généralisation. « Dans toute ethnie, il y a des brebis galeuses qui s’adonnent à des comportements immoraux », rappelle-t-il. Pour lui, cette étiquette traduit surtout une méconnaissance des mécanismes internes qui régissent la vie conjugale chez les Pougouli.

Walia Tgetoua,

Au cœur de ses explications, un nom revient régulièrement : le « Lompo ». En forme d’un arc, il est présenté comme un fétiche très puissant, il intervient principalement dans les rituels liés au mariage. Une femme pour qui la dot a été payée est tenue d’être fidèle à son foyer, au risque de subir, selon les croyances, les conséquences liées au « Lompo », explique Walia Tgetoua.

Fétiche Pougouli

Mais cette exigence ne concerne pas uniquement les femmes. « L’homme aussi est concerné. Il ne doit pas commettre l’adultère », insiste-t-il.

Pour lui, ces rituels, profondément ancrés dans la société pougouli, traduisent un attachement à la loyauté et au respect mutuel dans le couple.

La modernité, un frein à l’expression des traditions

L’évolution des modes de vie, l’urbanisation et l’influence des religions, selon lui, ont contribué à un relâchement de ces pratiques et, par conséquent, à l’émergence de certains comportements qui alimentent aujourd’hui les préjugés collés à la femme pougouli.

Au-delà des clichés, qui sont réellement les Pougouli ?

Les Pougouli sont rattachés à la grande famille Lobiri, originaire du Sud-Ouest du Burkina Faso. Ils portent des patronymes variés tels que Walia, Zégné, Nouma, Choama (écrit Soma).

« Il y a aussi des Ouattara et des Traoré Pougouli. Mais cela est lié à la colonisation, pour permettre à certains d’accéder à l’école. Ils ont adopté ces noms, qui sont restés jusqu’à aujourd’hui », explique Walia Tgetoua.

Le mariage, un acte social et symbolique

Chez les Pougouli, la dot ne se mesure pas en argent. Elle se compose essentiellement de cauris, de poules, de dolo, autant d’éléments symboliques.

La cérémonie se déroule sous un arbre, ou la dot est récupérée et plantée. « La dot est plantée sous un arbre. Cela signifie que la femme doit produire comme cet arbre », explique-t-il.

Selon lui, ces pratiques très symboliques, traduisent leur propre vision du mariage, qui dépasse le cadre individuel mais dans une logique de perpétuation de la famille et de la communauté. Après la dot, des rituels accompagnent cette étape, qui marquent désormais l’entrée des deux personnes dans une union encadrée par des normes précises de la société.

Lire aussi: Dot : sens et démarches chez des ethnies au Burkina – Mousso News

Alliances, interdits, parentés à plaisanterie…

Chez les Pougouli, les mariages avec les Peulhs sont strictement interdits en vertu d’un pacte ancien. « Il y a une alliance entre nous. On a scellé un pacte de fraternité, raison pour laquelle on ne se marie pas », explique-t-il, sans trop de détails.

Toutefois, cette interdiction n’exclut pas la proximité sociale entre les deux peuples. Des relations de plaisanterie existent et renforcent les liens.

Plus encore, les Pougouli entretiennent des liens de parenté à plaisanterie avec plusieurs ethnies, notamment les Sénoufo, les Gouin, les Toussian, les Sambla, les Bobo, les Bwaba, les Siamou, les Turka….

Avec une once d’humour, Walia Tgetoua affirme que ces ethnies sont « sous leur autorité », avant de confirmer avec rire : « ce sont nos enfants, nos petits ».

Il explique cette diversité de relations par la capacité de sa communauté à intervenir dans certaines situations difficiles. « C’est rare de voir une ethnie comme les pougouli avoir autant de parents à plaisanterie. C’est parce que nous avons des fétiches pour résoudre certaines de leurs situations », soutient-il.

Il illustre ses propos par un exemple : « Quand quelqu’un porte un masque et qu’il tombe, normalement il doit mourir. Mais le Pougouli a des rituels pour éviter cela. C’est aussi pour ça que nous avons beaucoup de relations de plaisanterie », explique-t-il.

Ainsi, les Pougouli apparaissent loin des clichés qui leur sont attribués. Il s’agit d’un peuple attaché à ses traditions, riche en culture et profondément ancré dans ses valeurs et coutumes.

Walia Tgetoua lance d’ailleurs un appel à tous les amoureux de la diversité culturelle à venir à la découverte de ce peuple qu’il décrit comme accueillant, hospitalier et fascinant par la richesse de ses pratiques ancestrales.

Diane SAWADOGO/ MoussoNews

Partagez

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *